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LA soirée des miroirs

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La demeure sem­blait flot­ter au bord de l’eau.

Élise s’arrêta un ins­tant sur le per­ron, la main posée sur la rampe en fer for­gé encore tiède du jour qui s’éteignait. Derrière elle, le gra­vier de l’allée cris­sait sous les pas d’autres invi­tés qui arri­vaient en riant trop fort, trop libres. Devant elle, la porte grande ouverte lais­sait échap­per une lumière dorée, presque liquide, et une musique basse qui res­sem­blait davan­tage à une res­pi­ra­tion qu’à une mélo­die. Elle ajus­ta la bre­telle de sa robe noire — une robe simple, un peu trop décol­le­tée pour quelqu’un qui n’avait plus l’habitude de se mon­trer depuis des mois — et entra.

L’odeur la frap­pa d’abord : bois ciré, bou­gies à la vanille, un soup­çon de pierre chaude et quelque chose de plus sec, presque miné­ral. Puis ce fut le salon.

Les murs n’étaient pas des murs. Ils étaient des miroirs. Des miroirs anciens, aux cadres dorés ter­nis par le temps, aux glaces légè­re­ment ondu­lées qui mul­ti­pliaient la pièce à l’infini. Des reflets de reflets. Des couples qui dis­cu­taient en se regar­dant de côté, des épaules nues qui se répé­taient dix, quinze, vingt fois, des verres de vin qui brillaient dans toutes les direc­tions comme des étoiles cap­tives. Élise eut un mou­ve­ment de recul presque ins­tinc­tif. Elle se vit elle-même, vingt fois, trente fois, debout près de l’entrée, les che­veux un peu défaits par le vent du lac, le visage un peu trop pâle sous la lumière des lampes basses. Elle se vit trop. Elle se vit entière. Et cela lui déplut.

Elle n’aimait pas se regar­der. Pas depuis long­temps. Pas depuis que le lit avait recom­men­cé à lui sem­bler trop grand, trop froid, trop silen­cieux. Pas depuis que son corps lui parais­sait par­fois étran­ger, comme un vête­ment trop lâche cer­tains jours, trop ser­ré d’autres. Depuis la sépa­ra­tion, le désir s’était éloi­gné d’elle comme une marée qui ne reve­nait plus. Parfois même, l’idée du sexe la lais­sait indif­fé­rente, presque écœu­rée, comme quelque chose de trop ani­mal, de trop cru, de trop expo­sé. Elle détour­na les yeux et s’avança vers le buf­fet, cher­chant quelque chose à faire de ses mains pour ne plus se voir.

Un ser­veur lui ten­dit une coupe de cham­pagne. Elle la prit, mur­mu­ra un mer­ci à peine audible, et s’éloigna le long d’un mur de glace. Elle pou­vait presque sen­tir le regard des autres sur elle — ou peut-être n’était-ce que le sien, mul­ti­plié, ren­voyé, ampli­fié. Elle but une gor­gée. Le liquide était froid, un peu trop sec, et lui brû­la légè­re­ment la gorge. Elle regret­ta déjà d’être venue. Elle aurait dû res­ter chez elle, dans le silence de son appar­te­ment, avec un livre et une tasse de thé, sans avoir à affron­ter tous ces reflets d’une femme qu’elle ne recon­nais­sait plus tout à fait.

C’est alors qu’elle le vit.

Pas face à face. Dans le miroir.

Il se tenait un peu en retrait, près d’une grande baie vitrée qui don­nait sur la ter­rasse et le lac noir. Un homme d’une qua­ran­taine d’années, che­veux bruns légè­re­ment gri­son­nants aux tempes, che­mise sombre ouverte au col, manches rele­vées jusqu’aux avant-bras, mains dans les poches. Il ne par­lait à per­sonne. Il regar­dait. Et ce qu’il regar­dait, c’était elle.

Élise se figea. Leur regard se croi­sa dans la glace. Elle s’attendait à ce qu’il détourne les yeux, qu’il sou­rie d’excuse, qu’il fasse le geste poli de quelqu’un pris en fla­grant délit d’indiscrétion. Il ne fit rien de tout cela. Il conti­nua de la regar­der. Calmement. Intensément. Comme s’il avait le droit. Comme s’il avait tou­jours eu le droit.

Une cha­leur bizarre lui mon­ta au visage, puis des­cen­dit le long de son cou jusqu’à la nais­sance de ses seins. Elle bais­sa les yeux vers son verre, puis les rele­va mal­gré elle. Il était tou­jours là. Toujours en train de la regar­der à tra­vers le miroir. Comme s’il pré­fé­rait la voir ain­si — reflé­tée, un peu défor­mée par l’ondulation ancienne de la glace, un peu loin­taine — plu­tôt que de lui faire face direc­te­ment.

Elle se for­ça à avan­cer, à rejoindre un petit groupe où elle connais­sait vague­ment une femme du tra­vail. La conver­sa­tion était banale : le temps qu’il fai­sait sur le lac, la réno­va­tion de la mai­son, les enfants de quelqu’un qui n’étaient pas là. Elle répon­dait méca­ni­que­ment, riait quand il fal­lait rire, hochant la tête aux bons moments, mais une par­tie d’elle res­tait accro­chée à cette sil­houette dans la glace. Chaque fois qu’elle tour­nait légè­re­ment la tête, elle le retrou­vait. Il n’avait pas bou­gé. Ou plu­tôt si : il s’était un peu rap­pro­ché, d’un pas, de deux, sans jamais quit­ter le reflet. Comme un pré­da­teur patient qui savait que la proie fini­rait par venir d’elle-même.

Au bout d’un long moment, la conver­sa­tion s’épuisa. Élise se retrou­va seule près d’une console en bois sombre. Elle posa son verre, lis­sa une mèche der­rière son oreille, et, sans vrai­ment y pen­ser, regar­da de nou­veau dans le miroir le plus proche.

Il était der­rière elle main­te­nant. Pas tout près. À trois mètres peut-être. Mais assez proche pour que, dans la glace, leurs sil­houettes se touchent presque. Assez proche pour qu’elle sente déjà la den­si­té de sa pré­sence dans son dos.

— Vous n’aimez pas les miroirs, dit-il.

Sa voix était basse, posée, sans pré­ci­pi­ta­tion. Une voix qui ne for­çait rien. Élise sur­sau­ta légè­re­ment. Elle se retour­na. Face à face, il était encore plus pré­sent. Les yeux sombres, le regard stable, une petite cica­trice pâle au-des­sus de la lèvre supé­rieure, comme une trace oubliée. Il ne sou­riait pas vrai­ment. Juste un pli dis­cret au coin de la bouche, presque indé­chif­frable.

— Ce n’est pas… non. Pas par­ti­cu­liè­re­ment, répon­dit-elle. C’est un peu… enva­his­sant.

Il incli­na la tête, comme s’il trou­vait la réponse inté­res­sante, digne d’être pesée.

— On se voit trop. Ou pas assez. Selon les jours.

Elle ne savait pas quoi répondre. Elle se conten­ta de hocher la tête. Le silence s’installa entre eux. Autour, la soi­rée conti­nuait : rires étouf­fés, tin­te­ments de verres, musique qui sem­blait venir de très loin. Mais entre eux, l’air sem­blait plus dense, plus lourd, char­gé d’une élec­tri­ci­té sourde.

— Théo, dit-il sim­ple­ment.

— Élise.

Il répé­ta son pré­nom à voix basse, comme pour le goû­ter, comme pour le gar­der un ins­tant sur la langue. Puis il regar­da de nou­veau le miroir der­rière elle.

— Vous vous tenez très droite. Comme si vous aviez peur que quelqu’un vous touche par sur­prise.

Élise sen­tit une bouf­fée de gêne lui mon­ter aux joues. Elle croi­sa les bras, puis les décroi­sa aus­si­tôt, consciente que le geste la fer­mait, la pro­té­geait trop osten­si­ble­ment.

— Je ne suis pas habi­tuée à ce genre de soi­rée, dit-elle. Ni à… tout ça.

Elle fit un vague geste vers les murs de glace, vers tous ces reflets d’elle-même qui la regar­daient de tous les côtés.

Théo ne répon­dit pas tout de suite. Il s’approcha d’un pas. Juste un. Assez pour qu’elle sente son odeur : quelque chose de propre, de boi­sé, à peine épi­cé. Pas de par­fum agres­sif. Juste lui. Une odeur de peau chaude et de savon simple.

— Les miroirs ne mentent pas, mur­mu­ra-t-il. Ils montrent ce qu’on est à cet ins­tant pré­cis. Même quand on pré­fé­re­rait ne pas le voir.

Elle rele­va les yeux vers lui. Il la regar­dait tou­jours de cette façon calme, presque tendre, et pour­tant il y avait quelque chose d’autre des­sous. Une atten­tion trop pré­cise. Comme s’il notait chaque micro-mou­ve­ment de son visage, chaque res­pi­ra­tion un peu trop courte, chaque bat­te­ment de pau­pière.

— Vous me regar­dez depuis que je suis entrée, dit-elle. Pourquoi ?

Il ne nia pas. Il ne sou­rit pas non plus.

— Parce que vous êtes la seule per­sonne ici qui a l’air de ne pas vou­loir être vue. Et ça… ça rend le regard plus inté­res­sant.

Élise sen­tit son cœur battre un peu plus fort contre ses côtes. Elle détour­na les yeux, cher­cha une issue dans le salon, mais les miroirs la ren­voyaient par­tout à elle-même et à lui. Elle se vit rou­gir. Elle se vit bais­ser le men­ton. Elle se vit, plus loin, dans un autre reflet, avec Théo tout près d’elle, sa sil­houette plus large, plus stable, presque pro­tec­trice.

— Ce n’est pas très poli, de regar­der comme ça, mur­mu­ra-t-elle.

— Non, recon­nut-il. Ce n’est pas poli.

Il ne s’excusa pas. Il res­ta là. Et elle ne par­tit pas.

Ils par­lèrent un moment de choses ano­dines. Du lac et de la façon dont la lumière chan­geait selon l’heure. De la mai­son, qui appar­te­nait à un ami com­mun dont Élise n’avait que le pré­nom. Théo par­lait peu, posait des ques­tions simples, lais­sait des silences qui n’étaient jamais gênants. Élise se sur­prit à répondre plus lon­gue­ment qu’elle ne l’aurait vou­lu. Elle racon­ta, sans trop savoir pour­quoi, qu’elle avait long­temps habi­té près de l’eau, enfant. Qu’elle aimait le bruit des vagues la nuit, ce bruit qui ber­çait et qui empê­chait de pen­ser. Qu’elle ne dor­mait plus très bien depuis quelque temps. Depuis trop long­temps.

Pendant qu’elle par­lait, il l’écoutait. Vraiment. Et ses yeux ne quit­taient presque jamais son visage — ou le reflet de son visage dans la glace der­rière elle. Parfois, quand elle détour­nait le regard, elle le sur­pre­nait en train de des­cendre un peu plus bas : la ligne de son cou, l’épaule dénu­dée par la bre­telle de la robe, le creux doux entre ses seins. Puis il remon­tait, sans gêne, et la regar­dait droit dans les yeux, comme s’il n’avait rien fait d’autre que l’écouter.

