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Soirée dansante dans un riad à Marrakech

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Le riad était petit.
Presque trop petit pour qu’on puisse vrai­ment s’y perdre. Niché au fond d’une ruelle du quar­tier des tan­neurs, der­rière une porte en bois clou­té que l’on ne remar­quait qu’après l’avoir déjà dépas­sée deux fois. À l’intérieur, le patio s’ouvrait sur le ciel comme une main. Les murs de tade­lakt ocre absor­baient la lumière du jour et la res­ti­tuaient le soir en une tié­deur douce, presque char­nelle. Les lan­ternes en fer for­gé pro­je­taient des ombres décou­pées sur les cous­sins et les bas-reliefs. L’eau de la petite fon­taine cen­trale chan­tait sans jamais se taire, un filet clair qui pre­nait, la nuit, des accents plus secrets.

Ils étaient arri­vés deux jours plus tôt.
Elle et lui. Rien d’autre. Un voyage qu’ils s’étaient pro­mis depuis long­temps, sans trop savoir ce qu’ils en atten­daient réel­le­ment. Marrakech les avait accueillis avec sa pous­sière rose, ses appels à la prière, ses odeurs de cuir, de cumin et de rose écra­sée. Mais ici, dans ce riad, tout s’était res­ser­ré. Le monde exté­rieur sem­blait s’être arrê­té à la porte. Il ne res­tait que le patio, les chambres qui don­naient des­sus, et ce silence feu­tré que seules les voix basses osaient tra­ver­ser.

Elle aimait cet endroit plus qu’elle ne l’aurait avoué.
Elle qui était dis­crète, presque ombra­geuse dès qu’il s’agissait de son corps ou de son désir, trou­vait ici une sorte de per­mis­sion. Les murs épais, les voi­lages légers, l’odeur per­ma­nente de fleur d’oranger qui flot­tait dès le seuil… tout cela l’enveloppait sans la for­cer. Elle pou­vait mar­cher pieds nus sur les car­reaux frais, s’asseoir long­temps sans par­ler, lais­ser son regard se perdre dans les motifs géo­mé­triques des zel­liges. Son mari la regar­dait par­fois faire, un demi-sou­rire aux lèvres, comme s’il savait déjà quelque chose qu’elle-même igno­rait encore.

Le troi­sième homme était arri­vé le deuxième soir.
Elle ne l’avait pas vu entrer. Elle l’avait seule­ment remar­qué, assis un peu à l’écart, sous la gale­rie ombra­gée. Costume de lin cou­leur sable, che­mise blanche ouverte au col, manches rele­vées jusqu’aux avant-bras. Une montre fine au poi­gnet gauche. Les che­veux sombres, légè­re­ment gri­son­nants aux tempes, rame­nés en arrière sans affec­ta­tion. Le visage calme, les traits un peu mar­qués par le soleil ou par l’âge – elle ne savait pas. Et ce regard. Posé, patient, presque trop atten­tif. Il ne fixait per­sonne en par­ti­cu­lier. Il obser­vait le patio comme on observe une pièce de théâtre dont on connaît déjà la fin.

Il avait sou­ri lorsqu’on lui avait appor­té le thé. Un sou­rire poli, agréable, qui n’engageait rien. Puis il avait bais­sé les yeux vers le livre qu’il tenait ouvert sur ses genoux. Elle n’avait pas réus­si à lire le titre. Elle n’avait pas non plus osé le regar­der trop long­temps. Quelque chose chez lui la trou­blait sans qu’elle puisse nom­mer quoi. Une rete­nue. Une dis­tance élé­gante. Comme s’il était par­fai­te­ment à sa place ici tout en n’appartenant à aucun endroit pré­cis.

Son mari, lui, avait échan­gé quelques mots avec l’homme plus tard dans la soi­rée. Des bana­li­tés sur la cha­leur, sur la beau­té du riad, sur la qua­li­té du silence. Elle les avait écou­tés de loin, assise sur un cous­sin, les jambes repliées sous elle. La voix de l’inconnu était grave, posée, sans accent par­ti­cu­lier. Il par­lait peu. Quand il riait, c’était bas, presque pour lui-même. Elle avait sen­ti son mari se détendre en sa pré­sence, ce qui était rare. D’habitude, il res­tait un peu sur ses gardes avec les incon­nus. Là, non.

