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L’huile qui a tout changé

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La mai­son d’hôtes était une ancienne ferme réno­vée, iso­lée au bout d’un che­min de terre bor­dé de noi­se­tiers. Le same­di après-midi, la lumière tom­bait déjà un peu en biais, dorée et épaisse, tra­ver­sant les grandes fenêtres de la pièce du rez-de-chaus­sée. On enten­dait au loin le cri d’une buse et, plus près, le gré­sille­ment dis­cret des grillons dans l’herbe haute. L’air sen­tait le foin cou­pé, le bois chaud et, fai­ble­ment, la lavande séchée que la pro­prié­taire avait dis­po­sée dans de petits bou­quets sur les éta­gères.

Léa était entrée la pre­mière dans la pièce amé­na­gée pour le mas­sage. Elle por­tait un pei­gnoir de coton blanc, trop grand pour elle, noué à la taille. Sous le tis­su, elle n’avait rien. Elle s’était dou­chée une demi-heure plus tôt, lon­gue­ment, en espé­rant que l’eau chaude détende un peu les muscles de son dos. Ça n’avait pas suf­fi. Depuis des mois, le télé­tra­vail l’avait trans­for­mée en sta­tue voû­tée devant un écran. Les omo­plates lui brû­laient en per­ma­nence. Les lom­baires tiraient dès qu’elle res­tait trop long­temps assise. Même la nuit, elle se réveillait par­fois avec la sen­sa­tion d’avoir un nœud de fer dans le bas du dos.

Thomas l’avait sui­vie. Il n’avait pas chan­gé de vête­ments. Chemise légère, pan­ta­lon de toile beige, pieds nus. Il s’était ins­tal­lé dans le fau­teuil près de la fenêtre sans qu’on le lui demande, comme s’il était natu­rel qu’il reste. Léa n’avait rien dit. Elle avait juste croi­sé son regard un ins­tant. Il y avait dans les yeux de son mari cette expres­sion calme, un peu absente, qu’il pre­nait par­fois quand il déci­dait de ne rien com­men­ter.

Marc arri­va exac­te­ment à l’heure. On enten­dit d’abord le grin­ce­ment de la grille du jar­din, puis le bruit de ses pas sur le gra­vier. Il frap­pa une seule fois, poli­ment. Thomas alla ouvrir. Marc était grand, plus large d’épaules que Thomas. Quarante-sept ans, che­veux courts poivre et sel, visage angu­leux, regard clair et posé. Il por­tait un pan­ta­lon noir simple et un t‑shirt gris fon­cé qui sou­li­gnait la masse de ses bras. Ses mains, quand il ser­ra celle de Thomas, parurent énormes. Léa, encore debout près de la table, les regar­da un ins­tant. Des mains de tra­vailleur. Des mains qui avaient l’habitude de tou­cher des corps.

— Bonjour, dit Marc d’une voix grave, presque basse. Léa, c’est ça ?

Elle hocha la tête.

— Oui. Merci d’être venu jusqu’ici.

Il sou­rit à peine. Un sou­rire dis­cret, pro­fes­sion­nel.

— C’est moi qui vous remer­cie. J’aime bien sor­tir un peu de la ville le week-end.

Il posa son sac sur une chaise et com­men­ça à pré­pa­rer. La table de mas­sage était déjà en place, recou­verte d’un drap blanc propre. Marc dérou­la une ser­viette épaisse, ajus­ta la hau­teur d’un geste pré­cis, sor­tit une bou­teille d’huile tié­die dans une petite housse iso­lante. Il ne par­lait presque pas. Ses gestes étaient lents, métho­diques. Léa le regar­dait faire en silence. Il y avait quelque chose de ras­su­rant dans cette éco­no­mie de paroles. Comme s’il savait déjà exac­te­ment ce qu’il allait faire de son corps.

Thomas était retour­né s’asseoir. Il croi­sa les jambes, posa un coude sur l’accoudoir, et obser­va.

Léa enle­va le pei­gnoir. Elle le fit sans pré­ci­pi­ta­tion, dos à la fenêtre, face à la table. La lumière de l’après-midi glis­sa sur ses épaules, sur la courbe de sa taille, sur le creux juste au-des­sus de ses fesses. Elle avait qua­rante-deux ans. Son corps n’était plus celui d’une jeune femme, mais il gar­dait une fer­me­té douce, des seins lourds, un ventre légè­re­ment arron­di, des hanches larges. Elle s’allongea à plat ventre sur la table. Le drap était frais contre sa peau. Elle posa le visage dans le trou pré­vu à cet effet et sen­tit immé­dia­te­ment la ten­sion dans sa nuque se rap­pe­ler à elle.

Marc tira une ser­viette sur le bas de son dos, la dis­po­sant soi­gneu­se­ment de façon à cou­vrir le haut de ses fesses. Puis il se lava les mains dans le petit lava­bo du coin de la pièce, les sécha, et s’approcha.

— Tu as des zones par­ti­cu­liè­re­ment dou­lou­reuses ? deman­da-t-il.

Sa voix réson­nait bas, presque dans le dos de Léa.

— Les omo­plates. Et tout le bas. Les lom­baires. Depuis des mois.

— D’accord. Je vais y aller pro­gres­si­ve­ment. Dis-moi si la pres­sion est trop forte.

Il ver­sa de l’huile dans le creux de sa main. Léa enten­dit le bruit tiède, liquide. Puis les deux grandes paumes se posèrent sur ses omo­plates.

Le pre­mier contact fut chaud, lourd, pré­cis. Marc n’appuya pas tout de suite. Il lais­sa juste le poids de ses mains s’installer, l’huile s’étaler sous ses paumes. Léa sen­tit la cha­leur péné­trer len­te­ment. Ensuite seule­ment, il com­men­ça à tra­vailler.

Ses pouces trou­vèrent immé­dia­te­ment les nœuds sous les omo­plates. Il appuya, tour­na, relâ­cha, recom­men­ça. Léa fer­ma les yeux. Une dou­leur sourde, pro­fonde, se mêla presque aus­si­tôt à un sou­la­ge­ment. Elle ins­pi­ra fort. L’air entra dans ses pou­mons comme s’il n’y était pas entré depuis long­temps. Marc tra­vaillait en silence. On n’entendait que le frot­te­ment humide de l’huile sur la peau et, par­fois, le grin­ce­ment léger de la table quand il appuyait plus fort.

Thomas, dans le fau­teuil, ne bou­geait pas. Il regar­dait les mains de Marc glis­ser, s’enfoncer, s’écarter. Il regar­dait la façon dont les muscles du dos de Léa réagis­saient sous la pres­sion, se déten­dant par à‑coups. Il regar­dait aus­si la ser­viette qui recou­vrait encore le bas de son corps, et la ligne de peau nue entre le haut de la ser­viette et le bas du dos.