Chaque fois, une petite décharge élec­trique tra­ver­sait le ventre d’Élise. Elle n’aimait pas ça. Enfin… elle n’était pas cen­sée aimer ça. Elle n’avait plus vrai­ment envie de ce genre de chose depuis des mois. Le désir lui sem­blait par­fois loin­tain, par­fois même un peu répu­gnant, comme quelque chose de trop cru, de trop expo­sé, de trop exi­geant. Et pour­tant, sous ce regard-là, quelque chose s’éveillait. Lentement. Contre sa volon­té. Une cha­leur sourde qui par­tait du bas de son ventre et remon­tait le long de sa colonne.

À un moment, un invi­té un peu ivre les bous­cu­la légè­re­ment en pas­sant. Théo posa la main dans le bas de son dos pour la sta­bi­li­ser. Le contact dura à peine une seconde. Sa paume était chaude, large, sûre. Quand il la reti­ra, Élise sen­tit l’endroit où elle avait posé conti­nuer de brû­ler, comme une marque invi­sible. Elle se mor­dit l’intérieur de la joue pour ne pas lais­ser paraître le fris­son qui l’avait par­cou­rue.

— Pardon, dit-il.

Mais il n’avait pas l’air déso­lé. Il avait l’air… atten­tif. Comme s’il avait noté exac­te­ment com­ment son corps avait réagi au tou­cher. Comme s’il avait enre­gis­tré le léger sur­saut de ses épaules, la façon dont sa res­pi­ra­tion s’était cou­pée une frac­tion de seconde.

Ils se dépla­cèrent un peu, le long du mur de miroirs. Élise pre­nait conscience de chaque détail de sa propre sil­houette : la façon dont la robe épou­sait ses hanches, le léger balan­ce­ment de ses seins quand elle mar­chait, la courbe de sa nuque, la façon dont le tis­su glis­sait sur sa peau. Elle se voyait trop. Et elle le voyait la voir. Dans chaque glace, sous chaque angle. Comme s’il l’observait de tous les côtés à la fois, comme s’il pou­vait déjà ima­gi­ner ce qu’il y avait sous le tis­su.

— Vous avez froid ? deman­da-t-il sou­dain.

Elle fron­ça les sour­cils.

— Non. Pourquoi ?

— Vous avez la peau de poule. Là.

Il dési­gna du men­ton le haut de son bras. Effectivement, de petits fris­sons y cou­raient, ren­dant la peau gra­nu­leuse. Elle n’avait pas remar­qué. Ou plu­tôt si : elle avait sen­ti, mais elle avait attri­bué ça à l’air un peu frais qui venait de la ter­rasse par la baie res­tée entrou­verte. Maintenant qu’il le nom­mait, la sen­sa­tion s’intensifia. Elle croi­sa les bras de nou­veau, cette fois pour se cacher un peu plus.

Théo ne com­men­ta pas. Il se conten­ta de res­ter près d’elle. Trop près. Assez près pour que, si elle se tour­nait un peu trop vite, son épaule touche la sienne. Assez près pour qu’elle sente sa res­pi­ra­tion, chaude, régu­lière. Assez près pour que, dans le miroir, leurs corps semblent déjà col­lés, déjà liés.

La conver­sa­tion rede­vint légère. Trop légère. Ils par­lèrent de livres. De voyages qu’ils n’avaient jamais faits. De rien d’important. Mais sous les mots, autre chose cir­cu­lait. Chaque silence était char­gé. Chaque regard un peu trop long. Élise se sur­prit à ima­gi­ner ce que serait sa main sur sa nuque, lourde, chaude, pos­ses­sive. Puis elle chas­sa l’idée, gênée par sa propre ima­gi­na­tion. Puis l’idée revint, plus pré­cise, plus tenace : ses doigts glis­sant le long de sa colonne, s’arrêtant juste au-des­sus de la nais­sance de ses fesses, appuyant un peu.

Elle but une autre gor­gée de cham­pagne. Le liquide lui brû­la un peu la gorge. Elle se sen­tait chaude main­te­nant. Trop chaude. Entre ses cuisses, une humi­di­té légère, presque imper­cep­tible, com­men­çait à se for­mer. Elle le sen­tait. Elle ser­ra les jambes l’une contre l’autre, espé­rant que ça passe, que ce soit juste le cham­pagne, la cha­leur de la pièce, la fatigue. Ça ne pas­sa pas. Ça s’installa, sour­noise, col­lante, gênante.

Théo incli­na la tête.

— Vous êtes rouge, dit-il dou­ce­ment.

— C’est la cha­leur. Et le cham­pagne.

— Peut-être.

Il ne sou­rit tou­jours pas. Mais ses yeux s’assombrirent un peu. Il leva une main, très len­te­ment, et rele­va une mèche de che­veux qui était tom­bée sur son visage. Ses doigts frô­lèrent sa tempe, puis le haut de son oreille. Le contact fut infime. Pourtant Élise sen­tit un fris­son des­cendre le long de sa colonne ver­té­brale jusqu’au bas de son dos, puis plus bas encore, jusqu’entre ses cuisses. Elle retint sa res­pi­ra­tion.

— Vous avez les yeux qui brillent, mur­mu­ra-t-il. Comme si quelque chose s’allumait der­rière.

Elle aurait dû recu­ler. Dire quelque chose de sec. Rire pour bri­ser la ten­sion. Elle ne fit rien de tout cela. Elle res­ta immo­bile, le regard accro­ché au sien, tan­dis que dans le miroir der­rière eux leurs sil­houettes se confon­daient un peu plus, se mêlaient, deve­naient presque une seule forme.

— Je… je devrais peut-être aller prendre l’air, dit-elle d’une voix un peu trop basse, un peu trop rauque.

— Je peux venir avec vous.

Ce n’était pas une ques­tion. Pas vrai­ment. C’était une pro­po­si­tion posée là, entre eux, comme un objet fra­gile qu’on pou­vait prendre ou lais­ser. Élise hési­ta. Une par­tie d’elle — la par­tie rai­son­nable, celle qui se sou­ve­nait qu’elle n’avait plus vrai­ment de désir, que le sexe la lais­sait par­fois froide ou même un peu écœu­rée, que son corps n’était plus un endroit où elle se sen­tait en sécu­ri­té — lui criait de refu­ser. L’autre par­tie, plus sourde, plus chaude, plus ancienne, res­tait silen­cieuse. Et ce silence était déjà une réponse.

Elle hocha la tête.

Ils quit­tèrent le salon des miroirs ensemble. Mais avant de fran­chir la baie vitrée, Élise jeta un der­nier regard en arrière. Dans la glace, elle se vit mar­cher à côté de lui. Elle vit sa main qui n’osait pas encore le tou­cher. Elle vit le rouge sur ses joues. Et plus bas, dans le reflet légè­re­ment défor­mé par l’âge de la glace, elle vit la façon dont ses seins se sou­le­vaient un peu trop vite sous la robe, la façon dont ses hanches se balan­çaient mal­gré elle. Elle se vit dési­rée. Et pour la pre­mière fois depuis très long­temps, elle ne détour­na pas les yeux.

Sur la ter­rasse, l’air du lac était plus frais. La nuit était tom­bée com­plè­te­ment. L’eau miroi­tait sous la lune comme une autre glace, plus vaste, plus indif­fé­rente. Derrière eux, à tra­vers la vitre, le salon conti­nuait de briller de tous ses reflets. Élise s’appuya contre la ram­barde. Théo se pla­ça à côté d’elle, pas tout à fait face au lac, mais un peu tour­né vers elle, comme s’il pré­fé­rait encore la regar­der elle.

— Mieux ? deman­da-t-il.

— Un peu.

Elle ser­ra la ram­barde. Ses doigts étaient froids. Le reste de son corps, non. Entre ses cuisses, l’humidité s’était accen­tuée. Elle le sen­tait main­te­nant clai­re­ment, col­lé à la fine den­telle de sa culotte, tiède, gênant, exci­tant. L’idée la gêna. Puis l’excita. Puis la gêna encore. Elle se détes­ta un ins­tant pour cette contra­dic­tion. Comment pou­vait-elle être à la fois si peu dési­reuse d’habitude et déjà si récep­tive à un simple regard, à une main dans le dos, à une voix basse ?

Théo ne par­lait plus. Il la regar­dait de pro­fil. Elle le sen­tait. Chaque seconde de ce regard était comme une caresse invi­sible qui des­cen­dait le long de sa nuque, de son épaule, de son bras, puis remon­tait pour s’attarder sur la courbe de sa poi­trine. Elle ima­gi­na, mal­gré elle, ce que serait sa bouche à la place de ses yeux. Chaude. Lente. Insistante. Qui embras­se­rait d’abord le creux de son cou, puis des­cen­drait, qui pren­drait un sein dans sa bouche à tra­vers le tis­su, qui suce­rait le mame­lon jusqu’à le faire dur­cir.

Un fris­son la par­cou­rut. Cette fois, elle ne put le cacher.

— Élise, dit-il très bas.

Elle se tour­na vers lui. Leurs visages n’étaient plus qu’à quelques cen­ti­mètres. Elle voyait le détail de ses cils, la tex­ture de sa peau, le léger bat­te­ment d’une veine à sa tempe. Son regard des­cen­dit un ins­tant sur sa bouche. Puis remon­ta.

— Je ne sais pas ce que je fais ici, mur­mu­ra-t-elle.

— Si. Vous le savez. Vous n’êtes juste pas encore prête à le nom­mer.

Sa main se posa de nou­veau dans le bas de son dos. Cette fois, elle ne se reti­ra pas. Elle res­ta là, chaude, lourde, pos­ses­sive sans être bru­tale. Son pouce des­si­na un petit cercle lent juste au-des­sus de la nais­sance de ses fesses. Élise fer­ma les yeux une seconde. Le contact était simple. Presque chaste. Et pour­tant elle sen­tit ses lèvres s’ouvrir d’elles-mêmes, sa res­pi­ra­tion s’accélérer, son cli­to­ris pul­ser fai­ble­ment contre le tis­su humide. Une petite décharge de plai­sir la tra­ver­sa, si inat­ten­due qu’elle en eut presque honte.

Quand elle rou­vrit les yeux, Théo la regar­dait tou­jours. Mais son expres­sion avait chan­gé. Il y avait de la ten­dresse, oui. Beaucoup. Mais aus­si quelque chose de plus sombre, de plus affa­mé, de plus patient.

— Je peux vous embras­ser ? deman­da-t-il.

La ques­tion la sur­prit. La plu­part des hommes n’auraient pas deman­dé. Ils auraient pen­ché la tête et pris. Lui atten­dait. Vraiment. Il lui lais­sait le choix jusqu’au der­nier ins­tant.

Elle n’eut pas la force de répondre par des mots. Elle se conten­ta d’incliner légè­re­ment le visage vers le sien.

