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Le droit de regard

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Le salon de Claire et Antoine n’était pas grand. Un appar­te­ment au troi­sième étage d’un immeuble des années 70, dans un quar­tier tran­quille de la ban­lieue ouest. Les murs étaient peints d’un gris chaud, les meubles un mélange de récu­pé­ra­tion et d’achats rai­son­nables. La table du salon avait été allon­gée avec deux ral­longes. Huit per­sonnes y tenaient juste, genoux qui se tou­chaient par­fois, coudes qui se frô­laient.

Claire avait pas­sé l’après-midi à pré­pa­rer. Rien de com­pli­qué : un rôti de veau, des légumes rôtis, une salade, un fro­mage, une tarte aux pommes ache­tée chez le bou­lan­ger du coin. Elle n’était pas du genre à faire des dîners per­fec­tion­nistes. Elle aimait sim­ple­ment que les gens res­tent long­temps, que les conver­sa­tions débordent, que le vin conti­nue de cou­ler après le des­sert.

Antoine, lui, avait ouvert deux bou­teilles de rouge dès 19 h. Il aimait ces soi­rées. Pas pour briller, juste pour obser­ver. Il avait qua­rante et un ans, les che­veux déjà un peu clair­se­més sur le des­sus, une barbe de trois jours qu’il rasait seule­ment le dimanche. Il tra­vaillait dans l’informatique, un poste tran­quille, cor­rec­te­ment payé. Claire avait trente-six ans, ensei­gnante en col­lège. Ils étaient ensemble depuis onze ans, mariés depuis sept. Ils se connais­saient par cœur, ou croyaient se connaître.

Les invi­tés arri­vaient par vagues. D’abord Marc et Nadia, des amis de longue date. Puis Sophie et son mari, puis un couple plus jeune qu’ils connais­saient moins. Et enfin Julien.

Julien était arri­vé seul. Il avait trente-huit ans, récem­ment sépa­ré. Claire l’avait ren­con­tré deux mois plus tôt, chez des amis com­muns. Elle l’avait trou­vé dis­cret, un peu effa­cé, avec une façon de par­ler qui ne cher­chait jamais à impres­sion­ner. Il tra­vaillait dans la res­tau­ra­tion, chef de cui­sine dans un petit res­tau­rant du centre-ville. Ce soir-là, il por­tait une che­mise grise un peu frois­sée et un jean fon­cé. Ses che­veux étaient bruns, cou­pés court, avec quelques fils blancs aux tempes. Il avait les mains larges, mar­quées par le tra­vail, et une façon de regar­der les gens en silence qui n’était ni timide ni arro­gant.

Claire lui avait ouvert la porte. Ils s’étaient embras­sés sur la joue, comme tout le monde. Mais le contact avait duré une seconde de trop. Elle l’avait sen­ti. Lui aus­si, peut-être.

— Content que tu sois venu, avait-elle dit.

— Content d’être invi­té, avait-il répon­du. Sa voix était basse, un peu rauque.

Antoine était appa­ru der­rière elle, une bou­teille à la main. Ils s’étaient ser­ré la main. Rien de par­ti­cu­lier. Juste deux hommes qui se saluent.

Le dîner avait com­men­cé comme tous les dîners. Les conver­sa­tions se croi­saient, les rires par­taient par moments, le vin fai­sait son tra­vail. Claire était assise face à Julien. Antoine était à sa droite. Entre eux, la lar­geur de la table. Assez pour ne pas se tou­cher. Pas assez pour igno­rer com­plè­te­ment l’autre.

Claire par­lait avec Nadia de l’école, des élèves, des réformes. Mais de temps en temps, son regard glis­sait vers Julien. Il écou­tait plus qu’il ne par­lait. Quand on lui posait une ques­tion sur son tra­vail, il répon­dait avec pré­ci­sion, sans en faire trop. Il avait une façon de sou­rire du coin des lèvres qui n’était pas for­cée.

Vers le milieu du repas, quelqu’un avait racon­té une anec­dote absurde sur un voi­sin. Tout le monde avait ri. Claire avait levé les yeux et croi­sé ceux de Julien. Il la regar­dait déjà. Pas un regard appuyé. Juste un regard qui res­tait. Elle avait sen­ti quelque chose se contrac­ter bas dans son ventre. Une cha­leur légère, fami­lière et pour­tant nou­velle.

Antoine l’avait remar­quée. Il ne disait rien. Il ver­sait du vin, posait des ques­tions, riait aux bons moments. Mais il obser­vait. Il connais­sait sa femme. Il savait quand elle était sim­ple­ment polie et quand quelque chose d’autre s’allumait der­rière ses yeux.

Après le fro­mage, les conver­sa­tions s’étaient frag­men­tées. Certains étaient pas­sés dans le salon. D’autres étaient res­tés à table. Claire s’était levée pour débar­ras­ser. Julien s’était levé aus­si.

— Je t’aide ?

Elle avait hési­té une seconde, puis acquies­cé.

Ils avaient empor­té des assiettes dans la cui­sine. La pièce était petite, étroite, avec un plan de tra­vail en bois clair et une fenêtre qui don­nait sur la cour inté­rieure. Claire avait ouvert le robi­net. L’eau cou­lait. Julien posait les assiettes à côté d’elle.

Ils étaient proches. Pas col­lés. Juste assez près pour que leurs bras se frôlent quand ils bou­geaient.

— Tu cui­sines sou­vent chez toi ? avait deman­dé Claire, pour dire quelque chose.

— Oui. C’est plus simple. Et moins cher.

Elle avait sou­ri.

— Et seul, main­te­nant.

Il avait hési­té.

— Oui. Seul.

Le silence s’était ins­tal­lé un ins­tant. Pas gênant. Juste pré­sent. Claire rin­çait une assiette. Julien pre­nait un tor­chon. Leurs mains s’étaient tou­chées en se pas­sant le plat. Un contact bref. Claire n’avait pas reti­ré sa main tout de suite. Lui non plus.

Elle avait rele­vé les yeux. Il la regar­dait. Cette fois, le regard était plus clair. Moins dis­cret. Elle avait sen­ti son cœur battre un peu plus fort. Pas de panique. Juste une accé­lé­ra­tion.

Dans le salon, on riait. La musique de fond, une play­list d’Antoine, jouait quelque chose de doux. Personne ne venait.

Julien avait posé le tor­chon. Sa main était res­tée sur le plan de tra­vail, près de celle de Claire. Il n’avait pas bou­gé. Elle non plus.

— Tu me regardes depuis tout à l’heure, avait-il dit à voix basse.

Ce n’était pas une accu­sa­tion. Juste un constat.

Claire avait ava­lé sa salive.

— Toi aus­si.

Il avait hoché la tête, len­te­ment.

— Oui.

Un autre silence. Plus dense. Claire sen­tait la cha­leur de son bras près du sien. Elle sen­tait aus­si, plus loin, la pré­sence d’Antoine dans le salon. Elle savait qu’il n’était pas dupe. Elle savait qu’il voyait.

Julien avait avan­cé légè­re­ment la main. Ses doigts avaient effleu­ré les siens. Un contact mini­mal. Claire n’avait pas reti­ré sa main. Elle avait même légè­re­ment ouvert les doigts, lais­sant les siens s’y glis­ser un ins­tant.

Ce n’était rien. Et c’était déjà trop.

Dans le salon, Antoine s’était levé. Claire l’avait enten­du. Elle avait reti­ré sa main, trop vite. Julien avait repris le tor­chon, comme si de rien n’était.

Antoine était entré dans la cui­sine. Il tenait deux verres vides.

— Besoin d’aide ? avait-il deman­dé.

Sa voix était nor­male. Calme. Claire avait secoué la tête.

— Non. On gère.

Antoine avait posé les verres dans l’évier. Il s’était appro­ché de Claire, lui avait pas­sé une main dans le dos, un geste habi­tuel, affec­tueux. Puis il avait regar­dé Julien. Pas un regard hos­tile. Juste un regard qui pre­nait note.

— Le des­sert est prêt, avait dit Claire, un peu trop vite. Je vais le sor­tir.

Elle était sor­tie de la cui­sine. Antoine était res­té une seconde de plus. Julien aus­si. Ils ne s’étaient rien dit. Puis Antoine était repar­ti dans le salon.

Le des­sert avait été ser­vi. La tarte aux pommes, la crème fraîche. Les conver­sa­tions avaient repris. Mais quelque chose avait chan­gé. Claire le sen­tait dans son corps. Une ten­sion basse, une atten­tion dif­fé­rente. Chaque fois qu’elle levait les yeux, Julien était là. Pas osten­si­ble­ment. Juste pré­sent.

Plus tard, vers minuit, les pre­miers invi­tés étaient par­tis. Marc et Nadia, puis le couple plus jeune. Il res­tait Sophie et son mari, et Julien. Sophie par­lait beau­coup, un peu trop, après le vin. Son mari regar­dait sa montre. Claire ser­vait encore un peu de café. Antoine était allon­gé dans le cana­pé, les jambes éten­dues, l’air déten­du.

Julien s’était assis dans le fau­teuil en face de Claire. Ils par­laient de cui­sine, de res­tau­rants, de ce que c’était de tra­vailler le soir. Rien de spé­cial. Mais leurs regards se croi­saient trop sou­vent. Et chaque fois, quelque chose pas­sait. Une recon­nais­sance. Une pos­si­bi­li­té.

Antoine obser­vait. Il ne disait presque rien. Il buvait son café, écou­tait, et regar­dait sa femme. Il connais­sait ce visage. Celui qu’elle avait quand quelque chose l’attirait. Pas le visage de la dési­rée ordi­naire. Quelque chose de plus rete­nu, de plus pré­cis.

Sophie et son mari étaient par­tis vers une heure. Il ne res­tait plus que les trois.

Claire s’était levée pour ran­ger les der­nières tasses. Julien s’était pro­po­sé d’aider encore. Antoine était res­té dans le cana­pé.

Dans la cui­sine, la lumière était plus basse. Claire ran­geait. Julien essuyait le plan de tra­vail. Ils ne par­laient plus beau­coup. Le silence était deve­nu autre chose. Claire sen­tait sa pré­sence der­rière elle. Elle sen­tait aus­si, plus loin, Antoine qui pou­vait entendre s’il le vou­lait.

Elle s’était retour­née. Julien était là, à un mètre. Il la regar­dait. Cette fois, il n’y avait plus de pré­texte.

— Je devrais par­tir, avait-il dit.

— Oui, avait répon­du Claire. Mais sa voix n’était pas convain­cue.

Il n’avait pas bou­gé. Elle non plus.

Julien avait avan­cé d’un pas. Puis d’un autre. Il était main­te­nant très près. Claire sen­tait son odeur, un mélange de savon et de quelque chose de plus chaud, de plus per­son­nel. Elle avait levé le visage. Il avait pen­ché le sien.