Marc des­cen­dit pro­gres­si­ve­ment. Des omo­plates vers le milieu du dos, puis plus bas encore. Ses mains étaient larges. Elles enve­lop­paient presque entiè­re­ment la lar­geur du dos de Léa. Quand il appuyait avec les talons des paumes sur les lom­baires, Léa lais­sa échap­per un son. Un gémis­se­ment bas, invo­lon­taire, venu du fond de la gorge. Elle ne s’en ren­dit même pas compte tout de suite. Ce n’était pas un gémis­se­ment de dou­leur. C’était autre chose. Une sorte de lâcher-prise sonore.

Thomas redres­sa légè­re­ment la tête.

Marc ne réagit pas. Il conti­nua, comme si de rien n’était. Mais ses mains s’attardèrent un peu plus long­temps sur cette zone. Il tra­vailla les lom­baires avec une pré­ci­sion presque chi­rur­gi­cale, les pouces s’enfonçant de part et d’autre de la colonne, remon­tant, redes­cen­dant, écar­tant dou­ce­ment les muscles. L’huile brillait main­te­nant sur toute la peau du dos de Léa. Elle cou­lait par endroits, sui­vant les courbes, s’arrêtant par­fois dans le creux juste au-des­sus de la ser­viette.

Léa sen­tait la cha­leur mon­ter. Pas seule­ment celle de l’huile. Une cha­leur plus inté­rieure, plus dif­fuse. Ses hanches, encore immo­bi­li­sées par la ser­viette, com­men­çaient à peser d’une façon étrange. Elle avait envie de bou­ger légè­re­ment le bas­sin, de cher­cher un appui. Elle se retint.

Marc glis­sa ses doigts sous le bord supé­rieur de la ser­viette. Juste un peu. Assez pour tra­vailler le haut des fesses, là où les muscles fes­siers rejoi­gnaient les lom­baires. Ses pouces s’enfoncèrent dans la chair ferme. Léa ser­ra les draps. Un autre son lui échap­pa, plus bas encore. Cette fois, elle en eut conscience. Elle rou­git sous le visage enfoui dans le trou de la table.

Thomas, lui, ne déta­chait plus les yeux. Il avait remar­qué que l’huile cou­lait trop bas. Une fine cou­lée brillante avait contour­né la ser­viette et glis­sait main­te­nant le long de la fente des fesses de Léa, s’arrêtant juste avant de dis­pa­raître. Les doigts de Marc s’attardaient. Ils ne fai­saient rien d’incorrect, tech­ni­que­ment. Ils tra­vaillaient les inser­tions mus­cu­laires. Mais ils res­taient plus long­temps qu’il n’était stric­te­ment néces­saire. Ils appuyaient, écar­tait légè­re­ment, lais­saient la chair s’ouvrir un ins­tant sous la pres­sion avant de se refer­mer.

Léa res­pi­rait plus fort. Sa poi­trine se sou­le­vait contre la table. Elle sen­tait ses seins écra­sés, les tétons dur­cis par le frot­te­ment du drap et par autre chose. Entre ses cuisses, une cha­leur humide com­men­çait à se for­mer. Elle essaya de l’ignorer. C’était ridi­cule. C’était un mas­sage. Rien d’autre.

Marc par­la enfin, tou­jours de cette voix grave et calme :

— Les hanches sont très contrac­tées. Et le psoas aus­si, pro­ba­ble­ment. Tu veux que je tra­vaille l’intérieur des cuisses et le devant des hanches ? Ça aide sou­vent à relâ­cher vrai­ment le bas du dos.

Léa ouvrit la bouche pour répondre. Mais c’est Thomas qui par­la.

— Oui.

Le mot tom­ba dans la pièce, simple, net.

Léa tour­na légè­re­ment la tête sur le côté. Assez pour aper­ce­voir son mari dans le fau­teuil. Thomas la regar­dait. Sa main droite était posée sur sa cuisse, les doigts légè­re­ment cris­pés contre le tis­su de son pan­ta­lon. Sous la toile beige, le ren­fle­ment était visible. Il ne cher­chait même pas vrai­ment à le cacher. Il se tou­chait à tra­vers le tis­su, len­te­ment, presque dis­trai­te­ment, les yeux fixés sur le corps de sa femme.

Léa sen­tit un fris­son lui par­cou­rir le dos entier. Pas de peur. Pas exac­te­ment de honte non plus. Quelque chose de plus trouble. Une sorte d’électricité qui par­tait du regard de Thomas et venait se nicher entre ses jambes.

Marc n’avait pas bou­gé. Il atten­dait, les mains tou­jours posées sur le haut des fesses de Léa, les pouces enfon­cés dans la chair hui­leuse.

— D’accord, dit-il sim­ple­ment.

Il rele­va la ser­viette. Pas d’un geste brusque. Lentement. Comme s’il décou­vrait une zone de tra­vail sup­plé­men­taire. La ser­viette glis­sa jusqu’au milieu des cuisses. L’air de la pièce tou­cha la peau nue des fesses de Léa, puis l’intérieur de ses cuisses. Elle fris­son­na.

Marc ver­sa de nou­veau de l’huile. Cette fois direc­te­ment sur le haut des fesses et le début de l’intérieur des cuisses. Le liquide tiède cou­la, s’infiltra. Ses grandes mains reprirent pos­ses­sion du corps. Il tra­vailla d’abord l’extérieur des hanches, les grands muscles, avec des pres­sions pro­fondes et cir­cu­laires. Puis il pas­sa à l’intérieur.

Ses doigts remon­tèrent le long de l’intérieur des cuisses, haut, très haut. Pas encore jusqu’au sexe. Mais assez près pour que Léa sente la cha­leur de ses paumes irra­dier contre l’endroit déjà humide. Il appuya sur les adduc­teurs, les fit rou­ler sous ses doigts, les éti­ra dou­ce­ment. Chaque pres­sion envoyait une vague jusqu’au bas-ventre de Léa. Elle mor­dit l’intérieur de sa joue pour ne pas gémir plus fort.

Thomas s’était légè­re­ment pen­ché en avant dans le fau­teuil. Sa main ne quit­tait plus son entre­jambe. Il cares­sait le ren­fle­ment à tra­vers le pan­ta­lon avec une len­teur presque hyp­no­tique, les yeux rivés sur les doigts de Marc qui s’enfonçaient dans la chair de sa femme.