Le bai­ser fut lent. D’abord juste un fro­le­ment de lèvres, presque une ques­tion. Puis une pres­sion plus ferme. Puis sa langue, chaude, qui vint deman­der l’entrée avec une dou­ceur presque res­pec­tueuse. Élise ouvrit la bouche. Le goût de lui — cham­pagne, un peu de sel, quelque chose d’unique, de mas­cu­lin — l’envahit. Sa main dans son dos se res­ser­ra. L’autre vint se poser sur sa hanche, les doigts légè­re­ment ren­trés dans la chair à tra­vers le tis­su de la robe.

Elle gémit. Un petit son qu’elle n’avait pas pré­vu, qui lui échap­pa mal­gré elle. Dans sa culotte, elle était main­te­nant fran­che­ment mouillée. Elle le sen­tait. Elle ima­gi­nait ce qu’il ver­rait s’il glis­sait la main sous sa robe, s’il remon­tait le long de sa cuisse, s’il décou­vrait à quel point elle était déjà trem­pée pour un homme qu’elle connais­sait depuis moins d’une heure. L’idée la fit rou­gir plus fort, mais elle ne recu­la pas.

Le bai­ser s’approfondit. Théo la pous­sa dou­ce­ment contre la ram­barde. Son corps se col­la au sien. Elle sen­tit, à tra­vers le tis­su de son pan­ta­lon, la dure­té de son sexe pres­sée contre son ventre. Longue. Chaude. Déjà bien dure. L’idée la fit tres­saillir d’un mélange de peur et d’excitation brute. Elle n’avait pas tou­ché un homme depuis des mois. Elle n’avait pas eu envie d’en tou­cher un. Et main­te­nant, tout son corps criait pour que cette dure­té s’enfonce quelque part en elle, len­te­ment, pro­fon­dé­ment.

Théo rom­pit le bai­ser. Son front res­ta appuyé contre le sien. Leur res­pi­ra­tion se mêlait, chaude, irré­gu­lière.

— Tu trembles, mur­mu­ra-t-il.

— Ce n’est pas… de la peur.

— Je sais.

Sa main glis­sa un peu plus bas, s’attarda sur la courbe de sa fesse, puis remon­ta len­te­ment le long de sa colonne. Ses doigts frô­lèrent la fer­me­ture éclair de la robe. Il ne l’ouvrit pas. Il se conten­ta de la sen­tir, de tra­cer le métal sous le tis­su, comme une pro­messe, comme une menace douce.

Élise avait les yeux mi-clos. Dans sa tête, les images se bous­cu­laient. Sa bouche sur ses seins. Ses doigts entre ses cuisses. Son sexe qui s’enfoncerait en elle len­te­ment, très len­te­ment, pen­dant qu’il la regar­de­rait dans les yeux. Elle se vit déjà écar­tée, offerte, la culotte tirée sur le côté, trem­pée, tan­dis qu’il la péné­trait contre cette ram­barde, sous le regard dis­tant de la mai­son pleine de miroirs. Elle se vit gémis­sant, les jambes trem­blantes, la chatte ouverte et mouillée autour de lui.

La cru­di­té de la vision la fit gémir de nou­veau, plus fort.

Théo sou­rit pour la pre­mière fois. Un sou­rire petit, sombre, presque tendre.

— On devrait ren­trer, dit-il. Ou alors… res­ter ici un peu plus long­temps.

Elle ne répon­dit pas tout de suite. Elle posa une main sur sa poi­trine, sen­tit battre son cœur sous la che­mise, puis lais­sa ses doigts des­cendre jusqu’à la cein­ture de son pan­ta­lon. Elle s’arrêta là. Juste au-des­sus. Assez près pour sen­tir la cha­leur de ce qui la ten­dait déjà, la rigi­di­té qui l’attendait.

— Encore un peu, mur­mu­ra-t-elle. Juste… encore un peu.

Il l’embrassa de nou­veau. Plus pro­fon­dé­ment cette fois. Sa langue cher­cha la sienne avec plus d’insistance. Sa main sur sa fesse se fit plus pos­ses­sive, les doigts enfon­cés dans la chair à tra­vers le tis­su. Élise se frot­ta ins­tinc­ti­ve­ment contre lui. Le frot­te­ment de son cli­to­ris contre le tis­su de sa culotte et la dure­té de son sexe lui arra­cha un autre gémis­se­ment, plus rauque, plus avide.

Elle était trem­pée. Elle le savait. Elle ima­gi­nait le fil brillant qui devait déjà col­ler entre ses lèvres, la façon dont sa chatte devait être ouverte, prête, gon­flée, alors même que son esprit pei­nait encore à accep­ter ce qui était en train de se pas­ser. Elle ima­gi­na ses doigts glis­sant sous la den­telle, s’ouvrant, se décou­vrant mouillée jusqu’à l’intérieur des cuisses.

Théo glis­sa une main entre leurs corps. Ses doigts remon­tèrent le long de sa cuisse, sous la robe, jusqu’à la den­telle. Il s’arrêta juste avant de la tou­cher vrai­ment. Ses doigts res­tèrent là, à un mil­li­mètre de l’endroit où elle était la plus humide, le plus chaude, le plus embar­ras­sée.

— Dis-moi d’arrêter, mur­mu­ra-t-il contre sa bouche. Et j’arrête.

Elle aurait dû. Une par­tie d’elle le vou­lait encore. La par­tie qui trou­vait tout ça trop rapide, trop cru, trop ani­mal, trop expo­sé. Mais une autre par­tie — plus vaste, plus affa­mée, plus ancienne — ser­ra les doigts sur sa cein­ture et mur­mu­ra :

— Ne t’arrête pas.

Ses doigts avan­cèrent. Ils tou­chèrent enfin le tis­su trem­pé. Élise sur­sau­ta. Un gémis­se­ment plus fort lui échap­pa. Théo tra­ça len­te­ment la fente de sa chatte à tra­vers la den­telle, de bas en haut, jusqu’au cli­to­ris gon­flé. Il appuya juste ce qu’il fal­lait. Puis il recom­men­ça. Encore. Et encore. Lentement. Précisément. Comme s’il avait tout le temps du monde.

— Putain… tu es déjà tel­le­ment mouillée, souf­fla-t-il contre son oreille. Je le sens à tra­vers le tis­su. Ta culotte est trem­pée. Tu trembles contre mes doigts.

Les mots, crus, la firent tres­saillir d’un mélange de honte et d’excitation vio­lente. Elle n’aimait pas les mots trop crus d’habitude. Ils la met­taient mal à l’aise, la fai­saient par­fois se fer­mer. Mais sor­tis de sa bouche, dans ce ton bas, presque émer­veillé, presque tendre, ils la firent fondre un peu plus. Elle sen­tit une nou­velle vague d’humidité cou­ler entre ses lèvres.

Il conti­nua de la cares­ser ain­si, à tra­vers le tis­su, pen­dant de longues secondes. Assez pour que ses hanches com­mencent à bou­ger d’elles-mêmes, à cher­cher plus de pres­sion. Assez pour que sa res­pi­ra­tion devienne irré­gu­lière, cou­pée de petits gémis­se­ments qu’elle ne pou­vait plus rete­nir. Assez pour qu’elle sente un début d’orgasme poin­ter, loin­tain encore, mais déjà pré­sent, comme une pro­messe brû­lante au fond de son ventre.

Puis il reti­ra sa main. Lentement. Comme à regret.

Élise gémit de frus­tra­tion, un son presque ani­mal.

— Pas ici, dit-il dou­ce­ment. Pas encore. Je veux te voir. Vraiment te voir. Dans la lumière. Dans les miroirs. Partout. Je veux voir ta chatte s’ouvrir pour moi. Je veux voir à quel point tu es mouillée. Je veux goû­ter.

Il lui prit la main. Ses doigts étaient encore humides de son exci­ta­tion. Il les por­ta à ses lèvres et les lécha, sans quit­ter son regard. Le geste était d’une cru­di­té presque bru­tale. Et pour­tant il y avait tant de ten­dresse dans ses yeux qu’Élise en eut les genoux faibles. Elle ima­gi­na sa langue à la place de ses doigts, chaude, large, qui s’enfoncerait entre ses lèvres, qui léche­rait jusqu’à la faire crier.

— Viens, mur­mu­ra-t-il.

Elle le sui­vit. Le cœur bat­tant trop fort. La culotte col­lée entre ses lèvres, trem­pée, embar­ras­sante. Le goût de son propre désir encore dans l’air. Et pour la pre­mière fois depuis très long­temps, elle n’avait plus envie de fuir.

Elle avait juste envie qu’il conti­nue. Qu’il la regarde. Qu’il la touche. Qu’il la prenne.

**********

Ils res­tèrent long­temps sur la ter­rasse sans par­ler.

Le lac s’étendait devant eux, noir et lisse sous la lune. Un che­min d’argent trem­blait à la sur­face, bri­sé seule­ment par le cla­po­tis dis­cret de l’eau contre les pilo­tis. Derrière la baie vitrée, le salon des miroirs conti­nuait de vivre : sil­houettes mul­ti­pliées, rires étouf­fés, musique basse. Ici, dehors, il n’y avait plus que le silence, le vent léger qui sen­tait les roseaux, et la pré­sence de Théo à côté d’elle.

Élise ser­rait la ram­barde. Ses doigts étaient froids. Tout le reste de son corps brû­lait. Entre ses cuisses, la den­telle de sa culotte col­lait encore, trem­pée par ce qu’il avait fait plus tôt. Elle sen­tait le sou­ve­nir pré­cis de ses doigts à tra­vers le tis­su, la pres­sion sur son cli­to­ris, le moment exact où il s’était arrê­té. Le manque était deve­nu une sen­sa­tion à part entière. Elle ser­ra les cuisses l’une contre l’autre, cher­chant un frot­te­ment qui ne suf­fi­sait plus.

Théo ne la tou­chait pas. Il se tenait à une dis­tance cal­cu­lée, les avant-bras posés sur le bois de la ram­barde, le regard per­du sur l’eau. Cette dis­tance la ren­dait folle. Elle aurait pré­fé­ré qu’il la prenne contre la ram­barde tout de suite, qu’il relève sa robe, qu’il tire sa culotte sur le côté et qu’il s’enfonce en elle sans deman­der. Au moins, ce serait clair. Au lieu de cela, il atten­dait. Et cette attente la for­çait à sen­tir chaque cen­ti­mètre de peau qui n’était pas tou­chée.

— Tu as froid ? deman­da-t-il enfin, sans se tour­ner.

— Non.

Sa voix était plus rauque qu’elle ne l’aurait vou­lu. Elle avait encore le goût de lui dans la bouche. Le sou­ve­nir du bai­ser, de sa langue, de la dure­té de son sexe pres­sée contre son ventre. Elle fer­ma les yeux une seconde et se revit dans le miroir du salon, en train de se frot­ter contre lui comme une femme qui n’avait plus de pudeur. La vision la fit rou­gir mal­gré la nuit.