Leurs lèvres s’étaient tou­chées. Doucement. Presque timi­de­ment. Un bai­ser qui n’était pas encore un bai­ser. Juste une ques­tion posée avec la bouche.

Claire avait répon­du. Ses lèvres s’étaient ouvertes un peu. Julien avait appro­fon­di, encore avec rete­nue. Sa main était venue se poser sur sa hanche. Claire avait posé la sienne sur son bras. Le contact était chaud, réel.

Dans le salon, on enten­dait le bruit d’une tasse posée sur la table basse. Antoine.

Claire s’était écar­tée, le souffle un peu court. Julien aus­si. Ils s’étaient regar­dés. Pas de culpa­bi­li­té. Juste une luci­di­té par­ta­gée.

Antoine était appa­ru dans l’embrasure de la porte de la cui­sine. Il n’avait pas l’air sur­pris. Il n’avait pas l’air en colère. Il s’était arrê­té là, une main sur le mon­tant, et les avait regar­dés tous les deux.

Le silence avait duré plu­sieurs secondes.

Puis Antoine avait par­lé, d’une voix calme, presque basse.

— Tu as envie de lui.

Ce n’était pas une ques­tion.

Claire avait sen­ti son visage s’échauffer. Elle n’avait pas nié. Elle avait juste regar­dé son mari.

Antoine avait conti­nué, tou­jours aus­si posé.

— Moi aus­si j’ai envie de te voir avec lui.

Il avait tour­né les yeux vers Julien.

— Si tu veux.

Julien était res­té immo­bile. Son visage ne mon­trait presque rien, mais Claire voyait la ten­sion dans sa mâchoire, la façon dont sa poi­trine se sou­le­vait un peu plus vite.

Personne ne par­lait. L’appartement était silen­cieux. Dehors, une voi­ture pas­sait de temps en temps.

Claire sen­tait son cœur battre dans sa gorge. Elle regar­dait Antoine. Elle cher­chait quelque chose dans son expres­sion. De la jalou­sie ? De la colère ? Il n’y en avait pas. Seulement une atten­tion intense, presque concen­trée. Comme s’il était déjà en train de visua­li­ser ce qui pour­rait suivre.

Julien avait fina­le­ment par­lé.

— Tu es sûr ?

Antoine avait hoché la tête une fois.

— Oui.

Claire avait ava­lé. Elle se sen­tait à la fois expo­sée et pro­té­gée. Comme si quelque chose d’interdit venait d’être nom­mé, et que ce nom­mage le ren­dait pos­sible.

Elle avait regar­dé Julien. Puis Antoine. Puis de nou­veau Julien.

— D’accord, avait-elle dit. Sa voix était un peu rauque.

Julien avait incli­né légè­re­ment la tête. Un acquies­ce­ment lent.

Antoine s’était écar­té de l’embrasure.

— Montez, avait-il dit. La chambre d’amis.

Il n’avait pas dit « ma chambre ». Il avait dit « la chambre d’amis ». Comme s’il tra­çait déjà une limite, ou une scène.

Claire avait sen­ti ses jambes un peu molles. Elle avait pas­sé devant Antoine. En le frô­lant, elle avait sen­ti sa main se poser un ins­tant dans son dos. Un geste fami­lier. Un geste de per­mis­sion.

Julien avait sui­vi. Antoine était res­té un moment dans la cui­sine, puis il avait éteint la lumière du salon et était mon­té der­rière eux.

La chambre d’amis était petite. Un lit double, une armoire, un fau­teuil près de la fenêtre. La lumière du lam­pa­daire de la rue entrait à tra­vers les rideaux fins. Claire avait allu­mé la lampe de che­vet. Une lumière chaude, basse.

Antoine s’était ins­tal­lé dans le fau­teuil. Il n’avait rien dit. Il s’était juste assis, les jambes écar­tées, les avant-bras sur les accou­doirs, et il les avait regar­dés.

Claire était res­tée debout près du lit. Julien face à elle. L’espace entre eux était char­gé. Ils ne se tou­chaient pas encore. Ils se regar­daient seule­ment.

Julien avait ten­du la main. Claire avait pris cette main. Leurs doigts s’étaient entre­la­cés. Puis il l’avait atti­rée dou­ce­ment vers lui. Elle avait avan­cé. Leurs corps s’étaient rap­pro­chés. Elle sen­tait la cha­leur de lui à tra­vers les vête­ments.

Il avait pen­ché la tête. Cette fois, le bai­ser n’était plus une ques­tion. C’était une réponse. Leurs bouches s’étaient ouvertes. Les langues s’étaient ren­con­trées, len­te­ment d’abord, puis avec plus d’assurance. Claire avait posé ses mains sur sa poi­trine. Elle sen­tait battre son cœur sous la che­mise. Julien avait glis­sé une main dans son dos, l’autre dans ses che­veux.

Derrière eux, dans le fau­teuil, Antoine ne bou­geait pas. Mais Claire savait qu’il regar­dait. Elle le sen­tait. Et cette pré­sence chan­geait tout. Elle ren­dait chaque geste plus pré­cis, plus conscient.

Le bai­ser s’était appro­fon­di. Claire avait pous­sé légè­re­ment les hanches contre celles de Julien. Elle avait sen­ti qu’il était déjà dur. La décou­verte l’avait fait fris­son­ner. Elle avait gémi tout bas dans sa bouche. Julien avait répon­du en res­ser­rant son étreinte.

Ils s’étaient sépa­rés un ins­tant pour reprendre leur souffle. Leurs fronts se tou­chaient. Claire avait les yeux mi-clos. Elle enten­dait sa propre res­pi­ra­tion. Celle de Julien. Et, plus loin, celle d’Antoine, régu­lière.

Julien avait glis­sé ses mains sous le pull de Claire. Ses paumes étaient chaudes contre sa peau. Il avait remon­té le tis­su len­te­ment, jusqu’à le faire pas­ser par-des­sus sa tête. Claire avait levé les bras. Elle se tenait main­te­nant en sou­tien-gorge noir, simple, devant lui. Et devant son mari.

Julien l’avait regar­dée. Pas comme on regarde un corps qu’on découvre pour la pre­mière fois avec vora­ci­té. Comme on regarde quelque chose qu’on a le droit de tou­cher, mais qu’on veut encore res­pec­ter. Il avait posé ses lèvres sur son épaule. Puis sur le creux de son cou. Claire avait pen­ché la tête, offrant plus de peau. Ses mains avaient com­men­cé à défaire les bou­tons de la che­mise de Julien, un par un.

Quand la che­mise était ouverte, elle avait glis­sé ses paumes sur son torse. La peau était chaude, un peu rugueuse par endroits. Elle avait sen­ti les muscles sous ses doigts. Julien avait reti­ré sa che­mise com­plè­te­ment. Puis il avait défait le sou­tien-gorge de Claire. Il l’avait lais­sé tom­ber. Ses seins étaient libres. Il les avait pris dans ses mains, les avait sou­pe­sés, cares­sés. Ses pouces avaient pas­sé sur les tétons. Claire avait ins­pi­ré plus fort.

Dans le fau­teuil, Antoine avait bou­gé. Claire avait enten­du le léger bruit du tis­su. Elle n’avait pas regar­dé. Elle savait. Elle savait qu’il se tou­chait déjà, ou qu’il allait le faire.

Julien s’était age­nouillé devant elle. Il avait ouvert le bou­ton de son pan­ta­lon, bais­sé la fer­me­ture. Claire avait aidé. Le pan­ta­lon était tom­bé. Elle se tenait en culotte. Julien avait glis­sé ses doigts sous l’élastique, l’avait fait des­cendre le long de ses cuisses. Claire avait levé un pied, puis l’autre. Elle était nue.

Julien l’avait regar­dée un long moment. Puis il avait posé sa bouche sur son ventre. Des bai­sers lents, des­cen­dants. Claire avait posé ses mains dans ses che­veux. Elle sen­tait le souffle d’Antoine der­rière elle, ou plu­tôt à côté, dans le fau­teuil. Elle se savait vue. Entièrement vue.

Julien avait écar­té légè­re­ment ses cuisses. Sa bouche était des­cen­due plus bas. Claire avait gémi quand sa langue l’avait trou­vée. Un pre­mier contact humide, pré­cis. Il l’avait léchée len­te­ment, explo­rant, appre­nant. Claire avait fer­mé les yeux. Ses genoux trem­blaient un peu. Elle s’était appuyée d’une main sur l’épaule de Julien.

Il avait pris son temps. Sa langue tra­çait des cercles, s’attardait, reve­nait. Claire sen­tait la cha­leur mon­ter, s’accumuler. Elle ouvrait les yeux de temps en temps et voyait Antoine. Il était tou­jours dans le fau­teuil. Son pan­ta­lon était ouvert. Sa main bou­geait len­te­ment sur lui-même. Il les regar­dait sans détour­ner les yeux.

Cette image avait fait quelque chose de violent à Claire. Une vague de désir plus forte. Elle avait gémi plus fort. Julien avait accé­lé­ré légè­re­ment, sen­tant le chan­ge­ment. Deux de ses doigts s’étaient glis­sés en elle pen­dant que sa langue conti­nuait. Claire avait cris­pé les mains dans ses che­veux.

Elle jouis­sait presque. Elle le sen­tait venir. Mais Julien s’était arrê­té juste avant. Il s’était rele­vé. Ses lèvres étaient brillantes. Il l’avait embras­sée, lui fai­sant goû­ter sa propre exci­ta­tion. Claire avait répon­du avec avi­di­té.

Julien avait pous­sé son propre pan­ta­lon et son boxer. Il était nu main­te­nant. Son sexe était dur, épais, le gland déjà lui­sant. Claire l’avait pris dans sa main. Elle l’avait cares­sé, sen­tant le poids, la cha­leur. Julien avait souf­flé entre ses dents.

Ils s’étaient diri­gés vers le lit. Claire s’était allon­gée sur le dos. Julien s’était pla­cé entre ses cuisses. Il s’était pen­ché pour l’embrasser encore. Puis il avait gui­dé son sexe contre elle. Il avait frot­té le gland le long de ses lèvres, l’enduisant. Claire avait sou­le­vé les hanches.

Il était entré len­te­ment. Centimètre par cen­ti­mètre. Claire avait sen­ti s’ouvrir, s’étirer. Un gémis­se­ment long lui était échap­pé. Julien avait conti­nué jusqu’à être entiè­re­ment en elle. Puis il s’était immo­bi­li­sé un ins­tant, le front contre le sien.

Dans le fau­teuil, Antoine res­pi­rait plus fort. Claire l’entendait. Elle avait tour­né légè­re­ment la tête et l’avait regar­dé. Leurs regards s’étaient croi­sés pen­dant que Julien était en elle. Antoine avait hoché la tête, une fois, presque imper­cep­ti­ble­ment. Comme une confir­ma­tion.

