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La Bulle de Brocéliande

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La bulle repo­sait au cœur d’une clai­rière secrète de Brocéliande, telle une goutte de cris­tal dépo­sée sur un écrin de mousse ancienne. Autour d’elle, les chênes mul­ti-cen­te­naires dres­saient leurs troncs noirs et tor­sa­dés, leurs branches basses for­mant une voûte natu­relle qui fil­trait la lumière du soir en taches d’or et d’ombre. L’air sen­tait la terre humide, la fou­gère écra­sée et cette odeur par­ti­cu­lière de pierre et de lichen que l’on ne trouve qu’ici, dans cette forêt où les légendes semblent encore cir­cu­ler entre les racines. À l’intérieur de la struc­ture trans­pa­rente, le sol était recou­vert de larges peaux de mou­ton épaisses et douces, un grand lit bas occu­pait le centre, recou­vert de draps de lin blanc, et deux fau­teuils de tis­su natu­rel fai­saient face à la paroi courbe. Une petite table basse sup­por­tait une lampe à huile non encore allu­mée et deux verres à vin.

Claire s’était allon­gée la pre­mière. Elle avait trente-cinq ans, le corps encore ferme, les hanches légè­re­ment mar­quées par les années, les seins ronds et lourds sous la robe légère de coton qu’elle por­tait. Elle aimait cette sen­sa­tion de n’avoir presque rien entre sa peau et le monde exté­rieur. La paroi de verre, par­fai­te­ment lisse, lais­sait entrer la forêt tout entière. Elle enten­dait le frois­se­ment des feuilles, le cri loin­tain d’un oiseau, le mur­mure presque imper­cep­tible d’un ruis­seau quelque part entre les arbres. Thomas s’était age­nouillé der­rière elle. Il avait trente-cinq ans lui aus­si, les épaules larges, les mains fortes et habi­tuées à la cares­ser. Il avait glis­sé ses paumes sous le tis­su de la robe, remon­té len­te­ment le long de ses cuisses, puis plus haut, jusqu’à ses hanches. Ses doigts avaient trou­vé le bord de sa culotte et l’avaient tirée avec une len­teur presque céré­mo­nielle.

Claire avait fer­mé les yeux. Elle sen­tait la cha­leur des mains de son mari, la rugo­si­té légère de ses paumes contre la dou­ceur de sa peau. Thomas avait pen­ché la tête et avait posé ses lèvres dans le creux de sa nuque. Un fris­son avait par­cou­ru le dos de Claire, des­cen­dant le long de sa colonne jusqu’au bas de ses reins. Elle avait pous­sé un sou­pir presque inau­dible. Thomas avait conti­nué, embras­sant chaque ver­tèbre, des­cen­dant, des­cen­dant encore, jusqu’à ce que sa bouche arrive au som­met de ses fesses. Il avait écar­té légè­re­ment les deux globes, avait souf­flé sur la peau sen­sible, puis avait dépo­sé un bai­ser juste au-des­sus de l’endroit où la culotte avait glis­sé.

Dehors, à une ving­taine de mètres, un homme s’était arrê­té. Il s’appelait Julien. Quarante-deux ans, sil­houette élan­cée, barbe courte par­fai­te­ment taillée, che­veux châ­tains légè­re­ment gri­son­nants aux tempes. Il por­tait une veste de ran­don­née ouverte sur un t‑shirt sombre et un pan­ta­lon de toile souple. Il avait vu la bulle en pre­mier, cette struc­ture étrange et lumi­neuse au milieu de la clai­rière, puis le mou­ve­ment à l’intérieur. Deux corps. Une femme à genoux, un homme der­rière elle. Il aurait dû conti­nuer son che­min. La forêt de Brocéliande offrait d’autres sen­tiers, d’autres clai­rières. Pourtant, il n’avait pas bou­gé. Quelque chose dans la len­teur des gestes, dans la façon dont la lumière du soir cares­sait la peau de la femme, l’avait rete­nu.

À l’intérieur, Thomas avait fait bas­cu­ler Claire sur le dos. La robe était main­te­nant rele­vée jusqu’à sa taille. Il avait écar­té ses cuisses avec une dou­ceur atten­tive, s’était bais­sé, et avait posé sa bouche sur elle. Claire avait arché le dos ins­tan­ta­né­ment. Une main s’était enfon­cée dans les che­veux de son mari, l’autre avait agrip­pé le bord du lit. La langue de Thomas était chaude, pré­cise, habi­tuée à la connaître. Il léchait len­te­ment, remon­tant le long de ses plis, s’attardant sur le point le plus sen­sible, puis redes­cen­dant pour s’enfoncer un peu plus pro­fond. Claire gémis­sait main­te­nant, des sons bas et gut­tu­raux qui réson­naient légè­re­ment contre la paroi de verre. Ses cuisses trem­blaient de chaque côté de la tête de Thomas.

Julien avait avan­cé d’un pas, puis d’un autre, res­tant dans l’ombre des chênes. Il voyait main­te­nant clai­re­ment. La tête de Claire ren­ver­sée en arrière, sa bouche ouverte, les épaules de Thomas qui bou­geaient entre ses cuisses écar­tées. Le ran­don­neur avait sen­ti son souffle se rac­cour­cir. Une cha­leur lourde s’était ins­tal­lée bas dans son ventre. Il avait glis­sé une main dans son pan­ta­lon sans y pen­ser vrai­ment, juste pour sou­la­ger la pres­sion qui gran­dis­sait. Son sexe était déjà dur, ten­du contre le tis­su. Il l’avait pris dans sa paume et avait com­men­cé à le cares­ser très len­te­ment, en rythme avec les mou­ve­ments de la tête de Thomas.