La nuit était tom­bée com­plè­te­ment.
Les lan­ternes avaient été allu­mées une à une. L’odeur de fleur d’oranger, déjà pré­sente depuis le matin, s’était den­si­fiée. Elle mon­tait des grands fla­cons d’huile que la patronne du riad lais­sait à dis­po­si­tion dans les niches des murs. Une odeur chaude, un peu grasse, sucrée sans être mièvre, qui s’accrochait à la gorge et aux vête­ments. Elle se mêlait main­te­nant à celle, plus sèche, du bois de san­tal qui brû­lait quelque part dans une chambre. Et en des­sous, plus secrète encore, l’odeur de la peau chauf­fée par la jour­née.

Elle s’était levée sans vrai­ment déci­der de le faire.
La musique n’était pas néces­saire. Il y avait déjà le bruit de l’eau, le frois­se­ment léger des voi­lages, le silence char­gé des deux hommes qui dis­cu­taient encore à voix basse. Elle avait sim­ple­ment sen­ti son corps deman­der quelque chose. Un mou­ve­ment. Une façon de sor­tir de sa propre rete­nue sans avoir à par­ler.

Elle avait com­men­cé à dan­ser.
Pas pour eux. Enfin… pas consciem­ment. Les pieds nus sur les car­reaux tièdes, les bras qui cher­chaient d’abord le rythme inté­rieur, les hanches qui se sou­ve­naient. Danse orien­tale lente, très conte­nue. Les gestes n’étaient pas amples. Ils res­taient près du corps, comme s’ils hési­taient à s’offrir entiè­re­ment. Elle gar­dait les yeux mi-clos. Elle ne vou­lait pas voir si on la regar­dait. Elle savait pour­tant que l’on regar­dait.

Son mari s’était tu.
L’autre homme aus­si.

Elle sen­tait leurs regards posés sur elle comme deux poids dif­fé­rents. Celui de son mari, fami­lier, tiède, presque tendre. Celui de l’inconnu, plus dense, plus patient, comme s’il pre­nait le temps de lire chaque ligne de son corps sans jamais la juger. Elle rou­git. La cha­leur lui mon­ta au visage, puis plus bas, le long du cou, dans la poi­trine. Elle conti­nua pour­tant. Les mains glis­sèrent le long de ses flancs, remon­tèrent, des­si­nèrent des ara­besques dans l’air char­gé de fleur d’oranger. Ses hanches décri­virent des cercles lents, de plus en plus affir­més. Le tis­su léger de sa robe col­lait déjà un peu à sa peau.

Quand elle s’arrêta, le silence fut presque dou­lou­reux.
Elle se ras­sit trop vite, les yeux bais­sés, les mains jointes sur ses genoux. Son cœur bat­tait trop fort. Elle avait l’impression d’avoir mon­tré quelque chose qu’elle n’aurait pas dû. Quelque chose de trop intime. Son mari s’approcha le pre­mier. Il s’agenouilla près d’elle, posa une main sur sa nuque, et mur­mu­ra juste :

« Tu étais magni­fique. »

Elle secoua la tête, un peu hon­teuse.
L’autre homme ne bou­gea pas tout de suite. Il res­ta assis, le regard tou­jours posé sur elle, mais sans insis­tante. Puis, très len­te­ment, il se leva. Il tra­ver­sa le patio sans bruit. S’arrêta à quelques pas. Inclina légè­re­ment la tête, comme pour deman­der une per­mis­sion qui n’avait pas encore de nom.

Son mari le regar­da, puis la regar­da elle.
Elle ne dit rien. Elle ne put rien dire. Sa timi­di­té lui nouait la gorge. Mais elle ne recu­la pas non plus. Elle res­ta là, immo­bile, les lèvres légè­re­ment ouvertes, le souffle court.

L’homme s’agenouilla à son tour, de l’autre côté.
Il ne la tou­cha pas. Il posa sim­ple­ment les mains à plat sur ses propres cuisses et atten­dit. L’odeur de fleur d’oranger sem­blait plus forte tout à coup. Elle se mêlait main­te­nant à une autre sen­teur, plus chaude, plus per­son­nelle : celle de sa propre peau encore tiède de la danse.