Léa fer­ma les yeux. Elle essayait de se concen­trer sur la sen­sa­tion pure­ment mus­cu­laire. Sur le sou­la­ge­ment réel que les mains de Marc appor­taient à ses hanches blo­quées. Mais son corps tra­his­sait. Ses hanches bou­geaient main­te­nant d’elles-mêmes, par petits mou­ve­ments invo­lon­taires, cher­chant la pres­sion, s’ouvrant un peu plus à chaque pas­sage des doigts.

Marc s’arrêta un ins­tant. Ses mains res­tèrent posées, lourdes, sur le haut de l’intérieur des cuisses de Léa. Les pouces n’étaient plus qu’à quelques cen­ti­mètres de ses lèvres. L’huile brillait par­tout. On voyait la peau rosée, chaude, légè­re­ment mar­quée par les pas­sages répé­tés des doigts.

Il ne deman­da plus rien.

Thomas non plus.

Léa sen­tit le silence s’épaissir dans la pièce. Un silence char­gé, presque pal­pable. Dehors, un oiseau chan­ta une note unique, puis se tut. La lumière de l’après-midi avait encore un peu bais­sé. Elle des­si­nait main­te­nant des ombres plus longues sur le dos lui­sant de Léa, sur les mains énormes de Marc, sur le visage atten­tif de Thomas.

Marc reprit son tra­vail. Plus len­te­ment encore. Ses doigts glis­saient main­te­nant dans un mou­ve­ment qui n’était plus tout à fait celui d’un kiné­si­thé­ra­peute. Ils remon­taient, s’attardaient, appuyaient juste à la limite de l’intimité, puis redes­cen­daient en empor­tant un peu plus d’huile à chaque fois. Léa res­pi­rait par la bouche. Ses gémis­se­ments n’étaient plus tout à fait invo­lon­taires. Ils étaient rete­nus, étouf­fés contre le drap, mais ils étaient là.

Thomas débou­ton­na dis­crè­te­ment le haut de son pan­ta­lon. Juste assez pour glis­ser la main à l’intérieur. Il ne se bran­lait pas encore fran­che­ment. Il tenait son sexe à tra­vers le tis­su du sous-vête­ment, le ser­rant par moments, le cares­sant par d’autres, les yeux tou­jours fixés sur le spec­tacle.

Léa tour­na une nou­velle fois la tête. Juste assez pour croi­ser le regard de son mari. Elle vit ce qu’il fai­sait. Elle vit l’expression de son visage : concen­tré, un peu sombre, dési­reux. Elle ne détour­na pas les yeux tout de suite. Quelque chose pas­sa entre eux. Un accord muet. Une per­mis­sion don­née et reçue dans le même ins­tant.

Marc, lui, avait bais­sé les yeux vers l’endroit où ses doigts tra­vaillaient. Il voyait l’humidité qui n’était plus seule­ment celle de l’huile. Il voyait la façon dont les lèvres de Léa s’étaient légè­re­ment entrou­vertes, rosies, brillantes. Il ne com­men­ta pas. Il conti­nua sim­ple­ment à mas­ser, de plus en plus près, de plus en plus len­te­ment, comme s’il atten­dait que quelqu’un dans la pièce fasse le pro­chain geste.

La pièce sen­tait main­te­nant l’huile chaude, la peau, et quelque chose de plus ani­mal, de plus trouble. Léa avait le cœur qui bat­tait fort contre la table. Ses cuisses trem­blaient légè­re­ment sous les mains de Marc. Elle savait que le mas­sage n’était déjà plus tout à fait un mas­sage. Elle savait aus­si que per­sonne, dans cette pièce, n’avait l’intention de l’arrêter.

Thomas se leva enfin du fau­teuil. Lentement. Il s’approcha de la table sans un mot. Marc leva les yeux vers lui un ins­tant, puis redes­cen­dit son regard sur le corps de Léa. Les deux hommes ne se par­lèrent pas. Il n’y avait plus besoin.

Les doigts de Marc s’arrêtèrent juste contre le bord des lèvres de Léa. Ils ne s’enfoncèrent pas encore. Ils res­tèrent là, appuyés, chauds, hui­leux, atten­dant.

Léa fer­ma les yeux. Elle sen­tit le poids du regard de son mari sur elle. Elle sen­tit la cha­leur des mains de Marc. Elle sen­tit son propre sexe battre dou­ce­ment, ouvert, prêt.

Le silence dura encore quelques secondes.

Puis Marc, d’une voix tou­jours aus­si calme, presque basse, dit sim­ple­ment :

— Tourne-toi un peu sur le côté. Je vais tra­vailler le psoas plus en pro­fon­deur.

Léa obéit.

**********

Léa tour­na le corps comme on le lui avait deman­dé. Lentement. Le drap frois­sé sous sa hanche. L’huile ren­dait chaque mou­ve­ment glis­sant, presque trop facile. Elle se retrou­va semi-allon­gée sur le côté, une jambe légè­re­ment repliée, l’autre ten­due. La posi­tion ouvrait l’intérieur de ses cuisses d’une façon qu’elle ne pou­vait plus feindre d’ignorer. L’air de la pièce tou­cha direc­te­ment la peau chaude et humide entre ses jambes. Elle fris­son­na.

Marc ne par­la plus. Il n’y avait plus de ques­tions, plus de pré­cau­tions ver­bales. Ses grandes mains reprirent pos­ses­sion d’elle avec une cer­ti­tude nou­velle. Une main s’appuya fer­me­ment sur sa hanche pour la sta­bi­li­ser. L’autre glis­sa le long de l’intérieur de la cuisse, remon­tant, s’attardant, appuyant. Les doigts étaient chauds, lourds, brillants d’huile. Ils n’hésitaient plus.

Léa sen­tit le pouce de Marc s’arrêter juste contre ses lèvres. Pas encore dedans. Juste posé là, pres­sant légè­re­ment, comme pour tes­ter la résis­tance, la cha­leur, l’humidité qui n’était plus seule­ment celle de l’huile. Elle retint sa res­pi­ra­tion. Son cœur bat­tait si fort qu’elle avait l’impression que la table elle-même devait le sen­tir. Derrière elle, elle enten­dit le bruit dis­cret du pan­ta­lon de Thomas, le frois­se­ment du tis­su, le son d’une fer­me­ture éclair qu’on des­cen­dait sans se pres­ser.

Marc enfon­ça le pouce.

Lentement. Très len­te­ment. La chair s’écarta sous la pres­sion. Léa ouvrit la bouche contre le drap. Aucun son ne sor­tit d’abord. Seulement un souffle trem­blant. Le pouce de Marc tour­na, s’enfonça un peu plus, trou­va le point exact où la résis­tance cédait. Puis il ajou­ta un second doigt. Deux doigts main­te­nant. Épais, habiles, qui s’ouvraient en ciseaux à l’intérieur d’elle, éti­rant, mas­sant les parois internes avec la même pré­ci­sion qu’il avait eue sur ses omo­plates une heure plus tôt.