Claire était proche. Thomas le savait. Il avait accé­lé­ré légè­re­ment le mou­ve­ment de sa langue, avait glis­sé deux doigts en elle, les avait cour­bés pour trou­ver ce point pré­cis qui la fai­sait tou­jours bas­cu­ler. Claire avait pous­sé un cri plus fort, ses hanches s’étaient sou­le­vées du lit, et elle était venue dans un long fris­son qui avait secoué tout son corps. Ses muscles s’étaient contrac­tés autour des doigts de Thomas, sa tête avait rou­lé d’un côté, sa bouche était res­tée ouverte sur un gémis­se­ment pro­lon­gé. Thomas avait conti­nué à la lécher dou­ce­ment pen­dant qu’elle redes­cen­dait, jusqu’à ce que ses cuisses cessent de trem­bler.

Il s’était alors redres­sé. Claire l’avait regar­dé avec des yeux embru­més. Thomas avait reti­ré sa propre che­mise, puis son pan­ta­lon. Son sexe était dres­sé, épais, le gland déjà lui­sant. Il s’était pla­cé entre les cuisses de sa femme, avait frot­té len­te­ment l’extrémité contre son entrée encore sen­sible, puis avait pous­sé. Claire avait accueilli chaque cen­ti­mètre avec un sou­pir long et pro­fond. Thomas s’était enfon­cé jusqu’à la garde, s’était immo­bi­li­sé un ins­tant pour savou­rer la cha­leur qui l’enveloppait, puis avait com­men­cé à bou­ger. Des mou­ve­ments lents, amples, qui fai­saient mon­ter et des­cendre le corps de Claire sur le lit.

Julien, dehors, avait accé­lé­ré le rythme de sa main. Il voyait par­fai­te­ment la façon dont le sexe de Thomas dis­pa­rais­sait en Claire, la façon dont ses seins bou­geaient à chaque pous­sée, la façon dont ses mains s’agrippaient aux draps. Le ran­don­neur était main­te­nant à une dizaine de mètres seule­ment, caché der­rière un tronc large. Son souffle était court. Il se cares­sait avec plus de force, le pouce glis­sant sur le gland à chaque mou­ve­ment. Il n’avait jamais rien vu de si intime, de si offert. La trans­pa­rence de la bulle trans­for­mait le spec­tacle en quelque chose d’irréel, presque sacré.

À l’intérieur, Thomas avait rele­vé les jambes de Claire et les avait posées sur ses épaules. L’angle était plus pro­fond. Claire gémis­sait à chaque coup de rein. Elle sen­tait le gland de son mari frot­ter contre ce point pré­cis à l’intérieur d’elle, encore et encore. Sa deuxième orgasme était proche. Thomas le sen­tait aus­si. Il avait pen­ché le buste en avant, avait pris un de ses seins dans sa bouche, avait sucé le mame­lon pen­dant qu’il conti­nuait de la prendre. Claire avait crié. Ses muscles s’étaient refer­més vio­lem­ment autour du sexe de Thomas, et elle était venue une seconde fois, plus fort, plus long, les ongles plan­tés dans les bras de son mari.

Thomas n’avait pas ralen­ti. Il avait conti­nué, plus rapide main­te­nant, plus urgent. Claire était deve­nue molle sous lui, livrée, les yeux mi-clos, la bouche ouverte. Chaque pous­sée arra­chait un petit son à sa gorge. Thomas avait sen­ti sa propre jouis­sance mon­ter. Il s’était enfon­cé une der­nière fois, pro­fon­dé­ment, et s’était déver­sé en elle dans un gémis­se­ment sourd. Ses hanches avaient tres­sailli plu­sieurs fois pen­dant qu’il se vidait. Claire avait enla­cé son dos, l’avait tenu contre elle pen­dant que les der­nières secousses le par­cou­raient.

Ils étaient res­tés ain­si un long moment, les corps encore joints, la res­pi­ra­tion courte. Thomas avait fini par se reti­rer len­te­ment. Un filet de sperme avait glis­sé le long de la cuisse de Claire. Elle n’avait pas bou­gé pour l’essuyer. Elle était allon­gée, les yeux au pla­fond trans­pa­rent, regar­dant les pre­mières étoiles appa­raître entre les branches des chênes. Thomas s’était allon­gé à côté d’elle, avait pas­sé un bras sous sa nuque, l’avait atti­rée contre lui. Ils s’étaient embras­sés len­te­ment, sans pas­sion cette fois, juste une ten­dresse fati­guée et com­blée.

Dehors, Julien avait joui presque en même temps que Thomas. Son sperme avait écla­bous­sé l’écorce de l’arbre contre lequel il s’appuyait. Il était res­té immo­bile plu­sieurs minutes, le souffle encore court, regar­dant les deux corps enla­cés à l’intérieur de la bulle. Puis, très len­te­ment, il avait rajus­té son pan­ta­lon, avait recu­lé d’un pas, puis d’un autre. Il avait dis­pa­ru entre les arbres sans faire de bruit, lais­sant der­rière lui seule­ment les traces de ses chaus­sures de ran­don­née dans la terre humide de la clai­rière.