Julien avait com­men­cé à bou­ger. Des va-et-vient lents, pro­fonds. Claire avait enla­cé ses hanches avec ses jambes. Elle le sen­tait en elle, chaud, pré­sent. Chaque mou­ve­ment fai­sait mon­ter la ten­sion. Elle gémis­sait à chaque pous­sée. Julien avait pris un rythme régu­lier, ni trop rapide ni trop lent. Ses mains tenaient ses hanches.

Claire avait posé une main sur sa propre poi­trine, cares­sant un sein. Puis elle avait glis­sé cette main plus bas, entre leurs corps, et s’était tou­chée. Julien avait regar­dé le geste et avait ralen­ti encore, lui lais­sant le temps. Claire s’était cares­sée en même temps qu’il la péné­trait. La double sen­sa­tion était trop forte. Elle avait joui la pre­mière fois ain­si, le corps ten­du, un cri étouf­fé dans la gorge, les muscles se contrac­tant autour de lui.

Julien avait conti­nué pen­dant son orgasme, plus len­te­ment, la pro­lon­geant. Quand les spasmes s’étaient cal­més, il avait repris un rythme plus affir­mé. Claire était hyper­sen­sible. Chaque coup de rein la fai­sait gémir. Elle regar­dait par­fois Antoine. Il se bran­lait main­te­nant plus ouver­te­ment, le regard fixé sur eux.

Julien s’était redres­sé un peu, pre­nant les jambes de Claire sous les genoux, les rele­vant. L’angle avait chan­gé. Il péné­trait plus pro­fond. Claire avait pous­sé un cri plus net. Ses mains s’étaient agrip­pées aux draps.

Ils avaient conti­nué ain­si un long moment. Le lit grin­çait légè­re­ment. Les bruits de leurs corps se mêlaient aux res­pi­ra­tions. Claire sen­tait un second orgasme s’approcher. Elle l’avait dit, d’une voix bri­sée.

— Encore… je vais encore…

Julien avait accé­lé­ré. Claire avait joui une deuxième fois, plus fort, le dos arqué, les yeux fer­més. Julien avait ralen­ti, la lais­sant tra­ver­ser la vague, puis il s’était reti­ré.

Il s’était allon­gé à côté d’elle un ins­tant. Tous les deux res­pi­raient fort. Claire avait tour­né la tête vers Antoine. Il s’était levé du fau­teuil. Son sexe était dres­sé, la main encore autour. Il s’était appro­ché du lit.

Claire avait ten­du la main vers lui. Antoine l’avait prise. Il s’était age­nouillé près du lit. Claire s’était pen­chée et avait pris son sexe dans sa bouche. Elle le connais­sait par cœur. Le goût, la forme, la façon dont il réagis­sait. Elle l’avait sucé len­te­ment pen­dant que Julien la regar­dait. Puis Julien s’était rap­pro­ché et avait recom­men­cé à la cares­ser entre les jambes, deux doigts glis­sant en elle pen­dant qu’elle avait Antoine dans la bouche.

Antoine avait posé une main dans les che­veux de sa femme. Pas pour la diri­ger. Juste pour tou­cher. Claire gémis­sait autour de lui. Julien ajou­tait un troi­sième doigt, l’étirant un peu plus.

Après un moment, Antoine s’était reti­ré de sa bouche. Il s’était allon­gé sur le lit, de l’autre côté de Claire. Maintenant elle était entre les deux hommes. Julien d’un côté, Antoine de l’autre. Claire s’était tour­née vers son mari et l’avait embras­sé. Un bai­ser pro­fond, fami­lier, et pour­tant dif­fé­rent ce soir. Pendant qu’elle l’embrassait, Julien s’était pla­cé der­rière elle. Il avait sou­le­vé une de ses jambes et était ren­tré en elle par der­rière, en cuillère.

Claire avait gémi dans la bouche d’Antoine. Julien la péné­trait len­te­ment pen­dant qu’elle embras­sait son mari. Antoine avait glis­sé une main entre ses cuisses et cares­sait son cli­to­ris. La triple sti­mu­la­tion était intense. Claire se sen­tait prise, entou­rée, vue et tou­chée de tous les côtés.

Julien avait accé­lé­ré un peu. Antoine conti­nuait de la cares­ser. Claire avait rom­pu le bai­ser pour res­pi­rer. Elle gémis­sait main­te­nant sans rete­nue. Son troi­sième orgasme était venu plus vite, plus sec, la lais­sant trem­blante entre les deux corps.

Ils s’étaient réor­ga­ni­sés. Claire s’était mise à quatre pattes. Julien s’était pla­cé der­rière elle. Antoine s’était mis à genoux devant son visage. Claire avait ouvert la bouche et avait pris Antoine pen­dant que Julien la péné­trait à nou­veau. Le rythme était plus sou­te­nu main­te­nant. Les hanches de Julien cla­quaient contre son cul. Antoine pous­sait dou­ce­ment dans sa gorge. Claire était pleine des deux côtés. Elle bavait un peu, les yeux mi-clos, les sons étouf­fés autour du sexe de son mari.

Julien avait agrip­pé ses hanches plus fer­me­ment. Ses coups de reins étaient deve­nus plus pro­fonds, plus insis­tants. Claire sen­tait qu’il appro­chait. Elle avait ten­du une main en arrière et avait tou­ché sa cuisse, l’encourageant. Julien avait pous­sé un gro­gne­ment et s’était vidé en elle, les hanches col­lées, le corps ten­du. Claire avait sen­ti les pul­sa­tions, la cha­leur.

Il s’était reti­ré len­te­ment. Claire avait conti­nué de sucer Antoine. Puis Antoine s’était allon­gé sur le dos et l’avait fait mon­ter sur lui. Claire s’était empal­lée sur son mari. Elle l’avait pris pro­fon­dé­ment, les mains sur sa poi­trine, et avait com­men­cé à bou­ger. Julien, encore à moi­tié dur, s’était appro­ché et avait cares­sé ses seins, ses fesses, glis­sant un doigt entre ses fesses pen­dant qu’elle che­vau­chait Antoine.

Claire allait et venait, le sexe de son mari s’enfonçant en elle à chaque mou­ve­ment. Elle regar­dait par­fois Julien, par­fois Antoine. Les deux hommes la regar­daient. Elle se savait le centre. Elle jouis­sait encore, plus fai­ble­ment cette fois, un orgasme long et trem­blant.

Antoine avait agrip­pi ses hanches et avait accé­lé­ré par en des­sous. Il avait joui en elle avec un gémis­se­ment sourd, le corps ten­du sous elle. Claire avait ralen­ti, le sen­tant se vider.

Ils s’étaient allon­gés tous les trois, essouf­flés, col­lés par la sueur et les fluides. Claire était au milieu. Une main d’Antoine sur sa hanche. Une main de Julien sur son ventre. Personne ne par­lait encore.

Dehors, la nuit conti­nuait. Dans la chambre d’amis, le silence n’était plus le même.

**********

Ils res­tèrent allon­gés un long moment sans bou­ger.

Claire était au milieu, le corps encore chaud, la peau col­lante. Son souffle se cal­mait peu à peu. À sa gauche, Antoine avait une main posée sur sa hanche, le pouce qui tra­çait de petits cercles dis­traits. À sa droite, Julien avait glis­sé un bras sous sa nuque, son autre main repo­sant à plat sur son ventre, juste au-des­sus du pubis. Elle sen­tait le poids de cette main, la cha­leur de la paume, et plus bas le mélange de leurs fluides qui séchait len­te­ment entre ses cuisses.

La chambre d’amis sen­tait le sexe, la sueur et le linge propre. La lumière du lam­pa­daire de la rue fil­trait tou­jours à tra­vers les rideaux. Personne n’avait allu­mé d’autre lampe. Ils res­taient dans cette semi-pénombre qui ren­dait les contours plus doux.

Claire fer­ma les yeux. Elle n’avait pas de mots tout de suite. Ce qui venait de se pas­ser était trop récent, trop phy­sique. Elle sen­tait encore les échos dans son corps : la sen­si­bi­li­té de son cli­to­ris, l’ouverture un peu dou­lou­reuse entre ses jambes, la trace de doigts sur ses hanches. Elle se savait rem­plie des deux hommes. La sen­sa­tion n’était pas sale. Elle était juste réelle.

Antoine fut le pre­mier à par­ler. Sa voix était basse, un peu rauque.

— Ça va ?

Claire ouvrit les yeux et tour­na légè­re­ment la tête vers lui. Il la regar­dait avec cette expres­sion qu’elle connais­sait bien, celle qu’il avait après l’amour quand il véri­fiait qu’elle était encore avec lui.

— Oui, répon­dit-elle. Et toi ?

Il hocha la tête. Puis son regard glis­sa vers Julien, de l’autre côté.

Julien ne bou­geait pas. Sa main res­tait sur le ventre de Claire. Il sem­blait écou­ter leur res­pi­ra­tion.

— Et toi ? deman­da Antoine, tou­jours aus­si calme.

Julien mit quelques secondes à répondre.

— Oui. Ça va.

Sa voix était plus grave qu’au dîner. Il y avait quelque chose de rete­nu dedans, comme s’il mesu­rait encore ce qui était per­mis.

Claire posa sa propre main sur celle de Julien, celle qui repo­sait sur son ventre. Elle entre­la­ca briè­ve­ment leurs doigts, puis relâ­cha. Le geste était simple. Julien ne reti­ra pas sa main.

Le silence revint. Pas un silence gêné. Un silence de corps qui digèrent ce qu’ils viennent de faire.

Au bout d’un moment, Claire se redres­sa un peu sur les coudes. Elle avait soif. Sa gorge était sèche. Elle regar­da la porte de la chambre.

— Je vais cher­cher de l’eau.

Antoine se redres­sa aus­si.

— Reste. J’y vais.

Il se leva. Nu. Claire le regar­da s’éloigner. Elle connais­sait ce dos, ces épaules un peu voû­tées par les heures pas­sées devant un écran, ces fesses qu’elle avait tenues des cen­taines de fois. Il sor­tit de la pièce. On enten­dit ses pas dans le cou­loir, puis dans la cui­sine.

Julien et Claire res­tèrent seuls un ins­tant.

Elle se tour­na vers lui. Leurs visages étaient proches. Elle voyait les détails : les petits plis au coin de ses yeux, la barbe de trois jours, la façon dont ses lèvres étaient encore un peu gon­flées. Il la regar­dait sans détour­ner les yeux.

— Tu regrettes ? deman­da-t-elle tout bas.

Julien secoua la tête.

— Non.

— Moi non plus.

Il avan­ça légè­re­ment la main et cares­sa du bout des doigts la ligne de sa mâchoire, puis son cou. Le contact était léger. Claire fer­ma les yeux une seconde.