Léa gémit. Cette fois le son ne put être rete­nu. Il sor­tit bas, rauque, presque ani­mal. Ses hanches bou­gèrent d’elles-mêmes, cher­chant à s’empaler davan­tage sur les doigts. Marc ne la pri­va pas. Il avan­ça jusqu’à la base, appuya le talon de sa main contre son mont de Vénus, et com­men­ça un va-et-vient pro­fond, régu­lier, presque hyp­no­tique. Chaque fois que ses doigts res­sor­taient, ils rame­naient un peu plus d’humidité. L’huile et le désir se mêlaient en un liquide tiède qui cou­lait le long de sa cuisse.

Thomas s’approcha. Léa le sen­tit avant de le voir. La cha­leur de son corps, l’odeur fami­lière de sa peau mélan­gée à celle, plus brute, de son exci­ta­tion. Il s’agenouilla près de la table. Ses mains s’posèrent sur les fesses de sa femme, les écar­tèrent dou­ce­ment, offrant davan­tage d’accès à Marc. Puis sa tête se bais­sa.

La langue de Thomas trou­va le cli­to­ris déjà gon­flé, dur, hyper­sen­sible. Elle le lécha d’abord avec une len­teur presque cruelle, juste le bout de la langue, des cercles minus­cules, puis plus larges. Léa sur­sau­ta. Ses doigts s’agrippèrent au bord de la table. Marc, sen­tant la réac­tion, accen­tua le rythme de ses doigts. Il les cour­bait main­te­nant à chaque entrée, cher­chant le point spon­gieux à l’avant, appuyant, frot­tant.

Les deux hommes tra­vaillaient en silence. Seuls les bruits de la chair et de l’huile et de la langue rem­plis­saient la pièce. Léa avait les yeux mi-clos. Elle voyait par ins­tants le pro­fil de son mari, la façon dont sa bouche s’était ouverte contre elle, la langue qui s’enfonçait par­fois plus bas pour goû­ter ce que les doigts de Marc fai­saient sor­tir. Elle voyait aus­si, plus haut, le visage de Marc. Calme. Concentré. Ses yeux clairs fixés sur l’endroit où ses doigts dis­pa­rais­saient en elle. Il ne sou­riait pas. Il n’avait pas besoin.

Léa sen­tit l’orgasme arri­ver de loin, comme une vague qui gros­sit long­temps avant de défer­ler. Ça com­men­ça dans le bas du ventre, une pres­sion chaude, insis­tante. Puis ça s’étendit aux cuisses, au bas du dos, jusqu’aux seins écra­sés contre la table. Ses gémis­se­ments chan­gèrent de registre. Plus aigus, plus courts, cou­pés par des ins­pi­ra­tions sac­ca­dées. Thomas le sen­tit. Il appli­qua sa bouche plus fer­me­ment, suça le cli­to­ris entre ses lèvres, le fit rou­ler sous sa langue pen­dant que Marc accé­lé­rait, les doigts main­te­nant presque bru­taux dans leur pré­ci­sion.

Elle jouit en silence.

Le corps entier se ten­dit. Les muscles du ventre se contrac­tèrent en vagues suc­ces­sives. Ses cuisses trem­blèrent vio­lem­ment contre les épaules de Thomas. Un long fris­son la par­cou­rut des orteils jusqu’à la nuque. Elle ouvrit la bouche en grand mais aucun cri n’en sor­tit. Seulement un souffle rauque, bri­sé, qui se ter­mi­na en un san­glot étouf­fé contre le drap. Ses parois se ser­rèrent autour des doigts de Marc par pul­sa­tions fortes, ryth­mées. Il les gar­da enfon­cés jusqu’au bout, les lais­sant se faire traire par les contrac­tions, jusqu’à ce que le trem­ble­ment s’apaise un peu.

Quand il reti­ra enfin ses doigts, ils étaient trem­pés. L’huile et le jus de Léa brillaient jusqu’à ses poi­gnets. Il se redres­sa sans un mot. Le bruit de sa cein­ture fut le seul son. Le pan­ta­lon des­cen­dit. Son sexe appa­rut, épais, vei­neux, déjà raide à en faire mal. La tête lui­sante d’un peu de liquide pré-sémi­nal. Il s’approcha entre les jambes ouvertes de Léa, écar­ta un peu plus la cuisse supé­rieure d’une main, et s’aligna.

Il péné­tra d’un seul mou­ve­ment lent et conti­nu.

Léa pous­sa un cri étouf­fé. L’intrusion était large, chaude, impla­cable. Marc ne s’arrêta pas à mi-che­min. Il avan­ça jusqu’à ce que ses hanches ren­contrent les siennes, jusqu’à ce qu’elle soit entiè­re­ment pleine. Elle le sen­tit battre à l’intérieur, pro­fond. Thomas avait rele­vé la tête. Il regar­dait le sexe de Marc dis­pa­raître en sa femme. Puis il se pen­cha de nou­veau et reprit son tra­vail de langue, léchait main­te­nant l’endroit exact où la chair de Léa s’étirait autour de la verge de Marc, goû­tant le mélange d’huile et de sexe.

Marc com­men­ça à bai­ser.

Pas vite. Pas encore. Des mou­ve­ments longs, pro­fonds, qui res­sor­taient presque entiè­re­ment avant de s’enfoncer de nou­veau jusqu’au fond. Chaque fois, Léa sen­tait le gland frot­ter contre le point sen­sible à l’avant. Chaque fois, la base de son sexe appuyait contre son cli­to­ris que Thomas conti­nuait de lécher. La double sti­mu­la­tion était trop. Elle recom­men­ça presque immé­dia­te­ment à gémir, les hanches essayant de suivre le rythme, de s’empaler plus fort.

Thomas se redres­sa un ins­tant. Il était main­te­nant com­plè­te­ment sor­ti de son pan­ta­lon. Son sexe dres­sé, rouge fon­cé, lui­sant. Il se rap­pro­cha du visage de Léa. Elle tour­na la tête vers lui sans qu’il ait besoin de deman­der. Sa bouche s’ouvrit. Elle prit le gland entre ses lèvres, le suca len­te­ment pen­dant que Marc conti­nuait à la prendre par en bas. Le goût de son mari se mélan­gea à celui de l’huile qui res­tait sur sa propre peau. Elle fer­ma les yeux et se lais­sa faire, gorge ouverte, hanches sou­le­vées.