Théo se tour­na vers elle. Son regard était calme, mais il y avait main­te­nant quelque chose de plus sombre, quelque chose qui avait goû­té à son exci­ta­tion et qui n’avait pas oublié.

— Tu trembles encore.

— Ce n’est pas le froid.

— Je sais.

Il ne bou­gea pas. Il res­ta exac­te­ment à cette dis­tance où elle pou­vait sen­tir sa cha­leur sans le tou­cher. Le manque deve­nait une caresse. Élise se sur­prit à attendre qu’il pose de nou­veau la main dans son dos, qu’il glisse ses doigts sous la robe, qu’il recom­mence. Mais il ne le fit pas. Il la lais­sait dans ce vide volon­taire.

— Pourquoi tu t’es arrê­té ? mur­mu­ra-t-elle.

La ques­tion lui échap­pa avant qu’elle ait pu la rete­nir. Elle aurait pré­fé­ré gar­der le silence, ne pas mon­trer à quel point elle avait besoin. Mais les mots étaient sor­tis, et main­te­nant ils flot­taient entre eux, trop vrais.

Théo sou­rit très légè­re­ment, un pli dis­cret au coin de la bouche.

— Parce que je veux que tu me le demandes. Vraiment. Pas seule­ment avec ton corps. Avec ta voix.

Elle détour­na les yeux vers le lac. Le che­min d’argent trem­blait. Demander. Dire à voix haute qu’elle vou­lait ses doigts, sa bouche, son sexe. L’idée la fai­sait rou­gir et s’exciter en même temps. Elle n’avait plus l’habitude de deman­der. Depuis la sépa­ra­tion, le désir était deve­nu quelque chose de loin­tain, par­fois même de répu­gnant. Il y avait des jours où l’idée seule du sexe lui don­nait la nau­sée, comme si c’était trop cru, trop ani­mal, trop expo­sé. Et ce soir, ce même désir était là, entre ses cuisses, col­lant, urgent, et elle ne savait plus com­ment le nom­mer sans avoir honte.

— Je… je ne sais pas com­ment, dit-elle.

— Alors on va prendre le temps.

Il se rap­pro­cha d’un pas. Juste un. Sa main se posa briè­ve­ment dans le bas de son dos, au même endroit qu’auparavant, pour l’empêcher de tré­bu­cher sur une dalle un peu irré­gu­lière. Le contact dura à peine une seconde. Sa paume était chaude, large, sûre. Quand il la reti­ra, la cha­leur res­ta impri­mée sur sa peau comme une brû­lure douce. Élise retint un gémis­se­ment. Elle atten­dit qu’il recom­mence. Il ne recom­men­ça pas. Le manque devint plus exci­tant que le contact lui-même.

Ils res­tèrent ain­si, côte à côte, regar­dant le lac. Le silence n’était pas gênant. Il était char­gé. Élise sen­tait chaque cen­ti­mètre qui les sépa­rait. Elle sen­tait l’odeur de sa peau — boi­sée, propre, légè­re­ment épi­cée — le léger frois­se­ment de sa che­mise quand il res­pi­rait. Elle ima­gi­na ce que serait de se col­ler entiè­re­ment contre lui, de glis­ser une main dans son pan­ta­lon, de sen­tir sa bite dure et chaude dans sa paume, de la cares­ser len­te­ment jusqu’à le faire gémir. L’image la fit tres­saillir. Elle ser­ra plus fort la ram­barde.

— Tu es sépa­rée depuis com­bien de temps ? deman­da-t-il sou­dain, tou­jours sans la regar­der direc­te­ment.

La ques­tion la sur­prit. Elle n’avait par­lé de ça à per­sonne ce soir. Elle n’en par­lait presque jamais.

— Huit mois, répon­dit-elle après un silence. Pourquoi ?

— Parce que tu as l’air de quelqu’un qui a oublié com­ment on la touche. Ou qui a déci­dé de l’oublier.

Elle sen­tit une pointe de vul­né­ra­bi­li­té. Il voyait trop juste. Elle aurait vou­lu se fer­mer, répondre quelque chose de sec, de pro­tec­teur. Au lieu de cela, elle se sur­prit à par­ler, les mots sor­tant mal­gré elle.

— Ce n’est pas… ce n’est pas que j’ai oublié. C’est que par­fois… par­fois je n’ai plus envie. Du tout. Le corps, le sexe, tout ça… ça me semble loin. Ou trop proche. Je ne sais plus. Il y a des jours où l’idée seule me donne la nau­sée. Comme si c’était trop cru, trop ani­mal, trop… expo­sé. Et d’autres jours… d’autres jours je me réveille trem­pée et je ne sais même pas pour­quoi. Je me touche et rien ne vient. Ou alors ça vient trop fort et j’ai honte après.

Elle s’arrêta, le visage brû­lant. Elle n’avait jamais dit ça à voix haute. Théo ne com­men­ta pas tout de suite. Il lais­sa le silence s’installer de nou­veau, lourd, patient. Puis sa voix, basse, presque tendre :

— Et ce soir ?

Elle fer­ma les yeux.

— Ce soir… ce soir c’est dif­fé­rent.

— Comment ?

— Je te sens. Même quand tu ne me touches pas. Et mon corps… mon corps répond. Même si ma tête n’est pas tout à fait d’accord. Même si une par­tie de moi trouve encore que c’est trop vite, trop cru, trop…

Elle n’arriva pas à finir. Théo se tour­na com­plè­te­ment vers elle. Elle le sen­tit plus qu’elle ne le vit dans la pénombre. Sa main se posa de nou­veau dans le bas de son dos, cette fois plus long­temps. Son pouce des­si­na un cercle lent, juste au-des­sus de la nais­sance de ses fesses. Élise rete­nait sa res­pi­ra­tion. La cha­leur de sa paume tra­ver­sait le tis­su de la robe et s’imprimait sur sa peau nue. Elle avait envie de se cam­brer, de pous­ser son bas du dos contre sa main, de lui deman­der d’aller plus bas, d’écarter la den­telle, de la tou­cher vrai­ment. Elle ne bou­gea pas. Elle atten­dit.

— Tu es déjà mouillée de nou­veau, mur­mu­ra-t-il. Je le sens dans ta voix. Dans la façon dont tu res­pires.

Elle rou­git dans le noir.

— Comment tu peux savoir… ?

— Parce que tu res­pires plus vite. Parce que tes cuisses sont ser­rées. Parce que tu fré­mis chaque fois que je te touche, même une seconde. Et parce que tout à l’heure, quand j’ai reti­ré ma main, tu as gémi comme si je t’avais enle­vé quelque chose d’essentiel.

Il reti­ra sa main. Encore. Le manque la fit gémir tout bas, un son qu’elle ne recon­nut pas. Elle se détes­ta pour ce son. Elle se détes­ta d’avoir besoin aus­si fort, aus­si vite.

Théo s’appuya de nou­veau sur la ram­barde, l’épaule presque contre la sienne. Leurs bras se frô­laient à chaque res­pi­ra­tion. Élise avait l’impression que chaque cen­ti­mètre de peau qui le tou­chait brû­lait. Elle ima­gi­na sa main glis­sant sous la robe, remon­tant le long de sa cuisse inté­rieure, écar­tant la den­telle, plon­geant deux doigts en elle jusqu’à la paume. Elle ima­gi­na le bruit que ferait sa chatte, trem­pée, autour de ses doigts — ce bruit humide, obs­cène, qu’elle n’avait plus enten­du depuis des mois. L’image était crue, presque vul­gaire, et pour­tant elle la fit fondre un peu plus.

— Parle-moi, dit-il. De n’importe quoi. Je veux entendre ta voix pen­dant que tu te retiens.

Elle hési­ta. Puis elle par­la. D’abord de choses ano­dines : le lac, les étés de son enfance près de l’eau, la façon dont la lumière chan­geait selon les heures, le bruit des vagues qui l’avait ber­cée pen­dant des années. Puis, peu à peu, les mots glis­sèrent vers plus intime. Elle racon­ta les nuits où elle se réveillait seule, la main déjà entre ses cuisses, sans vrai­ment savoir ce qu’elle cher­chait. Elle racon­ta les fois où elle avait essayé de se tou­cher et où rien n’était venu, où le plai­sir res­tait blo­qué quelque part der­rière une porte qu’elle n’arrivait plus à ouvrir. Elle racon­ta la gêne, la frus­tra­tion, le sen­ti­ment d’être cas­sée, d’avoir un corps qui ne répon­dait plus comme avant.

Pendant qu’elle par­lait, Théo l’écoutait vrai­ment. Et sa main, de temps en temps, se posait briè­ve­ment sur elle. Dans le bas du dos. Sur sa hanche. Sur le haut de sa cuisse, à tra­vers la robe. Toujours trop court. Toujours trop léger. Chaque fois, Élise atten­dait la suite. Chaque fois, il se reti­rait. Le manque deve­nait une tor­ture douce, une exci­ta­tion qui mon­tait en spi­rale, qui la ren­dait presque malade de désir.

À un moment, il se pen­cha vers elle. Ses lèvres frô­lèrent son oreille.

— Tu sens comme tu es chaude ? même à tra­vers le tis­su. Je parie que ta culotte est col­lée entre tes lèvres. Je parie que tu es trem­pée jusqu’à l’intérieur des cuisses.

Elle ne répon­dit pas. Elle ne pou­vait plus. Sa res­pi­ra­tion était deve­nue trop courte. Entre ses cuisses, elle était de nou­veau trem­pée. Elle ima­gi­nait le fil brillant qui devait col­ler à l’intérieur de sa culotte, la façon dont ses lèvres étaient gon­flées, ouvertes, prêtes, le cli­to­ris bat­tant fai­ble­ment contre le tis­su.

Théo posa enfin sa main plus bas. Cette fois, il ne se conten­ta pas d’un frô­le­ment. Il glis­sa la paume sous la robe, le long de sa cuisse, jusqu’à la den­telle. Il ne péné­tra pas tout de suite. Il se conten­ta de poser ses doigts à plat contre le tis­su trem­pé, de sen­tir l’humidité, la cha­leur, le pouls de son cli­to­ris sous la den­telle.

— Putain…, souf­fla-t-il contre son oreille. Tu es trem­pée. Ta culotte est col­lée. Je pour­rais te prendre ici, contre cette ram­barde, et tu glis­se­rais sur moi comme de l’huile. Tu pren­drais toute ma bite d’un seul coup.

Les mots crus la firent tres­saillir vio­lem­ment. Elle n’aimait pas d’habitude. Trop ani­mal. Trop direct. Ils la met­taient mal à l’aise, par­fois même la fer­maient. Mais sor­tis de sa bouche, contre son oreille, dans ce ton bas, presque émer­veillé, ils la firent ouvrir les jambes un peu plus. Elle pous­sa son bas­sin en avant, cher­chant plus de pres­sion. Théo appuya juste ce qu’il fal­lait, tra­çant de nou­veau la fente de sa chatte à tra­vers le tis­su, de bas en haut, jusqu’au cli­to­ris gon­flé.