Son mari se leva un ins­tant.
Il revint avec une petite fiole en verre ambré qu’il avait trou­vée dans leur chambre. Huile d’argan pure, à laquelle la patronne avait ajou­té quelques gouttes d’essence de fleur d’oranger. Il ouvrit le fla­con. L’odeur se répan­dit immé­dia­te­ment, plus dense, plus grasse, presque char­nelle. Ça sen­tait la noi­sette chaude, la peau, quelque chose de vivant et de doux à la fois. Une odeur qui appe­lait le tou­cher.

Il ver­sa un peu d’huile dans le creux de sa main.
La fit chauf­fer entre ses paumes. Puis il s’approcha d’elle par der­rière et posa ses mains sur ses épaules nues. Elle sur­sau­ta légè­re­ment. L’huile était tiède. Elle glis­sa sur sa peau, des­cen­dit le long de ses omo­plates, s’infiltra sous les bre­telles de sa robe. Son mari com­men­ça à mas­ser. Lentement. Avec une appli­ca­tion presque solen­nelle. Les pouces appuyaient de chaque côté de sa colonne, remon­taient vers la base du crâne, redes­cen­daient.

L’autre homme obser­vait.
Puis, après un long moment, il ten­dit la main vers le fla­con. Son mari le lui ten­dit sans un mot. L’inconnu ver­sa à son tour un peu d’huile, la chauf­fa entre ses paumes plus larges, et s’approcha. Il deman­da, d’une voix très basse, presque un souffle :

« Puis-je ? »

Elle eut un mou­ve­ment de tête. Un acquies­ce­ment minus­cule, presque invi­sible. Mais suf­fi­sant.

Ses mains se posèrent sur ses bras, juste en des­sous des épaules.
La dif­fé­rence fut immé­diate. Les paumes de l’inconnu étaient plus fermes, plus larges, avec une façon par­ti­cu­lière de poser le poids. Elles glis­sèrent le long de ses bras jusqu’aux poi­gnets, puis remon­tèrent, empor­tant l’huile avec elles. L’odeur de fleur d’oranger et d’argan devint obsé­dante. Elle s’accrochait à tout : à sa peau, à l’air entre eux, à sa res­pi­ra­tion.

Elle fer­ma les yeux.
Elle ne vou­lait plus voir. Elle vou­lait seule­ment sen­tir. La pres­sion dif­fé­rente des deux paires de mains. La cha­leur de l’huile qui péné­trait peu à peu. Le souffle de son mari près de son oreille. Celui, plus rete­nu, de l’autre homme un peu plus loin. Les doigts qui sui­vaient les lignes de ses muscles, qui s’attardaient dans le creux de ses coudes, qui remon­taient le long de l’intérieur de ses bras avec une len­teur presque insup­por­table.

Le mas­sage s’étendit.
Les mains de son mari des­cen­dirent dans son dos, dénouèrent sans pré­ci­pi­ta­tion les liens de sa robe. Le tis­su glis­sa un peu. Elle ne le retint pas. L’huile conti­nua de cou­ler. Sur ses omo­plates. Le long de sa colonne. Jusqu’au bas de son dos. Les mains de l’inconnu, elles, res­tèrent plus hautes un moment, sur ses épaules, sur le haut de sa poi­trine, juste au-des­sus du tis­su encore en place. Puis elles des­cen­dirent à leur tour, avec une pru­dence qui la trou­bla plus que n’importe quelle audace.

Elle sen­tit ses seins s’alourdir sous la cha­leur de l’huile.
Les paumes glis­sèrent sur le côté, évi­tant encore le centre, des­si­nant des cercles lents. L’odeur était deve­nue presque trop forte. Elle avait l’impression de la goû­ter à chaque ins­pi­ra­tion. Fleur d’oranger. Argan. Peau. Chaleur.

Son mari mur­mu­ra quelque chose contre sa nuque.
Elle ne com­prit pas les mots. Elle com­prit seule­ment le ton. Tendre. Patient. Comme s’il lui don­nait le temps. L’autre homme ne par­lait tou­jours pas. Il mas­sait. Seulement. Avec une atten­tion qui frô­lait la dévo­tion. Ses doigts trou­vaient des ten­sions qu’elle-même igno­rait, les dénouaient un à un, lais­saient der­rière eux une traî­née d’huile chaude et de sen­sa­tion.