— C’est étrange, dit-il.

— Quoi ?

— D’être ici. Avec vous. Comme ça.

Claire sou­rit fai­ble­ment.

— Oui. C’est étrange.

Antoine revint avec trois verres d’eau. Il en ten­dit un à Claire, un à Julien, et gar­da le der­nier. Ils burent en silence. L’eau était froide. Claire but presque tout d’un trait. Elle sen­tit le liquide des­cendre dans sa gorge, réveiller quelque chose.

Antoine se ras­sit sur le lit, de l’autre côté. Maintenant ils étaient de nou­veau les trois, nus, sur le lit défait. Les draps étaient embrouillés. L’oreiller de Claire était à terre.

Antoine posa son verre vide sur la table de nuit. Puis il se pen­cha vers sa femme et l’embrassa. Un bai­ser lent, sans urgence. Claire répon­dit. Elle goû­tait encore un peu le goût de Julien sur sa propre bouche, et main­te­nant celui d’Antoine se mêlait. Quand ils se sépa­rèrent, Antoine regar­da Julien.

— Tu peux l’embrasser, dit-il sim­ple­ment.

Ce n’était pas un ordre. C’était une per­mis­sion posée à voix haute.

Julien hési­ta une seconde, puis se pen­cha. Claire tour­na la tête vers lui. Leurs lèvres se ren­con­trèrent. Cette fois le bai­ser était plus conscient. Moins empor­té par le désir brut de tout à l’heure. Plus explo­ra­toire. Julien prit son temps. Sa langue glis­sa contre celle de Claire. Elle sen­tit sa main se poser sur sa poi­trine, le pouce qui cares­sait un téton encore sen­sible. Elle gémit tout bas dans sa bouche.

Antoine les regar­dait. Claire le savait. Elle ouvrit les yeux pen­dant le bai­ser et croi­sa le regard de son mari. Il ne détour­nait pas les yeux. Sa main, à lui, était reve­nue sur sa propre cuisse, proche de son sexe qui com­men­çait déjà à se rai­dir de nou­veau.

Le bai­ser dura. Quand ils se sépa­rèrent, Claire res­ta un ins­tant le visage tour­né vers Julien. Il essuya du pouce un peu de salive au coin de sa bouche.

Antoine par­la de nou­veau, tou­jours de cette voix posée.

— Allonge-toi sur le dos.

Claire obéit. Elle s’étira sur le lit, les bras le long du corps. Les deux hommes la regar­daient. Elle se sen­tait expo­sée, mais pas vul­né­rable. Protégée, d’une façon étrange.

Julien se pla­ça entre ses jambes. Il ne la péné­tra pas tout de suite. Il posa d’abord ses mains sur l’intérieur de ses cuisses et les écar­ta un peu plus. Puis il se pen­cha et posa sa bouche sur elle.

Claire ins­pi­ra brus­que­ment. Elle était encore sen­sible. La langue de Julien était chaude, pré­cise. Il léchait len­te­ment, remon­tant du bas vers le cli­to­ris, puis redes­cen­dant. Il n’allait pas vite. Il appre­nait le goût d’elle, la tex­ture, les endroits qui la fai­saient tres­saillir. Claire posa une main dans ses che­veux. L’autre cher­cha celle d’Antoine.

Antoine prit sa main. Il l’embrassa sur les doigts, puis se pen­cha et prit un de ses seins en bouche. Il suçait dou­ce­ment, tirait un peu sur le téton avec les lèvres. Claire sen­tait les deux bouches en même temps. Celle de son mari sur sa poi­trine. Celle de Julien entre ses jambes. La sen­sa­tion était double, presque trop.

Julien ajou­ta un doigt. Puis deux. Il les fai­sait glis­ser en elle pen­dant que sa langue tra­vaillait le cli­to­ris. Claire gémis­sait plus fort main­te­nant. Ses hanches bou­geaient d’elles-mêmes, cher­chant plus de pres­sion. Antoine pas­sa de son sein à sa bouche. Il l’embrassa pen­dant qu’elle se fai­sait lécher. Claire goû­tait le bai­ser de son mari pen­dant que l’autre homme la man­geait.

Elle jouit ain­si, assez vite. Un orgasme net, concen­tré, qui la fit se cam­brer. Ses cuisses se res­ser­rèrent un ins­tant autour de la tête de Julien. Il conti­nua de la lécher pen­dant les spasmes, plus dou­ce­ment, la pro­lon­geant. Quand elle retom­ba, le souffle court, il se redres­sa.

Son sexe était de nou­veau dur. Claire le vit. Elle ten­dit la main et l’attira vers elle. Julien se pla­ça au-des­sus. Antoine s’écarta juste assez pour leur lais­ser la place, mais res­ta tout près, une main tou­jours sur l’épaule de sa femme.

Julien entra en elle d’un seul mou­ve­ment lent. Claire était déjà ouverte, déjà mouillée de leur pre­mier pas­sage et de sa propre salive. Il s’enfonça jusqu’à la garde. Ils res­tèrent immo­biles un ins­tant, le front l’un contre l’autre. Puis Julien com­men­ça à bou­ger. Des coups de reins pro­fonds, régu­liers. Claire enla­ça ses hanches avec ses jambes. Elle le sen­tait frot­ter exac­te­ment là où il fal­lait.

Antoine se pen­cha et par­la tout près de l’oreille de Claire.

— Tu le sens bien ?

— Oui…, souf­fla-t-elle.

— Tu aimes qu’il te baise pen­dant que je regarde ?

Claire fer­ma les yeux. La ques­tion la tra­ver­sa. Elle hocha la tête.

— Dis-le.

— J’aime… que tu regardes.

Antoine embras­sa sa tempe. Puis il se redres­sa un peu et regar­da Julien.

— Plus fort. Elle aime plus fort.

Julien obéit. Il prit un rythme plus sou­te­nu. Les bruits de leurs peaux qui cla­quaient rem­plirent la chambre. Claire gémis­sait à chaque pous­sée. Ses seins bou­geaient. Antoine posa une main sur l’un d’eux, le tenant, le cares­sant. De l’autre main, il se tou­chait lui-même, len­te­ment, en rythme avec les mou­ve­ments de Julien.

Claire ouvrit les yeux et regar­da son mari. Puis elle regar­da Julien. Les deux visages. Les deux regards. Elle se sen­tait prise entre eux, non pas coin­cée, mais choi­sie.

Julien chan­gea d’angle. Il rele­va une de ses jambes et la posa sur son épaule. La péné­tra­tion devint plus pro­fonde. Claire pous­sa un cri plus aigu. Elle sen­tait le gland frap­per loin à l’intérieur. Julien tenait sa cuisse d’une main, l’autre appuyée près de sa tête. Il la regar­dait droit dans les yeux pen­dant qu’il la bai­sait.

Antoine se pen­cha de nou­veau et embras­sa Claire. Un bai­ser ouvert, salive par­ta­gée, pen­dant que l’autre homme la péné­trait. Claire gémis­sait dans la bouche de son mari. Elle sen­tait les deux corps, les deux odeurs, les deux res­pi­ra­tions.

Elle jouit une nou­velle fois, plus lon­gue­ment. Son corps se contrac­ta autour du sexe de Julien. Il ralen­tit pour la lais­ser pas­ser, puis reprit, plus pres­sé main­te­nant. Claire le sen­tait appro­cher. Elle posa une main sur sa nuque et l’attira contre elle.

— En moi, mur­mu­ra-t-elle. Reste en moi.

Julien pous­sa quelques coups encore, puis se figea. Elle le sen­tit pul­ser, se vider. La cha­leur se répan­dit en elle. Il res­ta enfon­cé un moment, le front contre son épaule, le souffle court.

Quand il se reti­ra, Claire res­ta les jambes ouvertes. Elle sen­tait le sperme cou­ler un peu. Antoine s’approcha. Il se pla­ça entre ses cuisses. Son sexe était dur, le gland déjà lui­sant. Il ne dit rien. Il entra sim­ple­ment. Claire était trem­pée, ouverte. Antoine glis­sa faci­le­ment. Il pous­sa jusqu’au bout et res­ta immo­bile.

Claire le regar­da. Il la regar­dait aus­si. Puis il com­men­ça à bou­ger. Lentement d’abord. Comme s’il vou­lait prendre son temps, sen­tir exac­te­ment la façon dont elle l’accueillait. Claire enla­ça son dos. Elle connais­sait ce rythme. C’était le sien. Familier et pour­tant trans­for­mé par la pré­sence de Julien qui res­tait allon­gé à côté, une main tou­jours sur la cuisse de Claire.

Antoine accé­lé­ra pro­gres­si­ve­ment. Ses coups de reins devinrent plus secs, plus pro­fonds. Claire gémis­sait de nou­veau. Elle était sen­sible, presque trop. Chaque frot­te­ment réson­nait. Antoine se pen­cha et lui par­la à l’oreille, d’une voix basse, presque intime.

— Tu es pleine de lui. Et main­te­nant tu me prends.

Claire hocha la tête, inca­pable de répondre autre­ment. Antoine conti­nua. Sa main glis­sa entre eux et trou­va son cli­to­ris. Il le cares­sa en rythme avec ses pous­sées. Claire sen­tit un autre orgasme mon­ter, plus dif­fus, plus pro­fond. Elle s’accrocha à ses épaules. Quand il arri­va, elle mor­dit légè­re­ment la peau d’Antoine pour ne pas crier trop fort. Son corps se secoua sous lui.

Antoine ne tar­da plus. Quelques coups encore et il se vida en elle, un gémis­se­ment sourd dans le creux de son cou. Claire le sen­tit se contrac­ter, se déver­ser. Ils res­tèrent col­lés un moment.

Quand Antoine se reti­ra, Claire res­ta allon­gée, les jambes encore légè­re­ment ouvertes. Elle res­pi­rait fort. Les deux hommes s’étaient pla­cés de chaque côté d’elle. Des mains se posèrent sur son ventre, sur ses hanches, sur ses seins. Des caresses lentes, sans but pré­cis. Juste pour tou­cher, pour res­ter en contact.

Claire fer­ma les yeux. Son corps vibrait encore par endroits. Elle sen­tait le mélange cou­ler dou­ce­ment. Elle ne bou­geait pas. Elle lais­sait faire.

Antoine se pen­cha et embras­sa son épaule.

— On s’arrête là pour l’instant ? deman­da-t-il.

Claire mur­mu­ra :

— Pas encore. Mais plus dou­ce­ment.

Julien pas­sa une main dans ses che­veux, les pei­gnant dis­trai­te­ment. Antoine hocha la tête.

Claire se tour­na sur le côté, face à Antoine. Julien se pla­ça dans son dos. Ils for­mèrent une sorte de cuillère à trois. Le sexe de Julien, encore à moi­tié dur, se posa contre ses fesses. Celui d’Antoine, plus mou main­te­nant, contre son ventre. Claire était enve­lop­pée.