— Tu veux que je conti­nue ? deman­da-t-il.

— Oui…

— Plus fort. Dis-le plus fort.

— Oui. Continue. S’il te plaît. Ne t’arrête pas cette fois.

Il obéit. Ses doigts devinrent plus pré­cis, plus insis­tants. Il frot­tait son cli­to­ris à tra­vers la den­telle, len­te­ment d’abord, puis un peu plus vite, tou­jours en cercles contrô­lés. Élise agrip­pa la ram­barde à deux mains. Ses hanches bou­geaient d’elles-mêmes. Elle gémis­sait tout bas, des sons qu’elle ne recon­nais­sait plus, des sons de femme qui n’avait plus de contrôle. Elle se voyait de l’extérieur : une femme de trente-huit ans, robe rele­vée, culotte trem­pée, se frot­tant contre la main d’un homme qu’elle connais­sait depuis une heure, dehors, au bord d’un lac, pen­dant qu’à l’intérieur des gens riaient dans un salon plein de miroirs.

L’image la fit presque jouir.

Théo sen­tit le chan­ge­ment dans son corps. Il ralen­tit encore, puis s’arrêta net.

Élise pous­sa un gémis­se­ment de frus­tra­tion, presque un san­glot.

— Pourquoi… ? Pourquoi tu t’arrêtes encore ?

— Parce que je veux te voir sup­plier un peu plus. Parce que je veux que tu sois mouillée jusqu’aux genoux avant que je te laisse venir. Parce que je veux que tu me demandes de te lécher, de te doig­ter, de te bai­ser. Avec des mots. Pas seule­ment avec tes hanches.

Il reti­ra sa main. Élise le vit por­ter ses doigts à sa bouche et les lécher, len­te­ment, un par un, sans quit­ter son regard. Le geste était d’une cru­di­té qui aurait dû la rebu­ter. Au lieu de cela, elle sen­tit une nou­velle vague d’humidité cou­ler entre ses lèvres, des­cendre le long de l’intérieur de sa cuisse.

— Tu as un goût sucré, mur­mu­ra-t-il. Un peu salé aus­si. Je veux te lécher vrai­ment. À genoux. Pendant que tu te regardes dans un miroir. Pendant que tu te vois ouvrir les jambes pour moi. Pendant que tu te vois jouir sur ma langue.

Elle fer­ma les yeux. L’image était trop nette : elle, debout ou assise au bord d’un lit, les jambes écar­tées, Théo entre ses cuisses, sa langue large et chaude qui s’enfonçait, qui léchait, qui suçait son cli­to­ris pen­dant qu’elle se voyait dans la glace, le visage défait, la bouche ouverte, les seins qui trem­blaient.

— Emmène-moi quelque part, mur­mu­ra-t-elle. N’importe où. Mais conti­nue. Je t’en prie.

Théo la regar­da un long moment. Puis il hocha la tête.

— Pas encore la chambre. Pas encore. Je veux te faire trem­bler un peu plus ici. Dans le silence. Avec le lac qui nous regarde. Avec les miroirs qui nous attendent der­rière la vitre.

Il se pla­ça der­rière elle. Ses bras l’entourèrent. Une main reprit le che­min sous la robe, l’autre mon­ta jusqu’à son sein, à tra­vers le tis­su. Il trou­va le mame­lon déjà dur et le rou­la entre ses doigts pen­dant que, plus bas, ses autres doigts écar­taient enfin la den­telle et tou­chaient sa chair nue.

Élise sur­sau­ta vio­lem­ment. Le contact direct fut comme une décharge élec­trique. Deux doigts glis­sèrent le long de sa fente, recueillant l’humidité abon­dante, puis remon­tèrent jusqu’à son cli­to­ris. Il le cares­sa avec une pré­ci­sion presque cruelle, len­te­ment, en cercles, par­fois en appuyant un peu plus fort, par­fois en s’arrêtant juste assez pour la faire sup­plier en silence. Puis il glis­sa un doigt plus bas, trou­va son entrée et s’enfonça len­te­ment jusqu’à la pre­mière pha­lange.

Elle gémit plus fort. Ses hanches bou­geaient contre sa main. Elle sen­tait la dure­té de son sexe pres­sée contre ses fesses, longue, chaude, insis­tante, à tra­vers le pan­ta­lon. Elle ima­gi­na la robe rele­vée jusqu’à la taille, la culotte tirée sur le côté, sa bite qui s’enfonçait en elle len­te­ment pen­dant qu’il la tenait contre la ram­barde, pen­dant que le lac les regar­dait. L’idée la fit presque venir.

Théo ajou­ta un second doigt. Il la péné­tra len­te­ment, pro­fon­dé­ment, pen­dant que son pouce conti­nuait de tour­ner sur son cli­to­ris. Le bruit humide de sa chatte autour de ses doigts mon­ta dans le silence de la nuit. Élise en eut honte. Puis l’excitation devint plus forte que la honte.

— Tu entends ? mur­mu­ra-t-il contre son oreille. Tu entends comme tu es mouillée ? Comme ta chatte suce mes doigts ? Tu es prête. Tu es ouverte. Tu pren­drais ma bite d’un seul coup main­te­nant.

Elle ne pou­vait plus répondre. Elle ne pou­vait plus que gémir, que bou­ger ses hanches, que cher­cher plus. L’orgasme mon­tait, chaud, inévi­table. Elle sen­tait qu’elle allait jouir contre sa main, dehors, debout, avec le risque que quelqu’un sorte sur la ter­rasse.

Théo le sen­tit aus­si. Il ralen­tit, puis reti­ra ses doigts juste avant le bord.

Élise faillit crier.

— Pas encore, mur­mu­ra-t-il. Pas ici. Je veux que tu jouisses la pre­mière fois en me regar­dant. Ou en te regar­dant. Dans les miroirs. Je veux voir ton visage. Je veux voir ta chatte se contrac­ter. Je veux goû­ter.

Il por­ta de nou­veau ses doigts à sa bouche et les lécha lon­gue­ment, le regard plan­té dans le sien. Puis il se pen­cha et l’embrassa. Elle goû­ta son propre désir sur sa langue — sucré, salé, obs­cène. Le bai­ser fut pro­fond, presque sale, et elle s’y per­dit entiè­re­ment.

Quand ils se sépa­rèrent, elle trem­blait de tout son corps.

— On rentre, dit-il. Il y a une chambre d’amis au pre­mier étage. Personne n’y va. Ou mon appar­te­ment, plus loin sur la route. À toi de choi­sir. Mais cette fois, je ne m’arrêterai plus.

Elle le regar­da. Ses lèvres étaient gon­flées, ses yeux brillants, sa culotte trem­pée jusqu’à l’intérieur des cuisses, ses jambes à peine capables de la por­ter. Elle n’avait plus de mots pour la pudeur. Elle n’avait plus que le besoin.

— La chambre, mur­mu­ra-t-elle. Ici. Maintenant. Je veux les miroirs. Je veux te voir me regar­der.

Théo sou­rit dans le noir. Un sou­rire sombre, tendre, affa­mé.

— Alors viens.

Il lui prit la main. Ses doigts étaient encore humides de son exci­ta­tion. Élise le sui­vit. Le lac der­rière eux conti­nuait de miroi­ter sous la lune. La mai­son pleine de reflets les atten­dait. Et entre ses cuisses, le désir qu’elle avait cru per­du bat­tait comme un second cœur, urgent, trem­pé, prêt à tout.

Elle n’avait plus envie de fuir.

Elle avait juste envie qu’il la regarde encore. Qu’il la touche encore. Qu’il la prenne jusqu’à ce qu’elle n’ait plus rien à cacher, jusqu’à ce que le silence du lac soit rem­pla­cé par ses gémis­se­ments, jusqu’à ce que les miroirs lui montrent enfin une femme qui dési­rait vrai­ment.

**********

Ils ren­trèrent dans la mai­son par la baie vitrée.

L’air chaud du salon les enve­lop­pa immé­dia­te­ment, char­gé de vanille, de bois ciré et de la rumeur basse des conver­sa­tions. Les miroirs les accueillirent de toutes parts. Élise se vit entrer, la main dans celle de Théo, les joues encore brû­lantes, les lèvres gon­flées, la robe un peu frois­sée. Elle se vit trop. Elle se vit dési­rée. Et pour la pre­mière fois, elle ne détour­na pas le regard.

La musique avait chan­gé. Une mélo­die lente, presque lan­guis­sante, mon­tait des enceintes cachées. Quelques couples dan­saient déjà au centre du salon, leurs sil­houettes mul­ti­pliées à l’infini dans les glaces anciennes. Théo s’arrêta au bord de la piste impro­vi­sée. Il ne lui deman­da rien. Il lui ten­dit sim­ple­ment la main, paume ouverte, et atten­dit.

Élise hési­ta une seconde. Une par­tie d’elle — celle qui se sou­ve­nait encore de la ter­rasse, de ses doigts en elle, de sa voix crue contre son oreille — vou­lait qu’il l’emmène tout de suite à l’étage. L’autre par­tie, plus lente, plus crain­tive, accep­ta la main ten­due. Ses doigts glis­sèrent dans les siens. Sa peau était encore légè­re­ment humide de son exci­ta­tion. Elle le sen­tit. Elle savait qu’il le sen­tait aus­si.

Il la gui­da vers le centre. Les miroirs les entou­rèrent. Partout, leurs reflets se mul­ti­pliaient : elle en robe noire, lui en che­mise sombre, leurs corps encore sépa­rés par quelques cen­ti­mètres. Théo ne l’attira pas contre lui. Il lais­sa juste assez d’espace pour qu’elle décide, à chaque seconde, de se rap­pro­cher un peu plus. Sa main droite se posa dans le bas de son dos, légère, presque res­pec­tueuse. L’autre tenait la sienne à hau­teur d’épaule.

Ils com­men­cèrent à dan­ser.

Le rythme était lent. Un balan­ce­ment doux, presque hyp­no­tique. Élise se sen­tait mal­adroite au début. Elle n’avait plus dan­sé depuis des années. Son corps se sou­ve­nait encore de la ter­rasse, de l’humidité entre ses cuisses, de la façon dont ses hanches avaient bou­gé contre la main de Théo. Maintenant, chaque mou­ve­ment fai­sait frois­ser le tis­su de sa robe contre sa peau sen­sible. Chaque pas fai­sait glis­ser sa culotte trem­pée entre ses lèvres. Elle ser­ra les dents pour ne pas gémir.

Théo dan­sait avec une pré­ci­sion calme. Il ne for­çait rien. Il atten­dait. Quand elle se rap­pro­chait d’un cen­ti­mètre, il l’accueillait. Quand elle res­tait à dis­tance, il res­pec­tait. Mais ses yeux ne la quit­taient jamais. Et dans les miroirs, elle le voyait la regar­der sous tous les angles : de face, de pro­fil, de dos. Elle se voyait elle-même rou­gir, se mordre la lèvre, bais­ser les yeux puis les rele­ver mal­gré elle.