Quand le tis­su de sa robe glis­sa com­plè­te­ment, elle eut un fris­son.
Pas de froid. De quelque chose d’autre. Elle res­ta un ins­tant immo­bile, les bras le long du corps, les yeux tou­jours fer­més. Les deux hommes s’étaient rap­pro­chés. Elle sen­tait leurs genoux de chaque côté des siens. Leurs res­pi­ra­tions. L’odeur de l’huile qui se mêlait main­te­nant à celle, plus intime, de sa propre exci­ta­tion nais­sante.

Les mains conti­nuèrent.
Sur son ventre. Autour de son nom­bril. Plus bas. Toujours avec la même len­teur. L’huile ren­dait chaque contact plus glis­sant, plus pré­cis. Elle sen­tait la dif­fé­rence de tex­ture entre les deux paires de mains comme on sent la dif­fé­rence entre deux voix. Celles de son mari, qu’elle connais­sait par cœur. Celles de l’inconnu, plus larges, plus fermes, avec cette façon par­ti­cu­lière de s’attarder juste un ins­tant de trop, comme s’il mémo­ri­sait chaque courbe.

Elle ouvrit les yeux un bref moment.
Le regard de l’homme se posa sur le sien. Calme. Agréable. Légèrement mys­té­rieux. Il ne sou­rit pas. Il incli­na seule­ment la tête, comme pour lui dire qu’il était là, qu’il ne for­ce­rait rien, qu’il atten­dait. Elle rou­git de plus belle et refer­ma les pau­pières. Mais quelque chose en elle avait bas­cu­lé. Une per­mis­sion. Un acquies­ce­ment plus pro­fond.

Le mas­sage reprit, plus bas encore.
Les mains glis­sèrent sur l’extérieur de ses cuisses, puis à l’intérieur, avec une pru­dence extrême. L’huile d’argan brillait sur sa peau sous la lumière des lan­ternes. L’odeur de fleur d’oranger sem­blait être entrée dans ses pou­mons, dans son sang. Elle res­pi­rait par la bouche main­te­nant. Ses lèvres étaient entrou­vertes. Son corps, peu à peu, ces­sait de se rete­nir.

Son mari embras­sa le creux de son épaule.
L’autre homme, lui, se conten­ta de lais­ser ses doigts des­si­ner des ara­besques de plus en plus proches de l’endroit où sa cha­leur s’était concen­trée. Il ne tou­cha pas encore. Il appro­cha seule­ment. Assez pour qu’elle sente la pro­messe. Assez pour que son souffle se coupe un ins­tant.

Elle res­ta ain­si long­temps.
Allongée entre eux sur les cous­sins du patio, entiè­re­ment aban­don­née au tou­cher et à l’odeur. Les lan­ternes pro­je­taient des ombres mou­vantes sur leurs trois corps. L’eau de la fon­taine conti­nuait de chan­ter. Et l’huile d’argan, mêlée à la fleur d’oranger, avait tout trans­for­mé : le silence, la timi­di­té, le désir qui mon­tait en elle comme une marée lente et iné­luc­table.

Elle ne savait pas encore jusqu’où cela irait.
Elle savait seule­ment qu’elle ne vou­lait plus que cela s’arrête.

*********

L’huile conti­nuait de cou­ler.
Elle n’avait plus la force de comp­ter les ins­tants. Le temps s’était dis­sous dans l’odeur de fleur d’oranger et d’argan, dans la cha­leur des paumes qui glis­saient sur sa peau, dans le silence presque reli­gieux du patio. Les lan­ternes pro­je­taient des ombres douces sur les trois corps. L’eau de la fon­taine chan­tait tou­jours, mais elle ne l’entendait plus vrai­ment. Elle n’entendait que les res­pi­ra­tions. La sienne, trop courte. Celle de son mari, fami­lière, un peu plus rapide qu’à l’habitude. Et celle de l’homme mys­té­rieux, plus lente, plus pro­fonde, comme s’il pre­nait le temps de savou­rer chaque seconde.

Les mains de son mari étaient des­cen­dues jusqu’à l’intérieur de ses cuisses.
Elles remon­taient main­te­nant, très len­te­ment, empor­tant l’huile avec elles, s’arrêtant juste avant l’endroit sa cha­leur s’était concen­trée. Il ne tou­chait pas encore. Il appro­chait seule­ment. Assez pour qu’elle sente la pro­messe. Assez pour que son ventre se contracte fai­ble­ment. L’autre homme, lui, res­tait plus haut. Ses paumes larges enve­lop­paient ses seins, les sou­le­vaient légè­re­ment, les lais­saient retom­ber, les endui­saient encore et encore d’huile chaude. Les pouces pas­saient sur ses tétons déjà durs, avec une len­teur qui frô­lait la tor­ture. Elle eut un fris­son. Un vrai. Qui par­tit du bas du dos et remon­ta jusqu’à la nuque.