La nuit était tom­bée com­plè­te­ment sur Brocéliande. À l’intérieur de la bulle, Claire et Thomas s’étaient endor­mis l’un contre l’autre, nu sous les draps de lin, igno­rant encore que quelqu’un les avait vus, que quelqu’un les avait dési­rés avec une inten­si­té presque égale à la leur. La forêt, elle, savait. Les chênes anciens avaient gar­dé le silence, comme ils le fai­saient depuis des siècles.

**********

Le soleil de sep­tembre fil­trait à tra­vers la cano­pée de Brocéliande en rayons obliques et tièdes. À l’intérieur de la bulle, la lumière était douce, presque lai­teuse, et des­si­nait sur le sol de peaux de mou­ton des taches mobiles qui bou­geaient au gré du vent dans les feuilles. Claire pré­pa­rait le café sur le petit réchaud à gaz. Elle por­tait seule­ment la che­mise de nuit fine de la veille, celle qui lais­sait devi­ner la courbe de ses seins et l’ombre plus sombre entre ses cuisses. L’air sen­tait le café fraî­che­ment mou­lu, la mousse réchauf­fée et cette odeur par­ti­cu­lière de chêne et de terre humide propre à la forêt.

Thomas était sor­ti pieds nus sur la ter­rasse de bois qui cei­gnait la struc­ture trans­pa­rente. Il s’était éti­ré, avait regar­dé un ins­tant les arbres immenses, puis son regard avait bais­sé vers le sol. C’est là qu’il avait vu les traces.

Des empreintes de chaus­sures de ran­don­née, nettes, pro­fondes, mar­quées dans la terre encore humide juste à la lisière de la clai­rière. Trop proches. Beaucoup trop proches. Il s’était accrou­pi, avait tou­ché l’une d’elles du bout des doigts. La semelle était large, le des­sin bien visible. Quelqu’un était res­té là un long moment, immo­bile. Thomas s’était rele­vé len­te­ment. Une cha­leur étrange lui avait tra­ver­sé le ventre. Il était ren­tré dans la bulle, s’était assis en face de Claire et avait posé sa tasse sans y tou­cher.

« Quelqu’un nous a regar­dés hier soir. »

Claire avait figé sa propre tasse à mi-che­min de ses lèvres. Une rou­geur immé­diate avait mon­té le long de son cou, jusqu’à ses joues, puis jusqu’à ses oreilles. Elle avait bais­sé les yeux vers le sol.

« Tu en es sûr ?
 — Les traces sont nettes. Il est res­té un moment. Juste là, der­rière les chênes. À moins de vingt mètres. »

Elle n’avait rien répon­du tout de suite. Dans sa tête, les images de la veille se super­po­saient avec une net­te­té bru­tale : elle à genoux sur le lit, la robe rele­vée jusqu’à la taille, la bouche de Thomas entre ses cuisses, puis son sexe enfon­cé pro­fon­dé­ment en elle, ses propres gémis­se­ments qui avaient réson­né contre le verre. Quelqu’un avait vu ça. Un incon­nu. La gêne était presque dou­lou­reuse, une cha­leur embar­ras­sée qui lui ser­rait la poi­trine et lui nouait la gorge. Pourtant, sous la table basse, ses cuisses s’étaient légè­re­ment res­ser­rées. Une autre cha­leur, plus basse, plus trouble, avait com­men­cé à pul­ser dou­ce­ment dans son ventre.

Thomas l’observait en silence. Il avait vu la rou­geur, puis le léger fris­son qui avait par­cou­ru ses épaules, le mou­ve­ment presque imper­cep­tible de ses genoux qui se rap­pro­chaient l’un de l’autre.

« Ça t’excite », avait-il dit sim­ple­ment. Ce n’était pas une ques­tion.

Claire avait vou­lu nier. Les mots étaient res­tés coin­cés dans sa gorge. Elle avait seule­ment hoché la tête, très fai­ble­ment, les yeux tou­jours bais­sés. Thomas s’était levé, avait contour­né la table, s’était age­nouillé devant elle. Il avait pris son visage entre ses mains et l’avait for­cée à le regar­der.

« Dis-le.
 — Oui… », avait-elle souf­flé. « Ça m’excite. Et ça me gêne en même temps. Beaucoup. »

Il l’avait embras­sée alors, lon­gue­ment, avec une len­teur qui n’avait rien de pres­sé. Ses lèvres étaient chaudes, insis­tantes. Ses mains avaient glis­sé sous la che­mise de nuit, remon­té le long de ses cuisses, écar­té la den­telle de sa culotte. Claire était déjà humide. Thomas avait mur­mu­ré contre sa bouche :

« Tu étais belle. Tellement belle. Et quelqu’un t’a vue comme ça. »

Dans l’après-midi, ils avaient fait l’amour à nou­veau. Thomas l’avait prise de dos, contre la paroi trans­pa­rente, en lui mur­mu­rant à l’oreille des phrases qui la fai­saient fré­mir mal­gré elle.

« Il est peut-être encore là… quelque part entre les arbres… Il te regarde pen­dant que je te prends… Il a vu ta bouche s’ouvrir quand tu jouis… »

Chaque fois qu’il disait ça, le sexe de Claire se res­ser­rait autour de lui. Elle gémis­sait plus fort, la joue col­lée au verre froid, les seins écra­sés contre la paroi. La timi­di­té n’avait pas dis­pa­ru. Elle s’était trans­for­mée en quelque chose de plus trouble, de plus chaud, un mélange de honte et de désir qui la fai­sait trem­bler de la nuque aux genoux. Thomas l’avait prise len­te­ment d’abord, avec des mou­ve­ments amples et pro­fonds, une main sur son bas-ventre pour la main­te­nir contre lui, l’autre agrip­pée à la paroi juste à côté de la sienne. Il lui par­lait tou­jours, d’une voix basse et rauque.