Julien posa des bai­sers sur sa nuque, sur son épaule. Antoine l’embrassait sur le front, sur les pau­pières. Les mains conti­nuaient de bou­ger. Une main de Julien glis­sa entre les cuisses de Claire par der­rière. Deux doigts s’enfoncèrent len­te­ment en elle. Elle était tou­jours ouverte, tou­jours mouillée. Il la péné­tra ain­si, dou­ce­ment, pen­dant qu’Antoine lui cares­sait les seins et le cli­to­ris par devant.

Claire gémis­sait tout bas, les yeux fer­més. Ce n’était plus le rythme urgent de tout à l’heure. C’était une explo­ra­tion lente, presque tendre. Julien fai­sait aller et venir ses doigts. Antoine mas­sait son cli­to­ris avec le plat de deux doigts. Claire se sen­tait flot­ter entre les deux. Elle jouit encore, plus fai­ble­ment, un orgasme qui vint comme une vague lente et la lais­sa molle entre eux.

Les doigts de Julien se reti­rèrent. Il les essuya dis­crè­te­ment sur le drap. Puis sa main revint se poser sur la hanche de Claire, chaude et pré­sente.

Ils res­tèrent encore un long moment dans cette posi­tion. Les res­pi­ra­tions se syn­chro­ni­saient peu à peu. Claire sen­tait le som­meil venir, mais elle résis­tait. Elle ne vou­lait pas que la nuit s’arrête tout de suite.

Au bout d’un moment, elle se redres­sa un peu. Elle se mit à genoux sur le lit. Les deux hommes la regar­dèrent. Elle prit le sexe d’Antoine dans une main, celui de Julien dans l’autre. Elle les cares­sa en même temps, len­te­ment, les rame­nant à la dure­té. Puis elle se pen­cha et prit Antoine en bouche. Elle le suçà avec appli­ca­tion, la langue qui tour­nait, les lèvres qui se res­ser­raient. Pendant ce temps, sa main conti­nuait de cares­ser Julien.

Elle chan­gea. Elle pas­sa à Julien. Elle le prit pro­fond, jusqu’à sen­tir le gland au fond de sa gorge. Elle s’étouffa un peu, bava, conti­nua. Antoine se tou­chait en la regar­dant. Puis elle revint à Antoine. Elle alter­nait, pre­nant son temps, savou­rant les deux formes dif­fé­rentes, les deux réac­tions.

Julien posa une main dans ses che­veux. Antoine aus­si. Ils ne la for­çaient pas. Ils la gui­daient juste un peu. Claire se lais­sait faire. Elle aimait cette sen­sa­tion d’être uti­li­sée dou­ce­ment, de don­ner du plai­sir avec sa bouche pen­dant que les deux hommes la regar­daient et se regar­daient par­fois entre eux.

Après un moment, elle se redres­sa. Elle se tour­na vers Julien et l’embrassa. Puis vers Antoine. Puis elle s’allongea de nou­veau sur le dos et écar­ta les jambes.

— Encore, dit-elle sim­ple­ment.

Julien se pla­ça le pre­mier. Il entra en elle. Le mou­ve­ment fut facile. Il la péné­tra len­te­ment, pro­fon­dé­ment, pen­dant qu’Antoine se met­tait à genoux près de sa tête. Claire tour­na la tête et prit Antoine en bouche pen­dant que Julien la bai­sait. Le rythme était plus calme que la pre­mière fois. Plus conscient. Chaque pous­sée de Julien fai­sait bou­ger le corps de Claire, et donc sa bouche sur Antoine.

Ils res­tèrent ain­si un long moment. Claire sen­tait les deux sexes, l’un en elle, l’autre dans sa gorge. Elle gémis­sait autour d’Antoine. Julien tenait ses hanches et la regar­dait. Antoine cares­sait ses che­veux.

Puis ils chan­gèrent. Antoine prit la place entre ses jambes. Julien se mit près de sa tête. Claire prit Julien en bouche pen­dant qu’Antoine la péné­trait. Le même rythme lent, pro­fond. Claire avait les yeux mi-clos. Elle se sen­tait dans un état flot­tant, entre le plai­sir et une sorte d’abandon.

Ils alter­nèrent encore une fois. Puis, sans se concer­ter vrai­ment, ils se pla­cèrent dif­fé­rem­ment. Claire se mit à quatre pattes. Julien s’agenouilla der­rière elle. Antoine s’agenouilla devant. Julien entra en elle par der­rière. Claire ouvrit la bouche pour Antoine. Cette fois le rythme s’accéléra un peu. Les coups de reins de Julien fai­saient avan­cer Claire vers le sexe d’Antoine. Elle le pre­nait plus pro­fond à chaque pous­sée. Des bruits de gorge lui échap­paient. De la bave cou­lait sur le sexe d’Antoine et sur le drap.

Julien agrip­pa ses hanches plus fort. Ses doigts s’enfonçaient dans la chair. Il bais­sait la tête par­fois pour regar­der là où il entrait en elle. Antoine tenait le visage de Claire à deux mains et pous­sait dou­ce­ment dans sa bouche. Claire était prise des deux côtés, uti­li­sée, offerte. Elle jouit encore, le corps secoué, un cri étouf­fé autour du sexe de son mari.

Julien ne tar­da plus. Il pous­sa plus fort, plus vite, puis se vida en elle avec un gémis­se­ment long. Claire le sen­tit. Elle conti­nua de sucer Antoine pen­dant que Julien res­tait enfon­cé, les hanches col­lées. Puis Julien se reti­ra. Antoine se reti­ra de sa bouche, se pla­ça der­rière elle à son tour, et entra. Il bais­sa Claire d’un rythme plus per­son­nel, plus pres­sé. Claire avait la tête basse, les bras ten­dus, les seins qui pen­daient. Elle gémis­sait à chaque coup. Antoine la prit jusqu’à jouir lui aus­si, pro­fon­dé­ment, en elle.

Quand il se reti­ra, Claire s’effondra sur le lit, à plat ventre. Les deux hommes s’allongèrent de chaque côté. Des mains se posèrent sur son dos, sur ses fesses. Des caresses lentes, sans but pré­cis. Juste pour tou­cher.

Claire avait les yeux fer­més. Son corps vibrait encore par endroits. Elle ne bou­geait pas. Elle lais­sait faire.

Antoine se pen­cha et embras­sa son épaule.

— On s’arrête là pour l’instant, dit-il.

Claire mur­mu­ra un acquies­ce­ment.

Julien pas­sa une main dans ses che­veux, les pei­gnant dis­trai­te­ment.

Ils res­tèrent ain­si, les trois corps nus entre­mê­lés, pen­dant de longues minutes. Dehors, le ciel com­men­çait peut-être à pâlir un peu. Ou peut-être pas. Claire n’en savait rien. Elle n’avait plus de notion du temps.

Au bout d’un moment, elle par­la, la voix étouf­fée contre l’oreiller.

— Je ne savais pas que ce serait comme ça.

Antoine cares­sa son dos.

— Comme quoi ?

— Aussi… simple. Et aus­si intense en même temps.

Julien, de l’autre côté, répon­dit à voix basse.

— Moi non plus.

Claire tour­na légè­re­ment la tête pour le regar­der. Puis elle regar­da Antoine. Les deux hommes se regar­dèrent un ins­tant par-des­sus elle. Il y avait quelque chose dans cet échange. Pas de riva­li­té. Une sorte de recon­nais­sance.

Claire fer­ma les yeux de nou­veau. Elle sen­tait le som­meil venir pour de bon cette fois. Les mains sur son corps ralen­tis­saient. Les res­pi­ra­tions s’approfondissaient.

Elle s’endormit ain­si, prise entre les deux, le corps encore ouvert, encore plein, et l’esprit étran­ge­ment pai­sible.

**********

Claire se réveilla la pre­mière.

La lumière qui entrait main­te­nant par les rideaux n’était plus celle du lam­pa­daire. C’était une lumière grise, douce, celle d’un dimanche matin encore tôt. Elle res­ta immo­bile un long moment, les yeux ouverts, à écou­ter les res­pi­ra­tions autour d’elle.

Antoine dor­mait sur le côté gauche, face à elle, une main tou­jours posée sur sa hanche comme s’il n’avait pas bou­gé de la nuit. Julien était dans son dos, plus près qu’elle ne l’avait ima­gi­né. Son bras pas­sait sous le sien, sa main repo­sait à plat sur son ventre. Elle sen­tait sa poi­trine contre ses omo­plates, son souffle chaud dans sa nuque.

Le lit était étroit pour trois. Les draps sen­taient le sexe séché, la sueur, le par­fum léger de la les­sive. Claire ne bou­gea pas. Elle lais­sa venir les sen­sa­tions. Son corps était lourd, un peu endo­lo­ri entre les cuisses, les seins sen­sibles. Elle se sou­ve­nait de tout. Pas comme un rêve flou. Comme quelque chose de pré­cis, de réel.

Elle tour­na très len­te­ment la tête vers Antoine. Il dor­mait la bouche légè­re­ment ouverte, les traits déten­dus. Elle le regar­da un moment. Puis elle sen­tit Julien bou­ger der­rière elle. Sa main sur son ventre se res­ser­ra un peu. Ses lèvres tou­chèrent sa nuque, un bai­ser à peine conscient.

Claire fer­ma les yeux. Elle ne savait pas encore ce qu’elle devait pen­ser. Elle savait seule­ment qu’elle n’avait pas envie de se lever, ni de par­ler tout de suite.

Julien se réveilla vrai­ment quelques minutes plus tard. Elle le sen­tit à la façon dont son corps se ten­dit légè­re­ment, puis se relâ­cha. Sa main glis­sa un peu plus bas sur son ventre, s’arrêta juste au-des­sus du pubis. Il ne par­la pas. Il posa seule­ment un autre bai­ser sur son épaule.

Antoine ouvrit les yeux presque en même temps. Il regar­da Claire, puis Julien der­rière elle. Il n’y eut pas de sur­saut, pas de gêne visible. Juste un silence qui s’étira.

— Bonjour, dit-il fina­le­ment, d’une voix encore épaisse de som­meil.

— Bonjour, répon­dit Claire.

Julien mur­mu­ra un bon­jour aus­si, plus bas.

Personne ne bou­gea tout de suite. Ils res­tèrent ain­si, les trois corps emmê­lés, à s’habituer à la lumière du jour et à la réa­li­té de ce qu’ils avaient fait.

Au bout d’un moment, Claire se redres­sa sur un coude. Elle avait soif de nou­veau, et besoin d’aller aux toi­lettes. Elle se glis­sa hors du lit avec pré­cau­tion. Les deux hommes la regar­dèrent s’éloigner, nue, vers la porte. Elle sen­tit leurs regards sur son dos, sur ses fesses, sur la façon dont elle mar­chait un peu raide.