Marc accé­lé­ra pro­gres­si­ve­ment. Le bruit de ses hanches contre les fesses de Léa devint plus sec, plus ryth­mé. L’huile cla­quait. La table grin­cait légè­re­ment. Léa avait du mal à res­pi­rer autour du sexe de Thomas. Elle bavait un peu, les larmes aux yeux sous l’effort et le plai­sir. Thomas lui tenait dou­ce­ment les che­veux, pas pour la for­cer, juste pour gar­der le contact, pour sen­tir la cha­leur de sa bouche.

Le second orgasme de Léa arri­va plus vite que le pre­mier. Plus violent aus­si. Ça la prit sans pré­ve­nir, une explo­sion sourde qui par­tit du point exact où Marc la frap­pait en pro­fon­deur. Ses parois se contrac­tèrent si fort autour de lui qu’il gron­da pour la pre­mière fois, un son grave, ani­mal. Il ne s’arrêta pas. Il conti­nua à la bai­ser à tra­vers les convul­sions, for­çant le plai­sir à se pro­lon­ger, à se trans­for­mer en quelque chose de presque trop intense. Léa gémit autour du sexe de Thomas, le son étouf­fé, déses­pé­ré. Ses mains cher­chèrent quelque chose à agripp­per. Elles trou­vèrent le bras de Marc d’un côté, la cuisse de Thomas de l’autre.

Quand les trem­ble­ments com­men­cèrent enfin à s’apaiser, Marc ralen­tit sans se reti­rer. Il res­ta enfon­cé jusqu’au bout, les hanches col­lées aux siennes, res­pi­rant fort. Thomas sor­tit dou­ce­ment de la bouche de Léa. Un filet de salive relia encore ses lèvres à son gland. Léa res­pi­rait par sac­cades, le visage rouge, les yeux brillants, le corps encore par­cou­ru de petits fris­sons.

Personne ne par­la.

Marc finit par se reti­rer. Le bruit humide de sa sor­tie réson­na dans le silence. Son sexe brillait, trem­pé. Il n’avait pas encore joui. Thomas non plus. Léa le savait. Elle le sen­tait à la ten­sion de leurs corps, à la façon dont ils la regar­daient tous les deux, encore affa­més.

Elle était molle sur la table, les jambes ouvertes, l’huile et les fluides cou­lant le long de ses cuisses jusqu’au drap déjà trem­pé. Son sexe bat­tait encore, ouvert, rouge, mar­qué par les pas­sages répé­tés. Elle tour­na légè­re­ment la tête vers son mari. Thomas lui cares­sa la joue du dos de la main, un geste étran­ge­ment tendre au milieu de tout ça. Puis il regar­da Marc.

Un accord silen­cieux pas­sa de nou­veau entre les deux hommes.

Marc s’approcha du haut de la table. Thomas aida Léa à se redres­ser un peu, à se mettre à genoux sur la table, le buste rele­vé. La posi­tion était instable. L’huile ren­dait tout glis­sant. Mais ils la tinrent. Marc se pla­ça devant elle. Son sexe, encore raide et lui­sant, était à hau­teur de sa bouche. Léa n’attendit pas qu’on le lui demande. Elle l’ouvrit et l’avala aus­si pro­fon­dé­ment qu’elle put, goû­tant son propre jus mélan­gé à l’huile. En même temps, elle sen­tit Thomas s’installer der­rière elle. Les mains de son mari s’agrippèrent à ses hanches. Le gland chaud s’appuya contre son entrée déjà ouverte et défon­cée.

Thomas s’enfonça d’un coup.

Léa gémit autour du sexe de Marc. Le son vibra contre la verge. Thomas ne prit pas le temps d’y aller dou­ce­ment. Il la bai­sa avec une urgence qu’elle ne lui connais­sait pas sou­vent, des coups de reins pro­fonds, rapides, qui la pous­saient en avant sur le sexe de Marc. Elle fut prise entre les deux. Bouche pleine, sexe plein. Les mains de Marc se posèrent dans ses che­veux, gui­dant le rythme de sa tête. Les mains de Thomas res­tèrent sur ses hanches, les doigts enfon­cés dans la chair grasse d’huile, lais­sant déjà les pre­mières marques.

Ils la bai­sèrent ain­si pen­dant de longues minutes. Le rythme chan­geait par­fois. Tantôt Thomas ralen­tis­sait pour des coups longs et pro­fonds pen­dant que Marc fai­sait de petits mou­ve­ments de hanches dans sa bouche. Tantôt les deux accé­lé­raient en même temps, la trans­for­mant en simple récep­tacle de leur plai­sir. Léa n’essayait plus de contrô­ler quoi que ce soit. Elle se lais­sait faire, gémis­sant, bavant, jouis­sant encore par petites vagues suc­ces­sives chaque fois que le gland de Thomas frap­pait le bon endroit.

La pièce sen­tait main­te­nant le sexe de façon indé­niable. L’huile, la sueur, les fluides. Les bruits étaient obs­cènes : le cla­que­ment des hanches de Thomas contre ses fesses, le bruit humide de la bouche de Léa sur Marc, les gro­gne­ments bas des deux hommes. Dehors, le soleil bais­sait encore. La lumière deve­nait oran­gée, presque rouge, et entrait en biais par la fenêtre, illu­mi­nant les corps entre­la­cés, les peaux lui­santes, le visage décom­po­sé de plai­sir de Léa.

Thomas fut le pre­mier à frô­ler la limite. Ses coups de reins devinrent irré­gu­liers, plus durs. Il se pen­cha en avant, col­la son torse au dos de sa femme, et mur­mu­ra quelque chose d’inaudible contre son oreille. Puis il s’enfonça une der­nière fois jusqu’à la garde et jouit. Léa le sen­tit pul­ser en elle, chaud, abon­dant. Il conti­nua à bou­ger par petits mou­ve­ments pen­dant qu’il se vidait, comme pour s’assurer que tout res­tait bien au fond.

Marc ne tar­da pas. Voyant Thomas jouir, il accé­lé­ra dans la bouche de Léa. Ses mains se firent plus fermes dans ses che­veux. Il pous­sa un peu plus pro­fond, jusqu’à ce que Léa ait les larmes aux yeux, puis se reti­ra presque entiè­re­ment et jouit sur sa langue et ses lèvres ten­dues. Épais, salé, abon­dant. Léa ava­la ce qu’elle put. Le reste cou­la le long de son men­ton, gouttes épaisses qui vinrent se mêler à l’huile déjà pré­sente sur sa poi­trine.

Pendant un long moment, per­sonne ne bou­gea.