— Tu te vois ? mur­mu­ra-t-il près de son oreille.

Elle hocha la tête sans par­ler. Oui, elle se voyait. Elle se voyait dans vingt glaces à la fois. Elle se voyait tenue par un homme qu’elle connais­sait depuis à peine deux heures. Elle se voyait déjà à moi­tié per­due.

Sa main dans le bas de son dos glis­sa un peu plus bas, s’attarda sur la courbe de sa fesse, puis remon­ta len­te­ment le long de sa colonne. Les doigts res­taient au-des­sus des vête­ments, mais ils étaient si pré­cis, si lents, qu’ils sem­blaient déjà connaître chaque ver­tèbre, chaque point sen­sible. Élise sen­tit un fris­son des­cendre jusqu’entre ses cuisses. L’humidité s’était cal­mée un peu pen­dant le retour, mais elle reve­nait main­te­nant, sour­noise, col­lante.

Ils tour­nèrent. Les miroirs défi­laient. À un moment, elle se retrou­va face à un grand pan­neau de glace et vit leurs deux sil­houettes col­lées presque l’une à l’autre. Théo bais­sa la tête. Ses lèvres frô­lèrent la nais­sance de son cou, juste sous l’oreille. Le bai­ser fut léger, presque chaste. Puis un autre, un peu plus bas. Puis un autre encore, plus ouvert, plus chaud. Sa langue tra­ça une ligne lente le long de sa peau. Élise fer­ma les yeux une seconde. Quand elle les rou­vrit, elle cher­cha son regard dans le miroir. Il la regar­dait déjà. Leurs yeux se croi­sèrent dans la glace pen­dant qu’il l’embrassait le long du cou. Le désir n’était plus une idée. C’était une cha­leur qui mon­tait entre ses cuisses sans qu’elle l’ait auto­ri­sée.

Sa main sur son dos se fit plus pos­ses­sive. Il l’attira enfin un peu plus près. Leurs corps se tou­chèrent. Élise sen­tit, à tra­vers le tis­su, la dure­té de son sexe contre son ventre. Il était encore dur. Ou de nou­veau dur. Elle ima­gi­na ce qu’il y avait sous le pan­ta­lon : long, chaud, bat­tant. Elle ima­gi­na sa main qui le sor­tait, qui le cares­sait, qui le gui­dait entre ses cuisses. L’image la fit tres­saillir. Elle se col­la un peu plus.

Théo ne dit rien. Il conti­nua de dan­ser, len­te­ment, pen­dant que sa bouche explo­rait son cou, sa mâchoire, le lobe de son oreille. Ses dents gri­gno­tèrent dou­ce­ment la peau. Élise gémit tout bas. Le son se per­dit dans la musique. Personne ne les regar­dait vrai­ment. Ou peut-être que si. Dans les miroirs, il était impos­sible de savoir qui obser­vait qui.

Sa main glis­sa sur sa hanche, puis remon­ta le long de son flanc, s’arrêta juste sous son sein. Les doigts des­si­nèrent le contour à tra­vers le tis­su de la robe. Élise rete­nait sa res­pi­ra­tion. Elle atten­dait qu’il aille plus loin, qu’il prenne son sein dans sa paume, qu’il trouve le mame­lon déjà dur. Il ne le fit pas. Il res­ta là, à la fron­tière, le pouce effleu­rant à peine le des­sous de sa poi­trine. Le manque la ren­dait folle.

— Tu sens comme tu trem­blés ? mur­mu­ra-t-il contre sa peau.

— Oui…

— Tu es de nou­veau mouillée. Je le sais. Même sans te tou­cher.

Elle rou­git dans le miroir. Oui, elle l’était. La danse, les bai­sers dans le cou, le frot­te­ment de leurs corps, le sou­ve­nir de ses doigts plus tôt : tout se mélan­geait. Sa culotte était de nou­veau col­lée, trem­pée. Chaque pas fai­sait glis­ser le tis­su humide contre son cli­to­ris. Elle avait envie de s’écarter les jambes, de se frot­ter plus fort contre lui, de lui deman­der de l’emmener tout de suite.

Au lieu de cela, elle dan­sa.

Le temps sem­bla s’étirer. Une chan­son. Puis une autre. Théo ne par­lait presque plus. Il lais­sait ses mains par­ler à sa place. Elles glis­saient sur ses hanches, sur son dos, sur la nuque. Elles rele­vaient par­fois une mèche de che­veux pour embras­ser la peau décou­verte. Elles s’attardaient sur la fer­me­ture éclair de la robe, la tra­çaient du doigt sans l’ouvrir. Chaque geste res­tait au-des­sus des vête­ments. Chaque geste était d’une pré­ci­sion qui la fai­sait fondre.

À un moment, il la fit pivo­ter. Elle se retrou­va dos contre sa poi­trine, face à un grand miroir. Ses bras l’entourèrent. Une main posée à plat sur son ventre, l’autre sur sa hanche. Ils se balan­cèrent ain­si, len­te­ment. Élise voyait tout : son visage rou­gi, sa bouche entrou­verte, la façon dont sa poi­trine se sou­le­vait trop vite, la main de Théo qui s’était glis­sée un peu plus bas, juste au-des­sus du pubis, à tra­vers la robe. Elle voyait aus­si, plus bas, la bosse de son sexe pres­sée contre ses fesses.

— Regarde, mur­mu­ra-t-il contre son oreille. Regarde comme tu es belle quand tu désires.

Elle regar­da. Elle se vit. Vraiment. Pour la pre­mière fois depuis des mois, elle ne trou­va pas son corps étran­ger. Elle le trou­va vivant. Chaud. Offert.

Sa main sur son ventre des­cen­dit encore un peu. Les doigts s’écartèrent, appuyèrent dou­ce­ment sur le tis­su, juste au-des­sus de son cli­to­ris. Élise sur­sau­ta. Un gémis­se­ment plus fort lui échap­pa. Elle se cam­brilla contre lui. Dans le miroir, elle se vit faire ce geste. Elle se vit cher­cher le contact. Elle se vit déjà per­due.

Théo appuya un peu plus. À tra­vers la robe et la culotte, il trou­va le point exact et le frot­ta len­te­ment, en cercles. Élise agrip­pa son avant-bras. Ses genoux trem­blaient. Elle sen­tait l’orgasme poin­ter de nou­veau, plus fort cette fois, nour­ri par tout ce qui s’était pas­sé sur la ter­rasse et par le regard des miroirs.

— Pas ici, souf­fla-t-il. Pas encore. Mais bien­tôt. Je veux te voir jouir. Je veux voir ta chatte se contrac­ter dans la glace. Je veux voir ton visage quand tu viens sur mes doigts. Ou sur ma langue. Ou sur ma bite.

Les mots crus la tra­ver­sèrent comme une décharge. Elle n’aimait pas d’habitude. Trop directs. Trop ani­maux. Mais ce soir, dans sa bouche, ils la fai­saient ouvrir les cuisses un peu plus. Elle pous­sa son bas­sin contre sa main. Dans le miroir, le geste était obs­cène. Elle le vit. Elle le vit et elle ne détour­na pas les yeux.

La musique chan­gea encore. Plus lente. Plus intime. Théo la fit se retour­ner. Face à face. Leurs fronts se tou­chèrent. Leurs res­pi­ra­tions se mêlaient. Il l’embrassa. Lentement d’abord, puis plus pro­fon­dé­ment. Sa langue cher­cha la sienne. Sa main dans son dos la col­la entiè­re­ment contre lui. Élise sen­tit sa bite dure contre son bas-ventre. Elle glis­sa une main entre eux, à tra­vers le tis­su du pan­ta­lon, et la cares­sa. Longue. Chaude. Battante. Théo gémit contre sa bouche. Le son la fit fris­son­ner.

— Tu veux la sen­tir vrai­ment ? mur­mu­ra-t-il.

Elle hocha la tête. Ses doigts trou­vèrent la cein­ture, le bou­ton, la fer­me­ture. Elle n’osa pas aller plus loin au milieu du salon. Mais elle tra­ça la lon­gueur de son sexe à tra­vers le tis­su, du gland jusqu’à la base, puis remon­ta. Théo ser­ra plus fort sa hanche.

— Putain…, souf­fla-t-il. Si tu conti­nues, je te prends ici. Contre le miroir. Je relève ta robe, je tire ta culotte et je t’empale pen­dant que tout le monde danse autour de nous.

L’image la fit gémir. Elle se vit exac­te­ment comme ça : dos contre la glace froide, jambes écar­tées, sa bite qui s’enfonçait en elle len­te­ment, pro­fon­dé­ment, pen­dant que les reflets mul­ti­pliaient l’acte à l’infini. Elle reti­ra sa main, trem­blante.

— Emmène-moi, mur­mu­ra-t-elle. Maintenant.

Théo la regar­da dans les yeux. Puis dans le miroir. Puis de nou­veau dans les yeux.

— La chambre d’amis. Premier étage. Personne n’y va. Il y a un grand miroir. Je veux que tu te voies pen­dant que je te goûte. Pendant que je te doigte. Pendant que je te baise.

Elle ne répon­dit pas par des mots. Elle se conten­ta de ser­rer sa main et de le suivre.

Ils quit­tèrent la piste len­te­ment, comme s’ils dan­saient encore. Les miroirs les accom­pa­gnèrent jusqu’à l’escalier. Élise se vit mon­ter les marches, la main dans celle de Théo, la robe col­lée à ses cuisses humides, le visage défait de désir. Elle se vit et, pour la pre­mière fois, elle se trou­va belle dans cet état. Belle et offerte. Belle et affa­mée.

Au pre­mier étage, le cou­loir était plus sombre, plus silen­cieux. Théo ouvrit une porte. La chambre d’amis était vaste, bai­gnée d’une lumière douce. Un grand lit. Des rideaux ouverts sur le lac. Et, face au lit, un immense miroir ancien qui pre­nait presque tout le mur.

Élise s’arrêta sur le seuil. Elle se vit dans la glace : debout, à côté de Théo, les lèvres rouges, les yeux brillants, la robe un peu défaite. Elle se vit et elle com­prit que ce qui allait se pas­ser ici serait dif­fé­rent de tout ce qu’elle avait connu. Plus lent. Plus regar­dé. Plus total.

Théo fer­ma la porte der­rière eux. Le clic de la ser­rure réson­na comme une pro­messe.

Il se pla­ça der­rière elle, face au miroir. Ses bras l’entourèrent. Ses lèvres trou­vèrent de nou­veau son cou. Ses mains remon­tèrent le long de son corps, s’arrêtèrent sous ses seins, puis les prirent enfin à tra­vers le tis­su. Les pouces trou­vèrent les mame­lons durs et les frot­tèrent len­te­ment. Élise gémit. Dans le miroir, elle se vit cam­brée contre lui, la bouche ouverte, les seins que l’on cares­sait.

— Regarde-toi, mur­mu­ra-t-il. Regarde comme tu es déjà prête. Comme ta robe colle entre tes cuisses. Comme tu trembles.