« Tu aimes ça, hein ? Savoir qu’un incon­nu t’a regar­dée… Que son sexe était peut-être dur en te voyant… »

Claire ne répon­dait pas par des mots. Ses gémis­se­ments deve­naient plus aigus, plus urgents. Quand elle était venue, ce fut avec un cri étouf­fé, le front appuyé contre le verre, les yeux fer­més, comme si elle pou­vait encore sen­tir le regard invi­sible de la veille. Thomas l’avait sui­vie peu après, s’enfonçant jusqu’à la garde et se déver­sant en elle dans un long sou­pir.

Ils étaient res­tés un moment l’un contre l’autre, le front de Claire tou­jours col­lé à la paroi, le souffle court. Dehors, la forêt conti­nuait de vivre, indif­fé­rente.

Vers dix-sept heures, alors que le jour bais­sait et que la lumière pre­nait des teintes plus ambrées, Claire s’était rha­billée d’une robe légère. Elle n’arrivait pas à chas­ser les images de sa tête. La gêne était tou­jours pré­sente, mais le désir qui l’accompagnait était plus fort qu’elle ne l’aurait cru. Elle se sur­pre­nait à regar­der entre les arbres, à cher­cher une sil­houette.

Vers dix-huit heures, une forme était appa­rue entre les chênes. Même sil­houette que la veille. Même démarche tran­quille. Julien s’était appro­ché jusqu’à une quin­zaine de mètres, puis s’était arrê­té. Cette fois, il n’avait pas essayé de se cacher. Il était sim­ple­ment là, debout, les mains dans les poches de sa veste, le regard posé sur la bulle.

Claire l’avait vu la pre­mière. Son cœur avait raté un bat­te­ment. Elle s’était recu­lée d’un pas ins­tinc­tif, puis s’était figée. Thomas, qui pré­pa­rait quelque chose sur la petite table, avait sui­vi son regard. Il s’était appro­ché der­rière elle et avait posé ses mains sur ses hanches.

« C’est lui », avait-il dit tout bas.

Claire avait hoché la tête sans par­ler. La rou­geur était reve­nue, plus forte. Elle sen­tait le regard de l’homme sur elle, même à dis­tance. Thomas avait glis­sé une main sous sa robe, avait remon­té le tis­su jusqu’à mi-cuisse, puis plus haut. Claire n’avait pas bou­gé pour l’en empê­cher. Elle res­tait là, face à l’inconnu, le souffle déjà plus court.

Julien avait avan­cé de quelques pas. Maintenant, il n’était plus qu’à une dizaine de mètres. On voyait clai­re­ment son visage : traits régu­liers, yeux clairs, bouche bien des­si­née, barbe courte qui sou­li­gnait la ligne de sa mâchoire. Il était char­mant d’une façon calme, presque grave. Quarante-deux ans, le corps d’un homme habi­tué à mar­cher long­temps.

Thomas avait mur­mu­ré contre l’oreille de Claire :

« Il revient. Il t’a vue hier. Et il revient. »

Claire trem­blait légè­re­ment. De gêne. D’excitation. Les deux en même temps. Elle n’avait jamais res­sen­ti quelque chose d’aussi contra­dic­toire. Une par­tie d’elle avait envie de se cacher, de tirer les rideaux qu’ils n’avaient pas. Une autre par­tie, plus pro­fonde, plus ins­tinc­tive, vou­lait qu’il s’approche encore.

Julien avait encore avan­cé. Huit mètres. Puis six. Il s’était arrê­té à nou­veau, comme pour deman­der une per­mis­sion silen­cieuse. Thomas avait rele­vé entiè­re­ment la robe de Claire jusqu’à sa taille. Elle était en culotte main­te­nant, expo­sée de la taille aux pieds. Elle avait croi­sé un ins­tant les bras sur sa poi­trine, un geste de pudeur ins­tinc­tif, puis les avait lais­sés retom­ber. Son cœur bat­tait si fort qu’elle enten­dait le sang dans ses oreilles.

Le ran­don­neur n’avait tou­jours pas sou­ri. Il les regar­dait sim­ple­ment, avec une atten­tion presque res­pec­tueuse. Thomas avait glis­sé ses doigts sous le bord de la culotte de Claire et avait com­men­cé à la cares­ser len­te­ment, sans quit­ter le regard de l’homme dehors. Claire avait pous­sé un petit gémis­se­ment. Elle était déjà trem­pée. Elle le savait. Thomas le savait. Et Julien, à six mètres, le devi­nait pro­ba­ble­ment.

La ten­sion était deve­nue presque insou­te­nable. Claire sen­tait le désir mon­ter en elle comme une marée, mélan­gé à une timi­di­té qui lui brû­lait les joues. Elle n’osait plus bou­ger. Elle n’osait plus par­ler. Elle regar­dait seule­ment cet homme char­mant et silen­cieux qui les obser­vait, et elle atten­dait, le souffle court, de voir jusqu’où tout cela irait.

Dehors, les pre­miers chants du soir avaient com­men­cé dans la forêt. Julien n’avait tou­jours pas bou­gé. Il atten­dait lui aus­si.