Thomas res­ta enfon­cé en elle, res­pi­rant fort contre son dos. Marc res­ta debout devant elle, le sexe encore semi-dur, une main posée sur l’épaule de Léa comme pour la sta­bi­li­ser. Léa avait les yeux fer­més. Son corps entier vibrait encore de petits séismes. Elle sen­tait le sperme de son mari cou­ler len­te­ment le long de sa cuisse inté­rieure, se mélan­ger à tout le reste. Elle sen­tait le goût de Marc encore pré­sent dans sa bouche.

Le silence qui sui­vit n’était plus le silence ten­du du début. C’était un silence lourd, satis­fait, presque som­nolent. Dehors, un chien aboya au loin. Une voi­ture pas­sa sur la route, très loin. Dans la pièce, on n’entendait plus que les res­pi­ra­tions qui se cal­maient peu à peu.

Marc fut le pre­mier à se redres­ser com­plè­te­ment. Il trou­va une ser­viette propre dans son sac et la ten­dit à Thomas sans un mot. Thomas la prit, la pas­sa dou­ce­ment entre les jambes de Léa, essuyant avec une ten­dresse étrange au regard de ce qui venait de se pas­ser. Puis il aida sa femme à s’allonger de nou­veau à plat ventre. Léa obéit sans résis­tance. Son corps était lourd, vidé, déli­cieu­se­ment dou­lou­reux par endroits.

Marc ver­sa un peu d’huile fraîche sur son dos. Ses mains reprirent leur tra­vail, mais cette fois c’était dif­fé­rent. Plus doux. Presque cares­sant. Il mas­sait main­te­nant les muscles qu’il venait de faire tra­vailler d’une tout autre manière. Léa fer­ma les yeux. Elle sen­tait encore les pul­sa­tions rési­duelles entre ses jambes. Elle sen­tait le regard de Thomas posé sur elle depuis le fau­teuil où il était retour­né s’asseoir, le pan­ta­lon tou­jours ouvert.

Personne n’avait encore pro­non­cé un seul mot depuis le début du bas­cu­le­ment.

Il n’y en avait pas besoin.

La lumière conti­nuait de bais­ser. Bientôt il fau­drait allu­mer une lampe. Mais pour l’instant, ils res­tèrent ain­si : Léa allon­gée, le corps mar­qué et lui­sant, Marc au-des­sus d’elle, les mains savantes tou­jours en mou­ve­ment, et Thomas qui regar­dait, déjà prêt, peut-être, pour la suite.

Le mas­sage n’était plus un mas­sage depuis long­temps. Et per­sonne, dans cette pièce, ne sou­hai­tait reve­nir en arrière.

**********

Ils la retour­nèrent sans un mot.

Les mains de Marc et celles de Thomas se trou­vèrent sur le corps de Léa en même temps, comme s’ils s’étaient mis d’accord long­temps à l’avance. Ils la firent pas­ser sur le dos d’abord, puis la redres­sèrent dou­ce­ment jusqu’à ce qu’elle se retrouve à genoux sur la table de mas­sage. L’huile ren­dait chaque contact glis­sant. Léa tan­guait un peu. Ses cuisses trem­blaient encore des orgasmes pré­cé­dents. Elle avait le visage mar­qué, les lèvres gon­flées, les yeux un peu vagues. Une goutte de sperme de Marc séchait encore au coin de sa bouche.

Thomas se pla­ça der­rière elle. Il n’y eut aucune pré­li­mi­naire cette fois. Son sexe, déjà redur­ci, s’appuya contre l’entrée encore ouverte et trem­pée. Il s’enfonça d’un seul coup de reins, jusqu’à la garde. Léa pous­sa un cri étouf­fé qui se per­dit aus­si­tôt. Marc était déjà devant elle. Il lui prit le men­ton entre le pouce et l’index, rele­va son visage, et glis­sa son sexe encore humide entre ses lèvres ouvertes.

Elle fut empa­lée des deux côtés en même temps.

Thomas ne prit pas la peine d’y aller len­te­ment. Il la bai­sait main­te­nant avec une force sourde, régu­lière, presque méca­nique. Chaque coup de reins la pro­je­tait en avant, enfon­çant le sexe de Marc un peu plus pro­fond dans sa gorge. Léa avait les yeux pleins d’eau. Elle res­pi­rait par le nez par sac­cades. Sa salive cou­lait le long de la verge de Marc, se mélan­geait à l’huile qui res­tait sur son men­ton et sur sa poi­trine. Les seins de Léa balan­çaient à chaque impact. Thomas les attra­pa par moments, les malaxa avec des doigts encore gras, pin­ça les tétons jusqu’à ce qu’elle gémisse autour du sexe qui lui rem­plis­sait la bouche.

Marc tenait sa tête à deux mains. Pas bru­ta­le­ment. Juste assez fer­me­ment pour contrô­ler le rythme. Il la regar­dait par en des­sous, les yeux clairs fixés sur les siens chaque fois qu’elle levait le regard. Il n’avait tou­jours presque rien dit depuis le début. Seulement ce regard calme, intense, qui sem­blait tout prendre, tout enre­gis­trer : la façon dont ses lèvres s’étiraient autour de lui, la façon dont sa gorge se contrac­tait quand il pous­sait un peu trop loin, la façon dont ses yeux se révul­saient légè­re­ment quand Thomas frap­pait par­ti­cu­liè­re­ment fort contre son col.

La table grin­cait. Le bruit de la chair contre la chair était obs­cène, humide, ryth­mé. L’huile cla­quait à chaque fois que les hanches de Thomas ren­con­traient les fesses de Léa. Des gouttes tom­baient sur le drap déjà trem­pé. Léa avait les genoux écar­tés au maxi­mum pour gar­der l’équilibre. Ses cuisses inté­rieures brillaient. On voyait le sexe de Thomas appa­raître et dis­pa­raître, lui­sant, épais, mar­qué des veines. Par moments, il se reti­rait presque entiè­re­ment, lais­sait le gland écar­ter les lèvres rouges et gon­flées, puis s’enfonçait d’un coup sec qui arra­chait un gémis­se­ment gor­gé à Léa.

Elle jouit une pre­mière fois dans cette posi­tion sans même s’en rendre compte tout de suite. Ça mon­ta d’un coup, une vague sourde qui par­tit du point exact où Thomas la frap­pait en pro­fon­deur. Ses parois se contrac­tèrent vio­lem­ment autour de lui. Thomas gro­gna et ralen­tit juste assez pour sen­tir chaque pul­sa­tion. Marc en pro­fi­ta pour pous­ser un peu plus loin, jusqu’à ce que le nez de Léa touche son ventre. Elle prit tout, les larmes aux yeux, le corps secoué de spasmes, la gorge ouverte. Quand Marc se reti­ra un ins­tant pour lui lais­ser reprendre une grande ins­pi­ra­tion, un long filet de salive relia encore ses lèvres à son gland.