Dans la salle de bain, elle s’enferma un ins­tant. Elle s’assit sur les toi­lettes, le front dans les mains. Son corps lui racon­tait la nuit : la sen­si­bi­li­té, l’ouverture, les traces de doigts sur ses hanches. Elle se lava le visage à l’eau froide, se regar­da dans le miroir. Ses che­veux étaient en bataille, ses lèvres un peu gon­flées, ses yeux cer­nés mais clairs. Elle n’avait pas l’air d’une étran­gère. Elle avait l’air d’elle-même, seule­ment un peu plus fati­guée et un peu plus nue à l’intérieur.

Quand elle revint dans la chambre, Antoine était assis au bord du lit, le drap sur les genoux. Julien était encore allon­gé, un bras sous la tête. Ils par­laient à voix basse. Claire n’entendit pas les mots. Ils s’interrompirent quand elle entra.

Elle s’approcha du lit. Antoine lui ten­dit la main. Elle la prit. Il l’attira vers lui et l’embrassa sur la bouche, un bai­ser lent, mati­nal, sans urgence. Puis il s’écarta un peu et regar­da Julien.

Julien se redres­sa. Claire se pen­cha vers lui et l’embrassa aus­si. Le goût était dif­fé­rent de la nuit, plus neutre, plus réel. Elle s’assit entre eux.

— On devrait man­ger quelque chose, dit Antoine.

Claire hocha la tête. Elle n’avait pas vrai­ment faim, mais l’idée de res­ter allon­gés sans rien faire lui parais­sait trop lourde pour l’instant.

Ils se levèrent. Personne ne cher­cha de vête­ments tout de suite. Antoine pas­sa un pei­gnoir. Claire enfi­la un t‑shirt large qui lui arri­vait à mi-cuisse. Julien récu­pé­ra son boxer et sa che­mise, qu’il lais­sa ouverte. Ils des­cen­dirent dans la cui­sine.

La lumière du jour était plus franche ici. Claire pré­pa­ra du café. Antoine sor­tit du pain, du beurre, de la confi­ture. Julien s’appuya contre le plan de tra­vail et les regar­da évo­luer dans leur espace fami­lier. Il y avait quelque chose d’étrange à le voir là, le matin, dans leur cui­sine, à moi­tié nu, après ce qui s’était pas­sé.

Ils man­gèrent debout, en silence pour la plu­part. Le café était fort. Le pain crous­tillait. Claire sen­tait le regard de Julien sur elle de temps en temps. Elle sen­tait aus­si celui d’Antoine, plus dis­cret, plus atten­tif.

Après le petit-déjeu­ner, Antoine ran­gea les assiettes. Claire s’approcha de Julien. Elle posa une main sur sa poi­trine, sous la che­mise ouverte. La peau était chaude. Elle le regar­da dans les yeux.

— Tu veux res­ter un peu ? deman­da-t-elle.

Julien regar­da Antoine. Antoine, de l’autre côté de la cui­sine, hocha la tête une fois.

— Oui, répon­dit Julien.

Ils remon­tèrent. Cette fois, ce ne fut pas la chambre d’amis. Antoine ouvrit la porte de leur chambre. Le lit était plus grand, les draps encore faits de la veille. Claire hési­ta une seconde sur le seuil. Puis elle entra. Les deux hommes la sui­virent.

Elle s’assit au bord du lit. Antoine s’agenouilla devant elle et lui reti­ra le t‑shirt. Elle leva les bras. Elle était nue de nou­veau. Julien s’approcha par der­rière et posa ses mains sur ses épaules. Il les mas­sait dou­ce­ment, les pouces qui appuyaient sur les muscles ten­dus. Claire fer­ma les yeux. Antoine, tou­jours à genoux, posa ses lèvres sur son ventre, puis plus bas. Il l’embrassa entre les cuisses, len­te­ment, sans cher­cher encore à la faire jouir. Juste à la tou­cher avec la bouche.

Julien conti­nua de mas­ser ses épaules, son cou, le haut de son dos. Puis ses mains des­cen­dirent vers ses seins. Il les prit, les cares­sa, les tétons entre les doigts. Claire pen­cha la tête en arrière contre son épaule. Elle sen­tait les deux bouches, les deux paires de mains. C’était plus calme que la nuit. Plus atten­tif.

Antoine écar­ta ses cuisses un peu plus et posa sa langue sur elle. Claire gémit tout bas. Julien se pen­cha et l’embrassa par-des­sus son épaule. Le bai­ser était pro­fond. Pendant qu’Antoine la léchait, Julien lui cares­sait les seins et lui par­lait tout bas à l’oreille.

— Tu es belle comme ça. Ouverte. Tranquille.

Claire ne répon­dit pas. Elle se conten­ta de gémir dans sa bouche. Antoine prit son temps. Sa langue tra­çait des cercles lents, s’attardait, reve­nait. Deux doigts glis­sèrent en elle. Claire était encore sen­sible de la nuit, mais la sen­sa­tion était bonne. Elle se cam­brât légè­re­ment.

Elle jouit ain­si, assez vite, un orgasme doux qui la fit trem­bler contre Julien. Antoine conti­nua de la lécher jusqu’à ce que les spasmes s’arrêtent. Puis il se redres­sa et l’embrassa. Claire goû­ta sa propre exci­ta­tion sur ses lèvres.

Julien se déca­la. Il s’allongea sur le lit et atti­ra Claire vers lui. Elle se pla­ça à cali­four­chon sur ses hanches. Son sexe était dur contre elle. Elle le prit en main, le gui­da, et s’enfonça len­te­ment des­sus. Elle le sen­tit entrer, cen­ti­mètre par cen­ti­mètre, jusqu’à être com­plè­te­ment rem­plie. Elle res­ta immo­bile un moment, les mains sur sa poi­trine, les yeux fer­més.

Antoine s’était pla­cé der­rière elle, à genoux. Il cares­sait son dos, ses fesses, la ligne de sa colonne. Puis il se pen­cha et embras­sa sa nuque pen­dant qu’elle com­men­çait à bou­ger sur Julien.

Claire pre­nait son temps. Elle mon­tait et des­cen­dait len­te­ment, sen­tant chaque mou­ve­ment. Julien tenait ses hanches. Antoine, der­rière, glis­sait une main autour d’elle et cares­sait son cli­to­ris pen­dant qu’elle che­vau­chait l’autre homme. La double sti­mu­la­tion la fai­sait gémir plus fort. Elle accé­lé­ra un peu. Les bruits de leurs corps rem­plirent la chambre, plus dis­crets que la nuit, mais tout aus­si pré­sents.

Elle jouit une deuxième fois ain­si, le corps ten­du, les ongles légè­re­ment enfon­cés dans la poi­trine de Julien. Elle ralen­tit, le souffle court, puis se pen­cha en avant pour l’embrasser. Pendant qu’elle l’embrassait, Antoine se rap­pro­cha plus. Elle sen­tit son sexe dur contre ses fesses. Il ne ten­ta rien de plus pour l’instant. Il se conten­ta de frot­ter contre elle pen­dant qu’elle conti­nuait de bou­ger sur Julien.

Au bout d’un moment, Claire se redres­sa. Elle se reti­ra de Julien et se tour­na vers Antoine. Elle l’attira à elle et l’embrassa. Puis elle se mit à quatre pattes sur le lit. Antoine se pla­ça der­rière elle. Julien se mit près de sa tête. Claire prit le sexe de Julien en bouche pen­dant qu’Antoine entrait en elle.

Le rythme était lent, pro­fond. Antoine la péné­trait avec des coups de reins mesu­rés. Claire suçait Julien avec appli­ca­tion, la langue qui tour­nait, les lèvres qui se res­ser­raient. Elle aimait ce moment-là : être pleine des deux, don­ner et rece­voir en même temps. Antoine tenait ses hanches. Julien cares­sait ses che­veux. Claire gémis­sait autour du sexe dans sa bouche.

Ils res­tèrent ain­si un long moment. Puis ils chan­gèrent. Julien prit la place der­rière elle. Antoine se mit devant. Claire prit Antoine en bouche pen­dant que Julien la péné­trait. Le même rythme lent, atten­tif. Claire sen­tait la dif­fé­rence entre les deux hommes : la façon dont ils bou­geaient, la forme, la pres­sion. Elle les dis­tin­guait par­fai­te­ment, et cela l’excitait.

Julien accé­lé­ra un peu. Ses doigts s’enfonçaient dans la chair de ses hanches. Claire pous­sait des petits cris étouf­fés autour du sexe d’Antoine. Elle jouit encore, le corps secoué, les genoux qui trem­blaient. Julien conti­nua pen­dant son orgasme, puis ralen­tit.

Ils se réor­ga­ni­sèrent. Claire s’allongea sur le dos. Les deux hommes s’allongèrent de chaque côté. Ils la cares­saient, l’embrassaient, à tour de rôle. Des bai­sers sur sa bouche, sur ses seins, sur son ventre. Des mains qui glis­saient entre ses cuisses, qui la péné­traient dou­ce­ment de un ou deux doigts. Claire res­tait ouverte, récep­tive, les yeux par­fois fer­més, par­fois ouverts pour les regar­der.

Au bout d’un moment, elle se redres­sa et se pla­ça à cali­four­chon sur Antoine. Elle le prit en elle. Puis elle se pen­cha en avant, les mains de chaque côté de sa tête. Julien se pla­ça der­rière elle. Elle sen­tit son sexe glis­ser le long de ses fesses, puis se pres­ser contre l’endroit où Antoine était déjà. Elle se ten­dit un ins­tant.

Antoine la regar­da dans les yeux.

— Doucement, dit-il. Seulement si tu veux.

Claire res­pi­ra. Elle hocha la tête.

Julien avan­ça très len­te­ment. Claire sen­tit la pres­sion, l’étirement. Ce n’était pas la pre­mière fois qu’elle pre­nait les deux, mais c’était rare, et tou­jours intense. Elle se concen­tra sur sa res­pi­ra­tion. Antoine res­tait immo­bile en elle, une main sur sa joue. Julien pro­gres­sait par petits mou­ve­ments, s’arrêtant dès qu’elle se cris­pait. Claire pous­sait des souffles courts. Puis, pro­gres­si­ve­ment, elle se déten­dit. Julien s’enfonça un peu plus. Elle le sen­tit glis­ser à côté d’Antoine, les deux sexes côte à côte en elle.

Quand il fut entiè­re­ment enfon­cé, ils res­tèrent immo­biles un long moment. Claire res­pi­rait fort. Elle était pleine d’une façon qui la fai­sait se sen­tir ouverte jusqu’au fond. Antoine cares­sait son visage. Julien cares­sait son dos.