Elle gar­da les yeux fer­més.
Elle n’osait tou­jours pas regar­der. Regarder aurait ren­du la chose trop réelle, trop défi­ni­tive. Tant qu’elle gar­dait les pau­pières closes, elle pou­vait encore se dire que ce n’était qu’un rêve un peu trop pré­cis, un peu trop odo­rant. Mais son corps, lui, savait. Son corps s’ouvrait peu à peu, mal­gré sa timi­di­té, mal­gré la pudeur qui lui ser­rait encore la gorge. L’huile d’argan avait tout trans­for­mé. Elle ren­dait chaque contact plus glis­sant, plus intime, plus inévi­table.

Son mari pen­cha la tête et posa ses lèvres sur l’épaule qu’il mas­sait.
Un bai­ser lent, presque chaste au début. Puis un autre, plus bas. Puis un autre encore, sur la ligne de sa cla­vi­cule. Elle sen­tit sa langue goû­ter l’huile, goû­ter la fleur d’oranger mêlée à sa peau. Un gémis­se­ment lui échap­pa. Tout petit. Presque hon­teux. L’homme mys­té­rieux, de l’autre côté, n’embrassa pas tout de suite. Il conti­nua de mas­ser, mais ses mains des­cen­dirent enfin. Elles quit­tèrent ses seins, glis­sèrent sur son ventre, s’arrêtèrent un ins­tant sur le bas-ventre, juste au-des­sus de la toi­son. Puis elles conti­nuèrent, plus bas encore, jusqu’à l’intérieur des cuisses, jusqu’à frô­ler l’endroit elle était déjà humide.

Elle sur­sau­ta.
Pas de refus. De sur­prise. De trop-plein.
Les doigts de l’inconnu res­tèrent là, immo­biles un long moment, comme s’il lui lais­sait le temps d’accepter ou de recu­ler. Elle ne recu­la pas. Elle écar­ta même légè­re­ment les genoux, un mou­ve­ment minus­cule, presque invo­lon­taire. L’huile et son propre désir ren­daient tout plus facile, plus glis­sant, plus natu­rel. Les doigts s’enfoncèrent un peu. Pas pro­fon­dé­ment. Juste assez pour sen­tir. Juste assez pour qu’elle retienne son souffle.

Son mari mur­mu­ra contre sa peau :
« Regarde-nous… si tu veux. »

Elle secoua la tête.
Pas encore. Pas main­te­nant. Elle pré­fé­rait sen­tir. Sentir les deux paires de mains qui tra­vaillaient main­te­nant en har­mo­nie, l’une sur sa poi­trine, l’autre entre ses cuisses, l’huile qui cou­lait, l’odeur qui l’enveloppait comme une seconde peau. Elle pré­fé­rait res­ter dans ce noir doux tout était plus intense.

Les minutes pas­sèrent.
Ou les heures. Elle ne savait plus.
Le mas­sage était deve­nu autre chose. Les mains ne cher­chaient plus seule­ment à détendre. Elles cher­chaient à éveiller. À ouvrir. À pré­pa­rer. Les doigts de l’homme mys­té­rieux s’étaient enfon­cés un peu plus. Deux doigts main­te­nant, lents, patients, qui tour­naient, qui s’écartaient, qui lais­saient l’huile et son humi­di­té se mêler. Son mari, lui, avait glis­sé une main sous sa nuque et l’embrassait main­te­nant sur la bouche, très dou­ce­ment, comme pour lui don­ner le temps de s’habituer au goût de l’autre homme sur sa peau.

Elle ouvrit enfin les yeux.
Le regard de l’inconnu se posa sur le sien. Calme. Agréable. Toujours un peu mys­té­rieux. Il ne sou­rit pas. Il incli­na seule­ment la tête, comme pour lui deman­der une per­mis­sion plus pro­fonde. Elle eut un mou­ve­ment de lèvres. Un oui silen­cieux. Il se pen­cha alors et posa sa bouche sur le sein qu’il mas­sait. Sa langue goû­ta l’huile d’argan, la fleur d’oranger, la peau chaude. Elle fer­ma de nou­veau les yeux, mais cette fois ce fut de plai­sir.