**********

La lumière avait conti­nué de bais­ser. Les der­niers rayons ambrés s’étaient éteints un à un entre les branches des chênes, et la clai­rière était pro­gres­si­ve­ment entrée dans une pénombre douce, presque bleue. À l’intérieur de la bulle, la petite lampe basse dif­fu­sait une lueur chaude qui des­si­nait les contours des corps et se reflé­tait fai­ble­ment sur la paroi courbe. Dehors, Julien n’avait tou­jours pas bou­gé. Il se tenait à six mètres envi­ron, les mains dans les poches de sa veste, le regard fixe.

Claire sen­tait son cœur battre trop fort. La robe était encore rele­vée jusqu’à sa taille, la culotte déjà dépla­cée par les doigts de Thomas. Elle trem­blait légè­re­ment, non pas de froid, mais de ce mélange into­lé­rable de gêne et d’excitation qui ne la quit­tait plus depuis le matin. Thomas était juste der­rière elle. Elle sen­tait la cha­leur de son torse contre son dos, le souffle de son mari contre sa nuque, et plus bas, la dure­té de son sexe qui pres­sait déjà contre ses fesses à tra­vers le tis­su.

Julien avait avan­cé d’un pas, puis d’un autre. Maintenant, il n’était plus qu’à quatre mètres. On voyait clai­re­ment le mou­ve­ment de sa gorge quand il ava­lait. Thomas avait glis­sé ses deux mains sous la robe de Claire et l’avait fait pas­ser entiè­re­ment par-des­sus sa tête. La robe était tom­bée au sol dans un bruit de tis­su léger. Claire n’avait plus que sa culotte. Elle avait croi­sé les bras un ins­tant sur sa poi­trine, un geste ins­tinc­tif de pudeur, puis les avait lais­sés retom­ber le long de son corps. Ses seins étaient lourds, les mame­lons déjà durs. Elle savait qu’elle était expo­sée, entiè­re­ment visible sous la lumière de la lampe.

Thomas avait accro­ché ses doigts au bord de la culotte et l’avait fait glis­ser le long de ses cuisses. Claire avait levé légè­re­ment les pieds, l’un après l’autre, pour lui per­mettre de l’enlever com­plè­te­ment. Elle était nue main­te­nant. Absolument nue, debout au milieu de la bulle trans­pa­rente, face à un homme qu’elle ne connais­sait pas et qui la regar­dait sans cil­ler. La rou­geur lui brû­lait les joues, le cou, le haut de la poi­trine. Pourtant, elle ne bou­geait pas. Elle ne cher­chait plus à se cacher.

Julien s’était appro­ché encore. Trois mètres. Puis deux. Puis il n’était plus qu’à un mètre de la paroi. Claire voyait chaque détail de son visage : les yeux clairs, la barbe courte, la bouche bien des­si­née, légè­re­ment entrou­verte. Il avait reti­ré ses mains de ses poches. Lentement, très len­te­ment, il avait posé sa paume droite à plat contre le verre. Claire avait ten­du la sienne en face. Leurs mains s’étaient jointes à tra­vers le maté­riau froid et par­fai­te­ment lisse. Elle avait sen­ti la cha­leur de lui mal­gré l’épaisseur, une cha­leur vivante qui contras­tait avec le verre. Un fris­son lui avait par­cou­ru le bras jusqu’à l’épaule.

Thomas s’était col­lé entiè­re­ment contre son dos. Ses mains avaient remon­té le long de ses flancs, avaient pris ses seins en coupe, avaient rou­lé les mame­lons entre ses doigts. Claire avait pous­sé un sou­pir qui s’était immé­dia­te­ment embué contre la paroi. Julien, de l’autre côté, ne détour­nait pas les yeux. Il regar­dait les mains de Thomas sur les seins de Claire, puis le visage de Claire, puis le point où leurs paumes se tou­chaient encore. Il avait ouvert sa veste et l’avait lais­sée glis­ser au sol sans quit­ter le contact du verre. Ensuite, il avait défait le bou­ton de son pan­ta­lon, bais­sé la fer­me­ture, et avait sor­ti son sexe.

Il était déjà dur, épais, le gland légè­re­ment lui­sant. Claire n’avait pas pu s’empêcher de bais­ser les yeux. Elle avait regar­dé ce sexe d’inconnu, la façon dont les doigts de Julien le ser­raient, le fai­saient glis­ser d’avant en arrière avec une len­teur presque solen­nelle. Une vague de cha­leur avait des­cen­du le long de son ventre jusqu’entre ses cuisses. Elle était trem­pée. Elle le savait. Le désir était deve­nu presque dou­lou­reux.

Thomas avait glis­sé une main plus bas, avait écar­té ses cuisses d’un geste doux mais ferme, et avait enfon­cé deux doigts en elle. Claire avait gémi plus fort. Les doigts de son mari étaient habi­tués à elle. Ils savaient exac­te­ment où appuyer, com­ment se cour­ber, com­ment la faire trem­bler. Il les avait enfon­cés pro­fon­dé­ment, les avait reti­rés len­te­ment, les avait replon­gés, tan­dis que son autre main conti­nuait de tra­vailler un sein. Claire était main­te­nant entiè­re­ment col­lée au verre, le front, les seins et le ventre écra­sés contre la paroi froide. La buée de son souffle créait un cercle opaque qui s’élargissait à chaque expi­ra­tion.