Puis ils com­men­cèrent à bou­ger. Très len­te­ment. Des petits mou­ve­ments alter­nés, presque imper­cep­tibles au début. Claire gémis­sait à chaque frot­te­ment. La sen­sa­tion était trop forte, trop dense. Elle s’accrochait aux épaules d’Antoine. Les deux hommes se par­laient à voix basse par-des­sus elle, se coor­don­nant sans vrai­ment se par­ler. Claire n’entendait que des frag­ments. Elle était trop concen­trée sur ce qui se pas­sait en elle.

Le rythme s’accéléra un peu. Pas beau­coup. Juste assez pour que chaque mou­ve­ment la fasse gémir plus fort. Elle jouit ain­si, un orgasme pro­fond, presque dou­lou­reux de den­si­té, qui la fit crier contre l’épaule d’Antoine. Les deux hommes ralen­tirent pour la lais­ser pas­ser, puis reprirent, tou­jours avec rete­nue.

Ils conti­nuèrent ain­si plu­sieurs minutes. Claire était dans un état flot­tant, entre le plai­sir et une sorte d’abandon total. Elle sen­tait les deux hommes en elle, leurs res­pi­ra­tions, leurs mains sur son corps. Quand Julien se vida le pre­mier, elle le sen­tit clai­re­ment : les pul­sa­tions, la cha­leur sup­plé­men­taire. Il res­ta enfon­cé un moment, puis se reti­ra len­te­ment. Antoine conti­nua seul quelques coups encore, puis jouis aus­si, pro­fon­dé­ment, en elle.

Ils s’effondrèrent tous les trois sur le lit. Claire était au milieu, le corps lourd, les jambes trem­blantes. Les deux hommes res­taient col­lés à elle, une main ici, une bouche là. Personne ne par­lait.

Le silence dura long­temps. Dehors, on enten­dait des oiseaux, une voi­ture qui pas­sait, la vie nor­male du dimanche matin. À l’intérieur, tout était dif­fé­rent.

Claire finit par par­ler, la voix un peu rauque.

— Je n’imaginais pas que ce serait pos­sible comme ça. Aussi… calme. Aussi pré­cis.

Antoine embras­sa son front.

— On n’est pas obli­gés de tout com­prendre tout de suite.

Julien, de l’autre côté, ajou­ta :

— Non. On peut juste… res­ter un peu.

Claire hocha la tête. Elle fer­ma les yeux. Les mains sur son corps conti­nuaient de bou­ger, plus dou­ce­ment main­te­nant, presque dis­traites. Des caresses sans but, juste pour res­ter en contact.

Ils res­tèrent ain­si une bonne demi-heure. Parfois un bai­ser. Parfois une main qui glis­sait entre les cuisses de Claire et la cares­sait jusqu’à la faire gémir un peu. Mais sans cher­cher à recom­men­cer tout de suite. Juste à pro­lon­ger la pré­sence.

Au bout d’un moment, Claire se leva. Elle alla dans la salle de bain, se dou­cha rapi­de­ment. L’eau chaude sur sa peau était bonne. Elle res­ta sous le jet plus long­temps que néces­saire, les yeux fer­més, lais­sant les sen­sa­tions de la nuit et du matin se mêler.

Quand elle res­sor­tit, enve­lop­pée dans une ser­viette, les deux hommes étaient encore allon­gés. Antoine lui sou­rit. Julien la regar­da avec une expres­sion plus dif­fi­cile à lire, quelque chose entre le désir et une forme de res­pect.

Claire s’approcha du lit. Elle lais­sa tom­ber la ser­viette. Elle s’allongea de nou­veau entre eux. Les bras se refer­mèrent autour d’elle. Les bouches trou­vèrent sa peau. Les mains recom­men­cèrent à explo­rer, plus len­te­ment encore.

Cette fois, ce fut encore plus doux. Des bai­sers par­tout. Des doigts qui entraient en elle sans pré­ci­pi­ta­tion. Une bouche sur un sein, une autre entre ses cuisses. Claire se lais­sait faire, les yeux fer­més, le corps ouvert. Elle jouit une der­nière fois ce matin-là, un orgasme long et tran­quille qui la lais­sa presque endor­mie.

Après, ils res­tèrent allon­gés en silence. Le soleil avait bou­gé. La lumière dans la chambre était plus chaude.

Claire pen­sa que la jour­née n’était pas finie. Qu’il y aurait encore d’autres moments. Qu’ils n’avaient pas besoin de tout déci­der main­te­nant.

Elle fer­ma les yeux. Les deux res­pi­ra­tions autour d’elle l’accompagnaient. Pour l’instant, c’était suf­fi­sant.

**********

L’après-midi s’étira sans que per­sonne ne décide vrai­ment de l’heure.

Ils avaient fini par s’habiller un peu. Claire avait enfi­lé un jean soft et un pull fin. Antoine un t‑shirt et un pan­ta­lon de sur­vê­te­ment. Julien avait récu­pé­ré son jean et sa che­mise, qu’il avait bou­ton­née à moi­tié. Ils étaient des­cen­dus dans le salon. La lumière de début d’après-midi entrait en biais par les fenêtres. Dehors, le dimanche conti­nuait sa vie ordi­naire : des voix d’enfants dans la cour, une ton­deuse quelque part, le bruit loin­tain d’une radio.

Antoine avait mis de l’eau à chauf­fer pour le thé. Julien s’était assis dans le fau­teuil près de la fenêtre. Claire s’était ins­tal­lée sur le cana­pé, les jambes repliées sous elle. Pendant un long moment, ils n’avaient presque rien dit. Le silence n’était plus celui de la nuit ni celui du matin. C’était un silence de diges­tion, de corps qui se sou­viennent et d’esprits qui com­mencent à poser des ques­tions.

Claire fut la pre­mière à par­ler.

— On n’est pas obli­gés de tout déci­der aujourd’hui.

Antoine, debout près de la cui­sine ouverte, hocha la tête.

— Non.

Julien regar­da ses mains.

— Je peux par­tir quand vous vou­lez. Je ne veux pas… m’imposer.

Claire le regar­da. Il y avait dans sa voix quelque chose de vrai, de non joué. Elle se leva, tra­ver­sa le salon et s’approcha de lui. Elle posa une main sur son épaule.

— Tu ne t’imposes pas. Tu es là parce qu’on t’a deman­dé de res­ter.

Julien leva les yeux vers elle. Puis vers Antoine. Antoine s’approcha aus­si, une tasse à la main. Il en ten­dit une à Julien, une à Claire, et gar­da la sienne.

Ils burent en silence. Le thé était trop chaud. Claire souf­fla des­sus. Elle sen­tait encore, sous le jean, la sen­si­bi­li­té de la nuit et du matin. Son corps n’avait pas oublié. Mais ce n’était plus une urgence. C’était une pré­sence.

Au bout d’un moment, Antoine posa sa tasse.

— Je vais faire à man­ger. Rien de com­pli­qué. Des œufs, du pain, une salade.

Claire sou­rit.

— Tu veux de l’aide ?

— Non. Restez là.

Il s’éloigna vers la cui­sine. On l’entendit ouvrir le fri­go, sor­tir des assiettes, faire griller du pain. Le bruit domes­tique était ras­su­rant. Claire res­ta près de Julien. Elle s’assit sur le bras du fau­teuil. Sa cuisse tou­chait son bras.

— Tu regrettes ? deman­da-t-elle de nou­veau, plus bas.

Julien secoua la tête.

— Non. C’est juste… dense. Je n’avais pas ima­gi­né que ce serait aus­si… calme. Aussi réel.

Claire posa sa main sur la sienne.

— Moi non plus.

Dans la cui­sine, Antoine cas­sait des œufs. Le bruit de la four­chette contre le bol. Claire regar­da dans sa direc­tion. Elle le voyait de pro­fil, concen­tré sur ce geste simple. Elle pen­sa que c’était peut-être ça, le plus étrange : que tout puisse coha­bi­ter. Le sexe de la nuit, la double péné­tra­tion du matin, et main­te­nant un homme qui fai­sait des œufs brouillés pour trois.

Ils man­gèrent dans le salon, les assiettes sur les genoux. Les œufs étaient bons, salés juste ce qu’il fal­lait. Le pain était crous­tillant. Ils par­lèrent un peu de choses neutres : le tra­vail de Julien au res­tau­rant, une expo­si­tion qu’Antoine vou­lait voir, une élève dif­fi­cile de Claire. Rien qui n’évoque direc­te­ment la nuit. Mais chaque regard, chaque silence entre deux phrases, por­tait encore la trace de ce qui s’était pas­sé.

Après le repas, Antoine ran­gea. Claire se leva et alla à la fenêtre. Elle regar­da la cour. Julien la rejoi­gnit. Ils res­tèrent côte à côte, sans se tou­cher tout de suite. Puis Claire prit sa main. Leurs doigts s’entrelacèrent.

Antoine revint. Il les regar­da un ins­tant, puis s’approcha et pas­sa un bras autour des épaules de Claire. Les trois étaient main­te­nant près de la fenêtre. Claire sen­tait la cha­leur des deux corps. Elle fer­ma les yeux une seconde.

— Je vou­drais quelque chose, dit-elle.

Les deux hommes atten­dirent.

— Je vou­drais qu’on aille dans la chambre. Mais pas comme ce matin. Pas pres­sés. Je vou­drais… que vous me regar­diez. Vraiment. Et que je vous regarde. Et qu’on prenne le temps.

Antoine embras­sa sa tempe.

— D’accord.

Julien ser­ra un peu plus sa main.

Ils mon­tèrent. Cette fois, la lumière dans la chambre était dif­fé­rente. Plus dorée, plus basse. Claire fer­ma à moi­tié les volets. La pièce devint plus intime. Elle se tour­na vers les deux hommes et com­men­ça à se désha­biller. Lentement. Elle reti­ra le pull, le jean, le sou­tien-gorge, la culotte. Elle res­ta debout, nue, face à eux.

Antoine et Julien se désha­billèrent aus­si, sans se pres­ser. Quand ils furent nus, Claire s’approcha d’abord d’Antoine. Elle l’embrassa lon­gue­ment, les mains sur son visage. Puis elle se tour­na vers Julien et fit la même chose. Le bai­ser était lent, explo­ra­toire, comme s’ils se redé­cou­vraient à la lumière du jour.

Elle les prit par la main et les gui­da vers le lit. Elle s’allongea au milieu. Les deux hommes s’allongèrent de chaque côté. Pendant un long moment, il n’y eut que des caresses. Des mains qui glis­saient sur la peau, des bouches qui se posaient sur une épaule, un sein, un ventre. Claire gar­dait les yeux ouverts. Elle regar­dait Antoine quand il l’embrassait. Elle regar­dait Julien quand ses doigts tra­çaient la ligne de sa hanche. Elle vou­lait voir leurs visages. Elle vou­lait qu’ils voient le sien.