Ils la firent se redres­ser un peu.
Elle se retrou­va à genoux sur les cous­sins, entre eux deux. La robe avait com­plè­te­ment dis­pa­ru. Il ne res­tait que l’huile qui brillait sur tout son corps sous la lumière des lan­ternes. Son mari se pla­ça devant elle. L’autre homme der­rière. Elle sen­tit les mains de l’inconnu glis­ser le long de son dos, des­cendre sur ses fesses, les écar­ter dou­ce­ment pen­dant que son mari lui cares­sait le visage.

Elle com­prit ce qu’on atten­dait d’elle.
Sa timi­di­té lui ser­ra encore la gorge un ins­tant. Puis elle se pen­cha en avant. Ses lèvres tou­chèrent d’abord le ventre de son mari, juste au-des­sus du tis­su encore en place. Elle sen­tit ses doigts dans ses che­veux, patients. Elle dénoua elle-même le pan­ta­lon. L’odeur de peau mas­cu­line se mêla à celle de l’huile. Elle prit son mari dans sa bouche avec une len­teur presque appli­quée, comme si elle vou­lait tout savou­rer. La fleur d’oranger était encore sur ses lèvres. L’argan avait un goût légè­re­ment noi­se­té qui se mélan­geait à lui.

Derrière elle, l’homme mys­té­rieux s’était age­nouillé.
Ses mains conti­nuaient de la cares­ser, de l’enduire, de pré­pa­rer. Elle sen­tit sa bouche se poser au bas de son dos, puis des­cendre. Sa langue la goû­ta, len­te­ment, pen­dant qu’elle conti­nuait à sucer son mari. Le contraste la fit gémir autour de la queue qu’elle avait dans la bouche. Deux hommes. Deux bouches. Deux paires de mains. Et cette odeur par­tout, obsé­dante, chaude, qui ren­dait tout plus réel et plus irréel à la fois.

Elle alter­na.
Elle se tour­na vers l’inconnu. Ses lèvres tou­chèrent d’abord le bas de son ventre, puis plus bas. Il était déjà dur. Elle le prit dans sa bouche avec la même len­teur, la même appli­ca­tion. L’huile d’argan avait cou­lé jusqu’ici aus­si. Elle goû­ta la dif­fé­rence. La tex­ture. La cha­leur. Les mains de son mari étaient main­te­nant sur ses seins, les mas­sant, les pin­çant légè­re­ment pen­dant qu’elle suçait l’autre homme. Elle fer­ma les yeux. Elle se lais­sa faire. Elle se lais­sa por­ter par les sen­sa­tions.

Le temps s’étira.
Elle pas­sa de l’un à l’autre plu­sieurs fois, tou­jours len­te­ment, tou­jours avec cette timi­di­té qui ne dis­pa­rais­sait pas com­plè­te­ment mais qui s’adoucissait. Les deux hommes se par­laient très peu. Quelques mots bas. Des encou­ra­ge­ments doux. Des regards. Elle les sen­tait se regar­der par-des­sus sa tête par­fois. Elle ne savait pas ce qu’ils se disaient. Elle ne vou­lait pas savoir. Elle vou­lait seule­ment sen­tir.

Quand ils la cou­chèrent de nou­veau sur le côté, elle ne résis­ta pas.
Son mari se pla­ça face à elle. L’autre homme der­rière. L’huile était par­tout. Sur ses cuisses, entre ses fesses, sur ses seins, dans ses che­veux. L’odeur de fleur d’oranger et d’argan était deve­nue le seul par­fum du monde. Son mari l’embrassa lon­gue­ment pen­dant que l’autre homme cares­sait l’intérieur de ses cuisses, pré­pa­rant encore, endui­sant encore.

Elle sen­tit la queue de son mari contre son sexe.
Il entra très len­te­ment. Centimètre par cen­ti­mètre. Elle était déjà ouverte, déjà humide, déjà prête. Pourtant elle eut un petit cri. De plai­sir. De trop-plein. Il s’arrêta une fois com­plè­te­ment enfon­cé, la lais­sant s’habituer, l’embrassant, lui cares­sant le visage. Derrière elle, l’homme mys­té­rieux atten­dait. Ses mains ne ces­saient pas de la tou­cher. Une sur sa hanche. L’autre sur son sein. Il embras­sait sa nuque, son épaule, le haut de son dos.