Julien avait accé­lé­ré légè­re­ment le mou­ve­ment de sa main. Son regard ne quit­tait plus le visage de Claire. Thomas avait reti­ré ses doigts. Il les avait por­tés à la bouche de sa femme. Claire les avait pris sans hési­ter, avait sucé le goût d’elle-même, les yeux tou­jours dans ceux de Julien. Puis Thomas s’était age­nouillé der­rière elle. Il avait écar­té ses fesses avec les deux mains et avait posé sa bouche sur elle.

Claire avait pous­sé un cri étouf­fé. La langue de son mari était chaude, insis­tante. Elle remon­tait le long de ses plis, s’attardait sur le point le plus sen­sible, redes­cen­dait pour s’enfoncer un peu plus. Chaque coup de langue fai­sait tres­saillir ses cuisses. Elle s’était agrip­pée à la paroi des deux mains main­te­nant, les doigts écar­tés, juste en face des doigts de Julien qui n’avaient pas bou­gé. Le ran­don­neur était si près que son sexe tou­chait presque le verre. Claire voyait chaque détail : la veine qui bat­tait le long de la verge, le gland déjà brillant de pré-sperme, le mou­ve­ment régu­lier de la main qui le cares­sait.

Thomas avait accé­lé­ré. Sa langue était deve­nue plus rapide, plus pré­cise. Deux doigts étaient reve­nus s’enfoncer en elle pen­dant qu’il la léchait. Claire gémis­sait sans rete­nue main­te­nant. Les sons réson­naient dans la bulle, sor­taient presque à tra­vers le verre. Julien res­pi­rait plus fort. On voyait sa poi­trine se sou­le­ver sous le t‑shirt sombre. Il avait posé sa deuxième main contre la paroi, à côté de l’autre, comme pour se rap­pro­cher encore.

Claire était proche. Elle le sen­tait mon­ter, cette vague qu’elle connais­sait bien et qui cette fois sem­blait plus forte, plus large. Thomas le savait aus­si. Il avait appuyé plus fort avec sa langue, avait cour­bé ses doigts exac­te­ment au bon endroit, avait trou­vé ce point pré­cis à l’intérieur d’elle. Claire avait crié. Son front avait cogné le verre. Ses genoux avaient trem­blé. L’orgasme l’avait secouée lon­gue­ment, par vagues suc­ces­sives, pen­dant que Thomas conti­nuait de la lécher et de la doig­ter sans s’arrêter. Ses muscles s’étaient contrac­tés vio­lem­ment autour des doigts de son mari. Elle avait frap­pé le verre du plat de la main, une fois, deux fois.

Julien, dehors, avait accé­lé­ré encore. Sa main allait plus vite, plus fort. Ses yeux étaient fixés sur le visage convul­sé de Claire. Quand elle était redes­cen­due, le souffle court, le corps encore secoué de petits spasmes, il avait joui à son tour. Le sperme avait jailli en plu­sieurs jets contre la paroi trans­pa­rente, juste en face du ventre et du sexe de Claire. Des gouttes épaisses avaient cou­lé len­te­ment le long du verre, miroi­tantes dans la lumière de la lampe. Claire les avait regar­dées des­cendre, fas­ci­née et trou­blée.

Un silence dense s’était ins­tal­lé. On n’entendait plus que les res­pi­ra­tions des trois per­sonnes et le mur­mure loin­tain de la forêt noc­turne. Thomas s’était redres­sé len­te­ment. Il avait embras­sé l’épaule de sa femme, puis sa nuque, puis le bord de son oreille. Claire trem­blait encore légè­re­ment. Elle n’avait pas reti­ré ses mains du verre. Julien non plus. Leurs paumes étaient tou­jours jointes à tra­vers la paroi, comme si ce contact était deve­nu le seul point fixe dans le monde.

Thomas avait par­lé le pre­mier. Sa voix était basse, mais par­fai­te­ment audible à tra­vers le verre.

« Tu peux entrer. Si tu veux. »

Claire avait fer­mé les yeux une seconde. La timi­di­té était reve­nue d’un coup, vio­lente, lui ser­rant la gorge. Elle pen­sait à ce qu’elle venait de faire, à ce qu’elle avait lais­sé voir, à cet homme qui l’avait regar­dée jouir et qui avait joui en la regar­dant. Elle pen­sait aus­si à la cha­leur qui bat­tait encore entre ses cuisses, à l’envie presque dou­lou­reuse de sen­tir d’autres mains sur elle, une autre bouche, un autre sexe. Elle avait rou­vert les yeux. Julien la regar­dait tou­jours. Il n’avait pas bou­gé. Il atten­dait.

Claire avait hoché la tête. Très len­te­ment. Puis, d’une voix qui n’était qu’un souffle, elle avait ajou­té :

« Oui. Entre. »

Julien avait incli­né légè­re­ment la tête, un geste de remer­cie­ment silen­cieux et grave. Il avait reti­ré sa main du verre, avait ramas­sé sa veste, et avait com­men­cé à contour­ner la bulle en direc­tion de la porte courbe. Ses pas étaient lents, mesu­rés. Claire l’avait sui­vi du regard le long de la paroi. Thomas, der­rière elle, avait pas­sé ses bras autour de sa taille et l’avait ser­rée contre lui. Elle sen­tait le sexe encore dur de son mari pres­sé contre ses fesses. Elle savait ce qui allait se pas­ser. Elle le dési­rait et elle en avait peur en même temps. La peur était douce. Le désir était plus fort.