Ils ne s’arrêtèrent pas.

Thomas reprit un rythme plus lent, plus pro­fond, presque contem­pla­tif. Il se pen­cha en avant, col­la son torse nu contre le dos lui­sant de sa femme, et glis­sa une main sous elle pour trou­ver son cli­to­ris. Ses doigts, encore pois­seux d’huile, firent de petits cercles rapides pen­dant qu’il conti­nuait à la bai­ser. Léa se mit à trem­bler de nou­veau. Sa bouche s’ouvrit en grand autour du sexe de Marc. Elle ne suçait même plus vrai­ment. Elle se conten­tait d’être là, ouverte, uti­li­sée, les yeux mi-clos, le visage décom­po­sé de plai­sir.

Marc sor­tit de sa bouche. Il se pen­cha et l’embrassa. Ce fut le pre­mier vrai bai­ser de l’après-midi. Un bai­ser pro­fond, lent, où sa langue goû­ta la sienne encore impré­gnée de son propre goût. Thomas, der­rière, regar­dait. Il n’y avait aucune jalou­sie dans son regard. Seulement une exci­ta­tion plus sombre, plus pro­fonde. Il accé­lé­ra de nou­veau pen­dant que Marc embras­sait sa femme, comme pour lui rap­pe­ler qu’il était tou­jours là, enfon­cé jusqu’au fond d’elle.

Quand Marc se redres­sa, il fit signe de la tête vers le sol.

Ils la des­cen­dirent.

Léa se retrou­va à quatre pattes sur le grand tapis de laine claire qui cou­vrait une par­tie du par­quet. Ses genoux s’enfoncèrent un peu dans la fibre. Ses mains aus­si. Elle avait le dos creu­sé, les fesses rele­vées, le visage tour­né sur le côté. L’huile et les fluides cou­laient le long de l’intérieur de ses cuisses, lais­sant des traces brillantes sur sa peau. Thomas s’agenouilla der­rière elle immé­dia­te­ment. Il n’attendit pas. Il s’enfonça de nou­veau d’un coup, la fit avan­cer de quelques cen­ti­mètres sur le tapis. Léa pous­sa un cri rauque.

Marc s’agenouilla devant elle. Son sexe, encore raide, encore brillant de salive, se pré­sen­ta à hau­teur de sa bouche. Elle l’ouvrit sans qu’on le lui demande. Il glis­sa jusqu’au fond en même temps que Thomas recom­men­çait à la prendre par der­rière. La double péné­tra­tion reprit, plus ani­male cette fois, plus proche du sol, plus pri­mi­tive. Les genoux de Léa glis­saient un peu sur le tapis à chaque coup de reins. Marc devait la tenir par les che­veux pour gar­der le rythme. Thomas, lui, s’était agrip­pé à ses hanches à deux mains. Ses doigts s’enfonçaient dans la chair grasse d’huile, lais­sant déjà des marques rouges pro­fondes qui res­te­raient visibles des heures.

Ils la bai­sèrent long­temps comme ça.

Le rythme chan­geait selon les envies de l’un ou de l’autre. Parfois Thomas ralen­tis­sait pour des coups longs et appuyés, presque tendres dans leur bru­ta­li­té, pen­dant que Marc fai­sait de petits mou­ve­ments de hanches dans la bouche de Léa. Parfois les deux accé­lé­raient en même temps, la trans­for­mant en simple point de ren­contre de leurs plai­sirs. Léa n’essayait plus de suivre. Elle se lais­sait por­ter, gémis­sant, bavant, jouis­sant par vagues irré­gu­lières chaque fois que le gland de Thomas frap­pait le point exact à l’intérieur d’elle.

À un moment, Marc se reti­ra de sa bouche. Il se dépla­ça sur le côté, s’allongea sur le dos sur le tapis, et tira Léa vers lui. Thomas com­prit immé­dia­te­ment. Il aida sa femme à se redres­ser, à enjam­ber Marc. Léa se retrou­va à cali­four­chon au-des­sus de lui. Le sexe de Marc se dres­sait, épais, prêt. Elle s’impala des­sus d’elle-même, len­te­ment, en gémis­sant, jusqu’à être com­plè­te­ment empa­lée. Thomas se repla­ça der­rière elle immé­dia­te­ment. Il écar­ta ses fesses d’une main et posa son gland contre l’entrée déjà pleine.

Léa se ten­dit.

Thomas pous­sa.

Ça résis­ta d’abord. Puis la chair s’ouvrit. Lentement. Très len­te­ment. Léa ouvrit la bouche en grand, un son aigu, presque dou­lou­reux, lui échap­pa. Marc, en des­sous d’elle, lui caresse les seins, les hanches, lui mur­mu­rant des mots bas, inau­dibles, pen­dant que Thomas conti­nuait d’avancer mil­li­mètre par mil­li­mètre. Quand il fut entiè­re­ment enfon­cé, les deux sexes côte à côte à l’intérieur d’elle, Léa ne pou­vait plus res­pi­rer nor­ma­le­ment. Elle était trop pleine. Trop éti­rée. Trop ouverte.

Ils com­men­cèrent à bou­ger.

D’abord en alter­nance. Marc sor­tait un peu pen­dant que Thomas s’enfonçait, puis l’inverse. Le frot­te­ment des deux verges l’une contre l’autre à tra­vers la fine paroi était presque insup­por­table de pré­ci­sion. Léa avait la tête ren­ver­sée en arrière, la bouche ouverte, les yeux fer­més. Des larmes de plai­sir et d’intensité cou­laient le long de ses joues. Thomas se pen­cha en avant, col­la sa poi­trine contre son dos, et lui mor­dilla l’épaule pen­dant qu’il conti­nuait à la prendre. Marc, en des­sous, rele­vait la tête pour sucer un de ses seins, tirant sur le téton avec les lèvres.

Puis ils bou­gèrent ensemble.

En même temps. Au même rythme. Les deux sexes s’enfonçant et res­sor­tant de concert. Léa hur­la. Un vrai cri cette fois, rauque, incon­trô­lé, qui se réper­cu­ta contre les murs de la pièce. Son corps entier se mit à convul­ser. L’orgasme qui la prit alors n’avait plus rien à voir avec les pré­cé­dents. C’était une onde de choc qui par­tait du plus pro­fond d’elle et se pro­pa­geait en cercles concen­triques jusqu’au bout de ses doigts et de ses orteils. Ses parois se contrac­tèrent si fort autour des deux sexes que les deux hommes gémis­sirent en même temps. Thomas dut s’arrêter un ins­tant, le front appuyé contre son épaule, pour ne pas jouir immé­dia­te­ment.