Une de ses mains des­cen­dit. Elle glis­sa sous la robe, le long de sa cuisse inté­rieure, jusqu’à la den­telle trem­pée. Cette fois, il n’y eut plus de tis­su entre eux. Deux doigts écar­tèrent la culotte et plon­gèrent direc­te­ment entre ses lèvres. Élise sur­sau­ta. Le contact nu fut trop intense. Elle était gon­flée, mouillée, ouverte. Ses doigts glis­sèrent faci­le­ment, recueillirent l’humidité, puis remon­tèrent jusqu’à son cli­to­ris.

— Putain…, souf­fla Théo en la regar­dant dans le miroir. Tu es trem­pée. Tu coules sur mes doigts. Ta chatte est chaude et ouverte. Elle attend.

Il la péné­tra de deux doigts, len­te­ment, pro­fon­dé­ment, pen­dant que son pouce tour­nait sur son cli­to­ris. Élise agrip­pa son avant-bras. Ses genoux flé­chirent. Dans le miroir, elle se vit : robe rele­vée, cuisses écar­tées, la main de Théo qui la doig­tait avec une pré­ci­sion cruelle. Elle se vit et l’orgasme mon­ta d’un coup, violent, inévi­table.

— Pas encore, dit-il en ralen­tis­sant. Pas comme ça. Je veux te goû­ter d’abord. À genoux. Pendant que tu te regardes.

Il reti­ra ses doigts. Élise gémit de frus­tra­tion. Il les por­ta à sa bouche et les lécha, le regard plan­té dans le sien à tra­vers la glace. Puis il se pen­cha et l’embrassa. Elle goû­ta son propre désir sur sa langue.

— Enlève ta robe, mur­mu­ra-t-il. Lentement. Je veux voir.

Élise obéit. Ses mains trem­blaient. Elle trou­va la fer­me­ture éclair dans le dos, la des­cen­dit. La robe glis­sa le long de son corps et tom­ba à ses pieds. Elle res­ta en culotte noire et en sou­tien-gorge. Dans le miroir, elle se vit presque nue. Théo, der­rière elle, la regar­dait avec une inten­si­té qui la fit fris­son­ner.

Il déta­cha le sou­tien-gorge. Ses seins furent libres. Ses mains les prirent, les pesèrent, les cares­sèrent. Les doigts pin­çant les mame­lons jusqu’à les faire dur­cir encore plus. Puis il glis­sa les pouces dans l’élastique de sa culotte et la fit des­cendre len­te­ment le long de ses cuisses. Élise se retrou­va entiè­re­ment nue face au miroir.

Elle se vit. Vraiment. Le ventre un peu mou, les seins lourds, le tri­angle sombre entre ses cuisses, les lèvres déjà brillantes d’excitation. Elle se vit et, pour la pre­mière fois depuis très long­temps, elle n’eut pas envie de se cacher.

Théo s’agenouilla der­rière elle. Ses mains écar­tèrent dou­ce­ment ses cuisses. Son souffle chaud caresse l’intérieur de ses jambes. Puis sa langue.

Élise cria presque. La sen­sa­tion fut trop forte. Sa langue large, chaude, qui s’ouvrait entre ses lèvres, qui léchait de bas en haut, qui s’attardait sur son cli­to­ris, qui le suçait dou­ce­ment. Dans le miroir, elle se vit : debout, jambes trem­blantes, un homme à genoux der­rière elle, le visage enfoui entre ses cuisses. Elle se vit et elle jouit.

L’orgasme la prit par sur­prise, violent, long, la fai­sant plier en deux. Elle agrip­pa le bord du miroir. Ses jambes cédèrent. Théo la retint, conti­nua de la lécher à tra­vers les spasmes, jusqu’à ce qu’elle sup­plier tout bas :

— Arrête… c’est trop… je…

Il s’arrêta. Se rele­va. L’embrassa. Elle goû­ta son propre plai­sir sur sa bouche. Puis il la gui­da vers le lit.

— Maintenant, dit-il en se désha­billant. Je veux être en toi. Lentement. Face à face. Pendant que tu te regardes. Pendant que tu me regardes. Pendant que les miroirs nous regardent.

Élise s’allongea. Elle était encore en train de trem­bler. Entre ses cuisses, elle était trem­pée, ouverte, prête. Théo se débar­ras­sa de sa che­mise, de son pan­ta­lon, de son boxer. Sa bite se dres­sa, longue, épaisse, le gland déjà brillant. Élise la regar­da dans le miroir et dans la réa­li­té. Elle eut un ins­tant de peur — trop gros, trop long­temps qu’elle n’avait pas — puis le désir l’emporta.

Il s’allongea entre ses cuisses. Le gland frot­tat contre son entrée. Il s’attarda là, à l’enduit de son humi­di­té, sans entrer.

— Regarde, mur­mu­ra-t-il. Regarde dans le miroir. Regarde com­ment je vais te prendre.

Elle tour­na la tête. Dans la glace, elle se vit : jambes ouvertes, un homme entre elles, le sexe qui s’apprêtait à la péné­trer. Théo pous­sa. Lentement. Très len­te­ment. Centimètre par cen­ti­mètre. Élise gémit. La sen­sa­tion d’être ouverte, éti­rée, rem­plie la fit presque jouir de nou­veau. Il s’enfonça jusqu’à la garde, s’arrêta, la lais­sa s’habituer.

— Tu me prends toute, souf­fla-t-il. Toute ma bite. Ta chatte est chaude et ser­rée et mouillée. Elle me suce.

Il recom­men­ça à bou­ger. Des va-et-vient lents, pro­fonds, qui la fai­saient sen­tir chaque veine, chaque cen­ti­mètre. Leurs regards se croi­saient dans le miroir. Élise se voyait être bai­sée. Elle se voyait aimer ça. Elle se voyait jouir.

L’orgasme mon­ta de nou­veau, plus large, plus pro­fond. Quand il arri­va, elle cria. Ses murs se contrac­tèrent autour de lui. Théo gémit, accé­lé­ra un peu, puis se vida en elle avec un long sou­pir, le front col­lé au sien.

Ils res­tèrent ain­si, unis, trem­blants, pen­dant de longues minutes. Dans le miroir, leurs corps enla­cés se reflé­taient, brillants de sueur, de désir, de quelque chose qui res­sem­blait enfin à de la paix.

Élise fer­ma les yeux. Pour la pre­mière fois depuis des mois, elle n’avait plus envie de fuir son propre corps.

Elle avait juste envie de res­ter là. Dans les bras de cet homme. Dans le regard des miroirs. Dans le silence après l’orgasme.

**********

Ils res­tèrent un long moment enla­cés, encore unis.

Le souffle de Théo était chaud contre le cou d’Élise. Son sexe, encore dur, pul­sait dou­ce­ment à l’intérieur d’elle. Elle sen­tait chaque bat­te­ment, chaque petite secousse de son orgasme qui s’éloignait. Dans le grand miroir face au lit, leurs corps se reflé­taient : elle, cuisses ouvertes, lui entre elles, la peau brillante de sueur, les che­veux col­lés aux tempes. Elle se vit pleine de lui. Elle se vit encore en train de trem­bler. Et cette fois, elle ne détour­na pas les yeux.

Théo se reti­ra len­te­ment. Le glis­se­ment de sa bite hors d’elle fut obs­cène, humide, accom­pa­gné d’un petit bruit de suc­cion. Élise gémit. Elle se sen­tit sou­dain vide, ouverte, le sperme et son propre plai­sir qui cou­laient déjà entre ses lèvres. Théo s’agenouilla entre ses cuisses. Il regar­da. Longuement. Puis il bais­sa la tête et lécha.

Élise sur­sau­ta.

— Théo…

Il ne répon­dit pas. Sa langue large, chaude, s’ouvrit entre ses lèvres gon­flées, recueillit le mélange de leurs orgasmes, le rame­na jusqu’à son cli­to­ris encore hyper­sen­sible. Il lécha len­te­ment, pro­fon­dé­ment, comme s’il vou­lait tout boire. Élise agrip­pa les draps. Ses hanches se sou­le­vèrent mal­gré elle. Le plai­sir était trop vif, trop cru, trop tôt après le pre­mier orgasme. Elle essaya de refer­mer les cuisses. Il les main­tint ouvertes avec ses mains, les pouces appuyés sur l’intérieur de ses cuisses, et conti­nua.

— Tu as un goût de moi main­te­nant, mur­mu­ra-t-il contre sa chatte. De toi et de moi. Je veux tout. Jusqu’à la der­nière goutte.

Il plon­gea deux doigts en elle pen­dant que sa langue tra­vaillait son cli­to­ris. Les doigts s’enfoncèrent faci­le­ment, elle était encore trem­pée, ouverte, glis­sante de sperme. Il les cour­ba, trou­va le point exact à l’intérieur et appuya en rythme avec sa bouche. Élise cria. Le second orgasme mon­ta trop vite, trop fort. Elle se cam­bra, les ongles plan­tés dans les draps, et jouit en gémis­sant son pré­nom. Ses murs se contrac­tèrent vio­lem­ment autour de ses doigts. Théo conti­nua de la lécher à tra­vers les spasmes, plus dou­ce­ment main­te­nant, jusqu’à ce qu’elle le pousse fai­ble­ment.

— Arrête… c’est trop… je ne peux plus…

Il se rele­va. Sa bouche et son men­ton brillaient. Il s’essuya du dos de la main, puis se pen­cha et l’embrassa. Elle goû­ta leur mélange sur sa langue — salé, sucré, obs­cène. Le bai­ser fut pro­fond, sale, et elle s’y per­dit.

Théo se redres­sa. Sa bite était de nou­veau com­plè­te­ment dure, le gland rouge, brillant de son exci­ta­tion et des restes d’elle. Élise la regar­da dans le miroir et dans la réa­li­té. Elle était épaisse, vei­née, plus longue qu’elle ne l’avait ima­gi­né. Une goutte de liquide per­la au som­met. Elle ten­dit la main et l’essuya du pouce, puis por­ta le pouce à sa bouche. Théo gémit.

— Sur le dos, dit-il d’une voix rauque. Je veux te prendre plus pro­fond. Et je veux que tu te regardes pen­dant que je le fais.

Elle obéit. Il s’agenouilla entre ses cuisses, sou­le­va ses jambes et les posa sur ses épaules. La posi­tion l’ouvrait com­plè­te­ment. Elle se vit dans le miroir : jambe rele­vées, chatte offerte, brillante, le sperme qui cou­lait encore un peu. Théo posi­tion­na le gland contre son entrée et pous­sa d’un seul coup, jusqu’à la garde.

Élise cria. La péné­tra­tion fut bru­tale, pro­fonde, presque trop. Elle se sen­tit éti­rée, rem­plie jusqu’au fond. Théo s’immobilisa, le front col­lé au sien, le souffle court.

— Tu me prends toute, souf­fla-t-il. Toute ma bite. Ta chatte est chaude et ser­rée et elle me suce. Je la sens qui pulse autour de moi.