La porte de la bulle n’était plus qu’à quelques mètres. Julien s’en appro­chait. L’air de la forêt allait entrer avec lui, char­gé d’odeur de mousse, de terre humide et de feuilles mortes. Claire avait posé sa main sur celle de Thomas qui tenait sa taille. Elle avait ser­ré ses doigts. Dehors, les chênes de Brocéliande gar­daient le silence, comme ils l’avaient tou­jours fait, témoins immé­mo­riaux de ce qui se jouait dans la clai­rière trans­pa­rente.

La nuit n’avait pas encore livré tout ce qu’elle conte­nait.

**********

Julien avait pous­sé la porte courbe. L’air de la forêt était entré avec lui, char­gé d’odeur de mousse froide, de terre humide et de feuilles mortes. Il s’était arrê­té sur le seuil, la veste encore à la main, atten­dant. Claire, entiè­re­ment nue, le regar­dait sans bou­ger. Thomas se tenait juste der­rière elle, une main posée sur sa hanche. Le silence à l’intérieur de la bulle était deve­nu presque tan­gible.

Julien avait posé sa veste sur l’un des fau­teuils. Il avait avan­cé de deux pas. Claire sen­tait son cœur battre trop fort. La timi­di­té était tou­jours là, brû­lante sous sa peau, mais le désir qui l’accompagnait était plus fort. Thomas avait ten­du la main. Julien l’avait prise un ins­tant, un geste simple, presque fra­ter­nel, puis l’avait relâ­chée. Il s’était appro­ché de Claire. Il avait ten­du la main vers son visage et avait cares­sé sa joue du dos des doigts. Elle avait fris­son­né. Ses doigts étaient plus rudes que ceux de Thomas, habi­tués au contact des arbres et des sen­tiers, mais d’une dou­ceur sur­pre­nante.

Thomas s’était pla­cé der­rière elle. Il avait écar­té ses che­veux et avait posé ses lèvres dans le creux de sa nuque. Julien, face à elle, avait pen­ché la tête et avait embras­sé le coin de sa bouche, puis sa bouche entière. Claire avait ouvert les lèvres. Le bai­ser était lent, explo­ra­toire. Elle sen­tait la barbe courte de Julien contre sa peau, le goût légè­re­ment salé de sa bouche. Pendant ce temps, les mains de Thomas glis­saient le long de ses flancs, remon­taient jusqu’à ses seins, les pre­naient en coupe. Quatre mains main­te­nant. Deux bouches. Claire fer­mait les yeux par moments, les rou­vrait, ne sachant plus où por­ter son atten­tion.

Julien avait des­cen­du ses lèvres le long de son cou, puis plus bas, jusqu’à un sein. Il avait pris le mame­lon dans sa bouche, l’avait sucé dou­ce­ment, puis plus fer­me­ment. Thomas, der­rière, fai­sait la même chose de l’autre côté, alter­na­ti­ve­ment. Claire gémis­sait tout bas. Les deux langues, les deux bouches, tra­vaillaient ses seins avec une atten­tion presque syn­chro­ni­sée. Elle se tenait debout, les jambes légè­re­ment écar­tées, livrée. Les mains de Julien avaient glis­sé le long de son ventre, puis plus bas. Il avait cares­sé l’intérieur de ses cuisses, était remon­té jusqu’à son sexe, avait écar­té les lèvres avec deux doigts et avait tou­ché son cli­to­ris du bout de l’index. Claire avait sur­sau­té. Elle était déjà trem­pée.

Thomas avait mur­mu­ré contre son oreille :

« Laisse-toi aller. »

Elle s’était lais­sée aller. Julien s’était age­nouillé le pre­mier. Il avait posé sa bouche sur elle, exac­te­ment là où Thomas l’avait eue plus tôt dans la soi­rée. Sa langue était dif­fé­rente, plus large, plus insis­tante. Claire avait pous­sé un long gémis­se­ment et s’était agrip­pée aux épaules de son mari. Thomas l’avait tenue, l’avait embras­sée, lui avait mur­mu­ré des mots bas pen­dant que la langue de l’autre homme la tra­vaillait avec une pré­ci­sion lente et affa­mée. Julien léchait, suçait, enfon­çait sa langue, reve­nait sur le point le plus sen­sible. Claire trem­blait. Ses genoux flé­chis­saient.

Quand Julien s’était redres­sé, Claire s’était lais­sée glis­ser à genoux. Le sol de peaux de mou­ton était doux sous ses tibias. Elle avait pris le sexe de Thomas dans sa main droite, celui de Julien dans sa main gauche. Les deux étaient durs, chauds, dif­fé­rents. Elle les avait regar­dés l’un après l’autre, puis avait ouvert la bouche. Elle avait com­men­cé par son mari, le pre­nant pro­fon­dé­ment, len­te­ment, jusqu’à sen­tir le gland tou­cher le fond de sa gorge. Puis elle avait tour­né la tête et avait accueilli Julien. Le goût était dif­fé­rent. La tex­ture aus­si. Plus épais, légè­re­ment plus salé. Elle les avait pris tour à tour, puis les avait rap­pro­chés l’un de l’autre et avait pas­sé sa langue de l’un à l’autre, les humec­tant, les cares­sant, les suçant avec une appli­ca­tion presque tendre. Les deux hommes regar­daient. Thomas avait posé une main dans ses che­veux. Julien avait fait de même de l’autre côté.