Ils la lais­sèrent tra­ver­ser la vague. Puis ils reprirent.

Plus vite. Plus dur. Léa n’était plus capable de tenir sa posi­tion toute seule. Les bras de Marc la sou­te­naient par les hanches. Les mains de Thomas s’étaient refer­mées sur ses seins, les malaxant, les pin­çant, les uti­li­sant comme points d’appui pour s’enfoncer encore plus pro­fond. Le bruit était indes­crip­tible. Chair, huile, fluides, souffles, gémis­se­ments. La lumière de fin d’après-midi entrait main­te­nant presque hori­zon­tale par la fenêtre, rou­geoyante, et des­si­nait des ombres longues sur les trois corps entre­mê­lés.

Léa jouit encore. Puis encore. Des orgasmes plus courts, plus secs, qui se suc­cé­daient sans vrai­ment lui lais­ser le temps de redes­cendre. À un moment, elle eut l’impression que son corps n’était plus qu’un conduit ouvert, une chair offerte, une série de contrac­tions qui n’appartenaient plus vrai­ment à elle.

Thomas fut le pre­mier à cra­quer.

Il s’enfonça jusqu’à la garde, se figea, et jouit avec un long gémis­se­ment rauque contre le dos de sa femme. Léa le sen­tit pul­ser pro­fon­dé­ment, chaud, abon­dant, se répandre encore plus loin à l’intérieur d’elle à cause de la pré­sence du sexe de Marc juste à côté. Thomas conti­nua à bou­ger par petits mou­ve­ments invo­lon­taires pen­dant qu’il se vidait, comme s’il vou­lait s’assurer que chaque goutte res­tait bien au fond.

Marc ne tar­da pas. Sentant les contrac­tions de Léa et le sup­plé­ment de cha­leur et de liquide appor­tés par Thomas, il accé­lé­ra ses propres coups de reins par en des­sous. Ses mains s’agrippèrent aux cuisses de Léa. Il la tira vers le bas à chaque mon­tée de hanches, s’enfonçant le plus loin pos­sible. Puis il se cam­bra, ouvrit la bouche, et jouit à son tour. Léa le sen­tit arri­ver par vagues suc­ces­sives, épaisses, chaudes, se mélan­geant immé­dia­te­ment au sperme de son mari à l’intérieur d’elle.

Pendant de longues secondes, per­sonne ne bou­gea.

Les trois corps res­tèrent emboî­tés, res­pi­rant fort, ruis­se­lants. Léa avait la tête pen­chée en avant, le front appuyé contre le torse de Marc. Thomas était encore col­lé contre son dos, le sexe encore semi-dur en elle. On enten­dait seule­ment les souffles et, au loin, le cri d’un oiseau dans la cam­pagne qui s’assombrissait.

Finalement, Thomas se reti­ra le pre­mier. Le bruit humide de sa sor­tie fut sui­vi d’un long filet de sperme mélan­gé qui cou­la immé­dia­te­ment le long de la cuisse de Léa et vint tacher le tapis. Marc aida Léa à se sou­le­ver dou­ce­ment. Quand elle se désem­pa­ra de lui, un second flot s’échappa, plus abon­dant encore, et vint se répandre sur le ventre de Marc.

Léa s’effondra lit­té­ra­le­ment sur le côté, sur le tapis. Ses jambes ne la por­taient plus. Elle res­ta là, à demi allon­gée, les cuisses ouvertes, le sexe rouge, ouvert, d’où conti­nuaient de s’échapper des gouttes épaisses. Son ventre se sou­le­vait par grandes ins­pi­ra­tions. Ses seins por­taient des marques de doigts. Ses hanches aus­si. Les empreintes grasses et rou­geâtres des mains de Marc étaient net­te­ment visibles sur sa peau.

Thomas s’allongea der­rière elle, la prit contre lui, une main posée sur son ventre, l’autre glis­sée sous sa tête. Marc res­ta allon­gé de l’autre côté, sur le dos, un bras replié sous sa nuque, regar­dant le pla­fond pen­dant un moment. Puis il tour­na la tête et obser­va Léa. Son regard était tou­jours aus­si calme, mais il y avait main­te­nant quelque chose de plus doux, presque recon­nais­sant.

Personne ne par­la pen­dant plu­sieurs minutes.

Le soleil avait presque dis­pa­ru. La pièce n’était plus éclai­rée que par la lumière bleu­tée du cré­pus­cule qui entrait par la fenêtre. On com­men­çait à moins bien se dis­tin­guer. Seulement les formes, les res­pi­ra­tions, l’odeur lourde du sexe et de l’huile qui impré­gnait tout.

Léa finit par mur­mu­rer, la voix rauque, cas­sée :

— Je ne peux plus bou­ger.

Thomas rit dou­ce­ment contre son épaule. Un rire bas, intime.

Marc se redres­sa sur un coude. Il ten­dit la main et rame­na une mèche de che­veux col­lée au front de Léa. Son geste était éton­nam­ment déli­cat après tout ce qui venait de se pas­ser.

— Tu n’as pas besoin de bou­ger, dit-il sim­ple­ment.

Sa voix était tou­jours aus­si grave, mais il y avait une cha­leur nou­velle dedans.

Thomas se sou­le­va un peu, regar­da le désordre autour d’eux : le drap de la table de mas­sage com­plè­te­ment trem­pé et frois­sé, les vête­ments épar­pillés, le tapis tâché, les corps lui­sants. Puis il regar­da sa femme, le visage déten­du comme il ne l’avait pas vu depuis des mois, les traits relâ­chés, presque endor­mis.

— On reste ici un moment, dit-il.

Marc hocha la tête. Il se ral­lon­gea. Léa fer­ma les yeux. Elle sen­tait encore les pul­sa­tions rési­duelles en elle, le mélange chaud qui conti­nuait de s’échapper par ins­tants. Elle sen­tait la main de Thomas sur son ventre et, de l’autre côté, la pré­sence calme et mas­sive de Marc.

Dehors, la cam­pagne était deve­nue silen­cieuse. La nuit com­men­çait à tom­ber pour de bon.

Dans la pièce, les trois corps res­tèrent entre­mê­lés encore long­temps, sans rien dire, sans rien cher­cher d’autre que cette cha­leur par­ta­gée et ce silence lourd de tout ce qui venait de se pas­ser.

Le mas­sage n’avait été qu’un pré­texte. Et per­sonne, désor­mais, ne s’en sou­ve­nait vrai­ment.

Auteur.e de l'histoire : Himéros

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