Antoine se pen­cha et par­la tout bas.

— Dis-nous ce que tu veux.

Claire réflé­chit une seconde.

— Je veux que tu me prennes. Lentement. Et que Julien me tienne. Qu’il me regarde pen­dant que tu es en moi. Et après on chan­ge­ra.

Antoine hocha la tête. Julien aus­si.

Claire s’allongea sur le dos. Antoine se pla­ça entre ses cuisses. Il ne la péné­tra pas tout de suite. Il frot­ta d’abord son sexe contre elle, l’enduisant de son humi­di­té. Claire écar­tait un peu plus les jambes. Julien, à côté, tenait sa main. Son autre main était posée sur le ventre de Claire, le pouce qui cares­sait juste au-des­sus du pubis.

Antoine entra. Très len­te­ment. Claire le sen­tit s’enfoncer, cen­ti­mètre après cen­ti­mètre. Elle gar­da les yeux ouverts. Elle regar­da le visage de son mari pen­dant qu’il la péné­trait. Puis elle tour­na la tête vers Julien. Il la regar­dait. Ses yeux étaient sombres, atten­tifs. Claire ser­ra sa main.

Antoine com­men­ça à bou­ger. Des va-et-vient longs, pro­fonds, presque céré­mo­nieux. Chaque mou­ve­ment était conscient. Claire gémis­sait tout bas. Elle ne fer­mait pas les yeux. Elle pas­sait d’un visage à l’autre. Antoine la regar­dait aus­si. Parfois il se pen­chait et l’embrassait. Parfois il se redres­sait pour que Julien puisse mieux la voir.

Julien se pen­cha et embras­sa la main de Claire, puis son épaule, puis le coin de sa bouche. Sa main sur le ventre des­cen­dit un peu et trou­va le cli­to­ris. Il le cares­sa en rythme avec les mou­ve­ments d’Antoine. Claire sen­tit le plai­sir mon­ter, non pas comme une vague bru­tale, mais comme quelque chose qui s’accumulait dou­ce­ment, couche après couche.

Elle jouit ain­si, les yeux encore ouverts, en regar­dant Julien pen­dant que son mari était en elle. L’orgasme fut long, trem­blant, presque silen­cieux. Son corps se contrac­ta autour d’Antoine. Il ralen­tit pour la lais­ser pas­ser, puis conti­nua, tou­jours aus­si mesu­ré.

Au bout d’un moment, il se reti­ra. Claire res­ta les jambes ouvertes, le souffle court. Julien se pla­ça à son tour entre ses cuisses. Antoine se déca­la et prit la place que Julien occu­pait. Maintenant c’était lui qui tenait la main de Claire, lui qui posait sa paume sur son ventre.

Julien entra. Claire le sen­tit dif­fé­rent. La forme, la façon dont il pous­sait. Elle le regar­da dans les yeux pen­dant qu’il s’enfonçait. Puis elle tour­na la tête vers Antoine. Il la regar­dait avec une expres­sion qu’elle n’avait vue que rare­ment : une atten­tion totale, sans pos­ses­sion, juste une pré­sence.

Julien bou­gea len­te­ment. Antoine cares­sait le cli­to­ris de Claire avec le même soin que Julien avait eu. Claire pas­sait d’un visage à l’autre. Elle par­lait par­fois, tout bas.

— Je vous sens tous les deux… même quand un seul est en moi.

Antoine embras­sa ses doigts.

— On est là.

Julien pen­cha la tête et l’embrassa pen­dant qu’il la péné­trait. Le bai­ser était pro­fond. Claire gémis­sait dans sa bouche. Elle jouit une deuxième fois, plus forte, en agrip­pant la main d’Antoine. Julien ralen­tit, la lais­sa trem­bler, puis reprit.

Ils conti­nuèrent ain­si un long moment. Alternant. Parfois Antoine en elle, Julien qui la tenait et la cares­sait. Parfois l’inverse. Toujours le même rythme lent, presque médi­ta­tif. Claire gar­dait les yeux ouverts le plus pos­sible. Elle vou­lait gra­ver les visages, les expres­sions, la façon dont la lumière jouait sur leurs épaules.

À un moment, elle se redres­sa et se mit à cali­four­chon sur Antoine. Elle le prit en elle. Julien se pla­ça der­rière elle, à genoux. Il ne ten­ta pas de la péné­trer à son tour. Il col­la sim­ple­ment son torse contre son dos, pas­sa ses bras autour d’elle, et posa ses mains sur ses seins. Il l’embrassait dans le cou pen­dant qu’elle che­vau­chait Antoine.

Claire bou­geait len­te­ment. Elle sen­tait le sexe de son mari en elle, et le corps de Julien contre son dos, sa cha­leur, son souffle. Antoine tenait ses hanches. Il la regar­dait. Julien, der­rière, mur­mu­rait par­fois des mots indis­tincts contre sa peau. Claire fer­ma les yeux un ins­tant, puis les rou­vrit. Elle vou­lait voir.

Elle accé­lé­ra un peu. Le plai­sir mon­tait de nou­veau. Elle s’appuya d’une main sur la poi­trine d’Antoine, de l’autre sur l’avant-bras de Julien. Elle jouit ain­si, prise entre les deux, le corps ten­du, un gémis­se­ment long qui sor­tit d’elle sans qu’elle le retienne.

Elle ralen­tit, le souffle court. Puis elle se reti­ra d’Antoine et se tour­na vers Julien. Elle le fit s’allonger et se pla­ça sur lui. Elle le prit à son tour. Antoine se mit der­rière elle cette fois. Même posi­tion. Même len­teur. Claire che­vau­chait Julien pen­dant qu’Antoine l’enveloppait de son torse, de ses bras, de sa bouche dans son cou.

Le plai­sir était dif­fé­rent. Moins urgent. Plus large. Claire sen­tait qu’elle pou­vait res­ter dans cet état long­temps. Elle bou­geait, s’arrêtait, recom­men­çait. Les deux hommes la sui­vaient. Personne ne cher­chait à finir vite. Ils cher­chaient à res­ter.

Au bout d’un moment, Claire se pen­cha en avant, les mains de chaque côté de la tête de Julien. Elle l’embrassa. Antoine, der­rière, glis­sa une main entre eux et cares­sa le cli­to­ris de Claire pen­dant qu’elle conti­nuait de bou­ger. Elle jouit encore, plus dou­ce­ment, le front contre celui de Julien.

Ils se réor­ga­ni­sèrent une der­nière fois. Claire s’allongea sur le côté. Antoine se pla­ça der­rière elle, en cuillère, et entra en elle. Julien se pla­ça face à elle. Il écar­ta une de ses jambes et la posa sur sa propre hanche. Puis il se rap­pro­cha jusqu’à ce que son sexe touche celui d’Antoine, là où il entrait en Claire. Il ne pous­sa pas pour entrer à son tour. Il se conten­ta de frot­ter contre eux, son sexe glis­sant le long de celui d’Antoine et des lèvres de Claire.

Claire était prise d’une façon nou­velle. Elle sen­tait Antoine en elle, et Julien contre elle, les deux sexes qui se tou­chaient à tra­vers son corps. Les deux hommes bou­geaient en rythme, len­te­ment. Claire avait une main sur la nuque de Julien, l’autre en arrière sur la cuisse d’Antoine. Elle les regar­dait tous les deux. Leurs visages étaient proches. Parfois leurs fronts se tou­chaient. Parfois ils s’embrassaient par-des­sus elle, un bai­ser bref, presque chaste, pen­dant qu’ils la pre­naient ain­si.

Le moment dura. Claire sen­tait le plai­sir mon­ter encore, mais dif­fé­rem­ment. Moins loca­li­sé. Plus dif­fus, plus total. Elle jouit une der­nière fois, les yeux ouverts, en regar­dant les deux hommes qui la regar­daient. Son corps se contrac­ta. Antoine pous­sa un peu plus fort, puis se vida en elle avec un gémis­se­ment sourd. Julien, contre elle, jouis aus­si, son sperme se répan­dant sur le bas-ventre de Claire et sur le sexe d’Antoine.

Ils res­tèrent immo­biles long­temps. Les res­pi­ra­tions se cal­maient. Claire était au milieu, pleine, cou­verte, tenue. Antoine embras­sa sa nuque. Julien embras­sa son front. Personne ne par­lait.

Le soleil avait encore bais­sé. La chambre était bai­gnée d’une lumière oran­gée. Claire fer­ma les yeux. Elle sen­tait les deux corps contre le sien, la cha­leur, le poids, la réa­li­té de ce qui venait de se pas­ser.

Au bout d’un moment, elle par­la, la voix basse.

— Je ne sais pas ce que ça veut dire pour demain. Ou pour la semaine pro­chaine. Mais aujourd’hui… c’était bien. C’était nous.

Antoine ser­ra un peu plus son bras autour d’elle.

— Oui.

Julien posa sa main sur la hanche de Claire, par-des­sus celle d’Antoine.

— Oui.

Ils res­tèrent ain­si jusqu’à ce que la lumière com­mence vrai­ment à bais­ser. Puis, len­te­ment, ils se sépa­rèrent. Claire se leva la pre­mière. Elle alla dans la salle de bain, se lava dou­ce­ment, sans cher­cher à tout effa­cer. Quand elle revint, les deux hommes s’habillaient. Elle les regar­da un ins­tant, puis enfi­la son pull et son jean.

Dans le salon, ils se tinrent debout près de la porte. Julien avait son man­teau. Il regar­da Claire, puis Antoine.

— Merci, dit-il sim­ple­ment.

Claire s’approcha et l’embrassa sur la bouche, un bai­ser lent, sans pro­messe. Antoine lui ser­ra l’épaule, puis la main.

Julien ouvrit la porte. Il s’attarda une seconde sur le seuil. Puis il par­tit. On enten­dit ses pas dans l’escalier.

Claire fer­ma la porte. Elle se tour­na vers Antoine. Il la prit dans ses bras. Ils res­tèrent ain­si, au milieu du salon, pen­dant un long moment. Pas de mots. Juste le contact, la res­pi­ra­tion par­ta­gée, la fatigue douce des corps qui ont don­né et reçu.

Plus tard, ils dînèrent de restes. Ils regar­dèrent un film sans vrai­ment le suivre. Puis ils mon­tèrent se cou­cher dans leur lit. Claire s’endormit contre Antoine, sa main dans la sienne. Elle pen­sa à Julien, quelque part dans la ville. Elle pen­sa à ce qui s’était pas­sé. Elle ne savait pas encore si cela recom­men­ce­rait. Elle savait seule­ment que quelque chose avait bou­gé, en elle, en eux, et que ce mou­ve­ment n’était ni sale ni simple. Il était juste vrai.

Dehors, la nuit était reve­nue. À l’intérieur, tout était calme.

Auteur.e de l'histoire : Himéros

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