Elle était res­tée ain­si un long moment, à genoux, ser­vant les deux sexes avec sa bouche et ses mains. Ses propres cuisses étaient glis­santes. Elle sen­tait le désir mon­ter à nou­veau, plus fort. Thomas avait fini par la rele­ver. Il l’avait allon­gée sur le lit, sur le dos. Julien s’était pla­cé entre ses cuisses. Il l’avait regar­dée une der­nière fois, atten­dant. Claire avait hoché la tête. Il était entré en elle d’un seul mou­ve­ment fluide, pro­fond. Elle avait arché le dos. La sen­sa­tion était nou­velle. Un autre sexe, une autre façon de bou­ger. Thomas s’était age­nouillé près de sa tête et lui avait offert son sexe. Elle l’avait pris dans sa bouche pen­dant que Julien la péné­trait, len­te­ment d’abord, puis avec plus d’amplitude.

Ils avaient chan­gé de posi­tion plu­sieurs fois. Claire à genoux, Thomas der­rière elle, Julien devant sa bouche. Elle les pre­nait l’un après l’autre, ou les deux en même temps, une main et une bouche. Puis Claire allon­gée sur le côté, un homme en elle, l’autre contre son visage. Chaque confi­gu­ra­tion la fai­sait trem­bler un peu plus. Les caresses ne s’arrêtaient jamais. Quand l’un la péné­trait, l’autre cares­sait ses seins, son ventre, ses cuisses. Quand l’un était dans sa bouche, l’autre lui par­lait tout bas ou lui léchait le dos.

Enfin, Thomas s’était allon­gé sur le dos. Claire s’était ins­tal­lée à cali­four­chon sur lui et l’avait fait entrer en elle. Elle s’était pen­chée en avant, le front contre le sien. Derrière elle, Julien s’était pla­cé. Il avait cares­sé lon­gue­ment l’endroit où les deux corps étaient déjà joints. Il avait dépo­sé un peu de salive, avait frot­té le gland contre l’entrée déjà occu­pée, puis avait pous­sé, très len­te­ment.

Claire avait rete­nu son souffle. La pres­sion était intense, presque trop. Elle avait sen­ti le muscle résis­ter, puis céder. Julien était entré. Centimètre par cen­ti­mètre. Elle était pleine. Complètement. Les deux sexes en elle, l’un contre l’autre, la sépa­raient et la rejoi­gnaient en même temps. Elle avait gémi lon­gue­ment, le visage enfoui dans le cou de Thomas. Les deux hommes s’étaient immo­bi­li­sés, lui lais­sant le temps de s’habituer.

Puis ils avaient com­men­cé à bou­ger. D’abord avec une len­teur extrême, se relayant, l’un avan­çant quand l’autre se reti­rait presque. Claire sen­tait chaque mou­ve­ment, chaque fric­tion, chaque bat­te­ment. La sen­sa­tion était écra­sante. Elle n’avait plus de mots. Seulement des gémis­se­ments de plus en plus aigus. Le rythme avait chan­gé. Plus pro­fond. Plus urgent. Les deux hommes la tenaient, la gui­daient, la pos­sé­daient ensemble. Thomas la regar­dait dans les yeux. Julien, der­rière, avait posé une main sur sa hanche, l’autre sur son épaule, et pous­sait avec une force crois­sante.

Claire était venue une pre­mière fois, une vague longue et bruyante qui l’avait secouée de la tête aux pieds. Les deux sexes en elle avaient pro­lon­gé l’orgasme, l’avaient ren­du plus large, plus pro­fond. Elle avait crié. Thomas l’avait sui­vie presque immé­dia­te­ment, se déver­sant en elle dans un gémis­se­ment sourd. Julien avait conti­nué encore, plus dur, plus pro­fond, ses coups de rein deve­nant plus amples, plus pres­sants. Claire, encore dans les spasmes de sa jouis­sance, avait sen­ti le deuxième orgasme mon­ter. Elle était venue à nou­veau, plus fort, presque dou­lou­reu­se­ment, pen­dant que Julien s’enfonçait une der­nière fois et se vidait en elle, le corps ten­du, un long sou­pir rauque sor­tant de sa gorge.

Ils étaient res­tés un long moment immo­biles, les trois corps emmê­lés, la res­pi­ra­tion encore courte. Claire avait le front col­lé à la poi­trine de Thomas. Elle sen­tait les deux sexes encore en elle, qui se ramol­lis­saient len­te­ment. Dehors, la forêt de Brocéliande conti­nuait de res­pi­rer, indif­fé­rente et ancienne. Julien s’était reti­ré le pre­mier, avec une len­teur atten­tive. Thomas avait sui­vi. Un mélange de sperme avait cou­lé le long de la cuisse de Claire. Elle n’avait pas bou­gé pour l’essuyer.

Thomas avait atti­ré sa femme contre lui. Julien s’était allon­gé de l’autre côté. Claire avait ten­du la main en arrière et avait tou­ché le bras de Julien. Un geste simple. Un remer­cie­ment muet. Les trois res­pi­ra­tions s’étaient peu à peu cal­quées les unes sur les autres. La lampe basse conti­nuait de dif­fu­ser sa lumière chaude. La bulle, trans­pa­rente et fra­gile, abri­tait main­te­nant un silence dif­fé­rent, plus dense, plus lourd de ce qui venait de se pas­ser.

Claire fer­mait les yeux. Elle sen­tait encore les échos de la double pos­ses­sion dans son corps, la cha­leur, l’étirement, la plé­ni­tude. La timi­di­té n’avait pas entiè­re­ment dis­pa­ru. Mais le désir, lui, avait trou­vé une nou­velle forme. Plus large. Plus pro­fonde.

Auteur.e de l'histoire : Himéros

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