Il recom­men­ça à bou­ger. Des coups de reins lents d’abord, puis plus forts, plus pro­fonds. Chaque fois qu’il s’enfonçait, le bruit humide de leur union rem­plis­sait la chambre. Chair contre chair. Le cla­que­ment de ses hanches contre les siennes. Élise regar­dait dans le miroir. Elle se voyait être bai­sée. Elle se voyait les seins qui rebon­dis­saient à chaque thrust, la bouche ouverte, les yeux à demi clos. Elle se voyait aimer ça.

Théo accé­lé­ra. Une de ses mains glis­sa entre eux et trou­va son cli­to­ris. Il le frot­ta en rythme avec ses coups de reins. L’orgasme mon­ta de nou­veau, plus large, plus bas dans le ventre. Élise agrip­pa ses avant-bras.

— Je vais… je vais encore…

— Oui. Jouis. Jouis sur ma bite. Je veux sen­tir ta chatte me ser­rer.

Elle jouit. Fort. Les murs se contrac­tèrent en vagues autour de lui. Théo gémit, conti­nua de la prendre à tra­vers l’orgasme, plus vite main­te­nant, plus dur. Puis il se reti­ra brus­que­ment. Élise gémit de vide. Il la retour­na d’un geste sûr, la mit à quatre pattes face au miroir, et s’enfonça de nou­veau d’un seul coup.

La nou­velle posi­tion le fit aller encore plus pro­fond. Élise cria dans le mate­las. Dans le miroir, elle se vit : à genoux, le dos cam­bré, les seins pen­dants, Théo der­rière elle qui la pre­nait à grands coups de reins. Ses mains agrip­paient ses hanches, les doigts enfon­cés dans la chair. Chaque thrust fai­sait cla­quer sa peau contre la sienne. Chaque thrust fai­sait gicler un peu plus de leur mélange sur l’intérieur de ses cuisses.

— Regarde-toi, ordon­na-t-il. Regarde comme ta chatte m’avale. Regarde comme tu es ouverte. Comme tu es trem­pée. Tu coules sur mes couilles.

Elle regar­da. L’image était crue, presque por­no­gra­phique. Elle se vit être bai­sée comme une chienne, et au lieu d’avoir honte, elle pous­sa son bas­sin en arrière pour le prendre encore plus pro­fond. Théo gémit.

— Putain… tu veux plus ? Tu veux que je te baise plus fort ?

— Oui… plus fort… s’il te plaît…

Il obéit. Les coups de reins devinrent plus bru­taux, plus rapides. Une main quit­ta sa hanche, remon­ta le long de sa colonne, s’enroula dans ses che­veux et tira dou­ce­ment sa tête en arrière. Élise se retrou­va le visage rele­vé, for­cée de se regar­der dans le miroir pen­dant qu’il la pre­nait. L’autre main glis­sa sous elle, trou­va son cli­to­ris et le frot­ta en cercles rapides.

L’orgasme arri­va comme une vague trop haute. Élise hur­la. Ses bras cédèrent. Elle s’effondra sur les avant-bras, le visage dans les draps, pen­dant que sa chatte se contrac­tait vio­lem­ment autour de la bite de Théo. Il conti­nua, plus lent main­te­nant, plus pro­fond, pour pro­lon­ger ses spasmes. Puis il se reti­ra, la retour­na sur le dos, et s’enfonça de nou­veau face à face.

Leurs regards se croi­sèrent. Il n’y avait plus de dis­tance. Plus de pudeur. Seulement le désir brut et quelque chose de plus tendre en des­sous. Théo ralen­tit. Des va-et-vient longs, pro­fonds, qui la fai­saient sen­tir chaque cen­ti­mètre. Il l’embrassa. Leurs langues se mêlaient. Leurs souffles se confon­daient. Une de ses mains se glis­sa entre leurs corps et cares­sa son cli­to­ris avec une dou­ceur presque contra­dic­toire avec la force de ses coups de reins.

— Encore, mur­mu­ra-t-il. Un der­nier. Avec moi.

Élise n’aurait pas cru pou­voir jouir une qua­trième fois. Mais le plai­sir mon­ta quand même, dif­fé­rent, plus large, plus émo­tion­nel. Quand il arri­va, elle le sen­tit par­tir en même temps. Théo s’enfonça jusqu’à la garde, gémit son pré­nom, et se vida en elle par longs jets chauds. Elle sen­tit chaque pul­sa­tion, chaque jet qui la rem­plis­sait un peu plus. Ses propres spasmes répon­dirent, ser­rant, pom­pant, pre­nant tout.

Ils res­tèrent unis, trem­blants, pen­dant de longues minutes. La seule chose qui exis­tait était le bat­te­ment de leurs cœurs l’un contre l’autre et le souffle chaud qui se mêlait.

Finalement, Théo se reti­ra avec une len­teur extrême. Élise sen­tit le flot de sperme et de son propre plai­sir cou­ler abon­dam­ment entre ses cuisses, sur les draps. Théo regar­da. Puis il se pen­cha et lécha de nou­veau, dou­ce­ment cette fois, comme un adieu. Élise fris­son­na, trop sen­sible, mais ne le repous­sa pas.

Il s’allongea à côté d’elle. Elle se tour­na vers lui. Leurs corps col­lèrent, peau contre peau, encore humides. Théo tira le drap sur eux. Une de ses mains se posa dans le bas de son dos, l’autre cares­sait len­te­ment ses che­veux.

Dans le miroir, leurs sil­houettes enla­cées se reflé­taient, calmes main­te­nant, presque pai­sibles. Élise regar­da un ins­tant. Elle se vit dans les bras d’un homme. Elle se vit satis­faite, ouverte, encore pleine de lui. Elle se vit et, pour la pre­mière fois depuis très long­temps, elle se trou­va entière.

— Tu vas bien ? mur­mu­ra Théo contre sa tempe.

— Oui… mieux que bien.

Il sou­rit dans le noir. Ses doigts conti­nuaient de tra­cer des cercles lents sur sa peau. Le silence s’installa, doux, char­gé seule­ment de leur res­pi­ra­tion qui s’apaisait. Dehors, le lac conti­nuait de miroi­ter sous la lune. À l’étage du des­sous, la soi­rée des miroirs sui­vait son cours. Ici, dans cette chambre, il n’y avait plus que leurs corps et le goût encore salé de l’autre sur leurs langues.

Élise fer­ma les yeux. La main de Théo glis­sa plus bas, s’attarda sur sa fesse, puis remon­ta le long de sa colonne dans une caresse sans désir, juste de la pré­sence. Elle se col­la un peu plus. Entre ses cuisses, elle était encore sen­sible, encore trem­pée, encore ouverte. Elle sen­tait le sperme qui conti­nuait de cou­ler len­te­ment. L’idée, au lieu de la gêner, la fit sou­rire contre sa peau.

Au bout d’un moment, Théo par­la, très bas :

— Je ne veux pas que tu partes tout de suite.

— Je ne par­ti­rai pas.

Il l’embrassa sur le front, puis sur la pau­pière, puis sur la bouche, un bai­ser lent, presque chaste après tout ce qu’ils venaient de faire. Élise répon­dit. Leurs langues se retrou­vèrent, plus douces main­te­nant. Une de ses mains glis­sa entre eux, trou­va son sexe encore mi-dur, et le cares­sa sans but pré­cis, juste pour le sen­tir.

Théo gémit dou­ce­ment.

— Si tu conti­nues, je vais encore te prendre.

— Peut-être que je veux.

Il la regar­da dans les yeux. Puis il sou­rit, sombre et tendre à la fois.

— Alors regarde-toi encore.

Il la retour­na déli­ca­te­ment sur le côté, se pla­ça der­rière elle, une jambe glis­sée entre les siennes. Sa bite, de nou­veau dure, trou­va son entrée encore glis­sante et s’enfonça len­te­ment. Élise gémit. La péné­tra­tion était plus facile, plus pro­fonde dans cette posi­tion. Théo bou­gea avec une len­teur extrême, des coups de reins longs et contrô­lés. Une main pas­sa sous son bras et trou­va son sein, l’autre des­cen­dit entre ses cuisses et cares­sa son cli­to­ris avec la même len­teur.

Dans le miroir, elle se vit de pro­fil, prise par-der­rière, le visage déten­du de plai­sir, la bouche ouverte. Théo l’embrassait dans le cou pen­dant qu’il la bai­sait. Le rythme res­ta lent, presque tendre, mais chaque thrust allait jusqu’au fond. Élise sen­tit un cin­quième orgasme mon­ter, plus doux, plus long, comme une marée. Quand il arri­va, elle ne cria pas. Elle gémit seule­ment, lon­gue­ment, pen­dant que ses murs se ser­raient autour de lui. Théo la sui­vit presque immé­dia­te­ment, se vidant de nou­veau en elle avec un sou­pir rauque.

Cette fois, ils ne se sépa­rèrent pas tout de suite. Il res­ta en elle, mol­lis­sant len­te­ment, pen­dant que leurs souffles se cal­maient. Ses lèvres conti­nuaient de traî­ner sur son épaule, sa nuque, le haut de son dos. Ses mains cares­saient sans but : un sein, une hanche, le creux de son ventre.

Au bout d’un long moment, il se reti­ra. Élise sen­tit encore le flot chaud s’échapper. Théo tira le drap plus haut, l’attira contre sa poi­trine. Elle posa la tête sur son épaule. Une de ses jambes res­ta jetée sur la sienne. Leurs peaux col­laient. Le silence était com­plet main­te­nant, seule­ment trou­blé par le bat­te­ment de leurs cœurs qui se syn­chro­ni­saient.

Élise regar­da une der­nière fois dans le miroir. Elle se vit endor­mie presque, dans les bras d’un homme qu’elle connais­sait depuis quelques heures seule­ment, le corps mar­qué de caresses, de bai­sers, de sperme. Elle se vit et elle sou­rit.

Théo embras­sa le som­met de son crâne.

— Dors, mur­mu­ra-t-il. Je suis là.

Elle fer­ma les yeux. Entre ses cuisses, elle était encore ouverte, encore pleine de lui. Le désir qu’elle avait cru per­du depuis des mois bat­tait main­te­nant cal­me­ment, satis­fait, comme un ani­mal qui s’était enfin nour­ri. Demain, il y aurait peut-être des ques­tions, des doutes, le retour de la vie réelle. Mais ce soir, dans cette chambre pleine de miroirs, au bord d’un lac, il n’y avait plus que leurs corps enla­cés et le goût salé de l’autre qui res­tait sur leurs langues.

Élise s’endormit ain­si, la main de Théo posée à plat sur son ventre, ses lèvres contre sa tempe, le reflet de leurs sil­houettes fusion­nées veillant sur eux dans la glace ancienne.

Et pour la pre­mière fois depuis très long­temps, elle ne se sen­tit ni seule, ni étran­gère à son propre corps.

Elle se sen­tit juste… prise. Regardée. Et pro­fon­dé­ment, cal­me­ment, dési­rée jusqu’au bout.

Auteur.e de l'histoire : Himéros

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