Puis elle sen­tit quelque chose de plus.
Un doigt d’abord. Enduit d’huile. Qui s’ajoutait à la queue de son mari. Qui s’enfonçait dou­ce­ment à côté. Elle retint son souffle. Son mari mur­mu­ra des mots doux contre sa bouche. L’autre homme res­ta patient. Le doigt devint deux. Puis il se reti­ra. Elle sen­tit alors la tête de sa queue se pres­ser contre elle, juste à côté de celle de son mari.

Elle eut un ins­tant de panique pure.
Trop. C’était trop.
Puis l’odeur de fleur d’oranger mon­ta de nou­veau, plus forte, comme pour la rap­pe­ler à l’ordre des sens. Les mains sur son corps. Les bouches. La cha­leur. Elle pous­sa légè­re­ment les hanches en arrière. Une per­mis­sion. Un oui.

Il entra.
Très len­te­ment. Millimètre par mil­li­mètre. L’huile ren­dait tout pos­sible. La double péné­tra­tion vagi­nale se fit sans vio­lence, sans pré­ci­pi­ta­tion. Juste une pres­sion gran­dis­sante, un éti­re­ment, une sen­sa­tion d’être rem­plie au-delà de ce qu’elle avait jamais ima­gi­né. Elle gémit. Longuement. Le visage enfoui contre l’épaule de son mari. L’autre homme embras­sait sa nuque, mur­mu­rait des mots qu’elle ne com­pre­nait pas, en fran­çais ou dans une autre langue, elle ne savait plus.

Ils res­tèrent immo­biles un long moment une fois com­plè­te­ment enfon­cés.
Le temps qu’elle s’habitue. Le temps que son corps accepte. Le temps que l’odeur de l’huile et de la fleur d’oranger mélange leurs trois peaux en une seule. Puis ils com­men­cèrent à bou­ger. Très len­te­ment. Alternativement d’abord. Puis ensemble. Des va-et-vient pro­fonds, mesu­rés, qui la fai­saient gémir à chaque mou­ve­ment.

Elle était prise entre eux.
Collée. Enveloppée. Regardée. Touchée.
Les mains ne ces­saient pas de la cares­ser. Les bouches non plus. L’huile brillait sur leurs corps mêlés. L’odeur était par­tout. Dans sa gorge. Dans ses pou­mons. Dans son sexe. Elle eut l’impression de fondre. De n’être plus qu’une sen­sa­tion pure, timide et offerte à la fois.

Les mou­ve­ments s’amplifièrent un peu.
Pas beau­coup. Juste assez pour que le plai­sir monte en vague lente. Elle sen­tit son orgasme appro­cher comme une marée. Inéluctable. Elle s’y aban­don­na sans com­battre. Le cri qui lui sor­tit de la gorge fut étouf­fé contre la peau de son mari. Son corps se contrac­ta autour des deux queues qui la péné­traient. Les deux hommes ralen­tirent encore, la lais­sant jouir com­plè­te­ment, la cares­sant, l’embrassant, l’accompagnant jusqu’au bout du trem­ble­ment.

Quand elle redes­cen­dit, ils étaient tou­jours en elle.
Toujours immo­biles. Toujours patients.
L’homme mys­té­rieux embras­sa une der­nière fois sa nuque. Son mari lui cares­sait les che­veux. L’huile d’argan et la fleur d’oranger avaient tout impré­gné. Le patio. Les cous­sins. Leur peau. Leur souffle.

Elle ouvrit les yeux.
Le regard de l’inconnu se posa de nou­veau sur le sien. Calme. Agréable. Un peu mys­té­rieux. Il sou­rit cette fois. Un sou­rire infime. Puis il se reti­ra très len­te­ment, la lais­sant un ins­tant vide avant que son mari ne bouge à son tour.

Elle res­ta allon­gée entre eux, trem­blante, par­fu­mée, offerte.
Le silence du riad était reve­nu. Plus dense. Plus intime.
Elle savait que ce n’était pas fini. Elle le sen­tait dans la dure­té qui per­sis­tait contre sa cuisse. Dans les mains qui recom­men­çaient déjà à la cares­ser. Dans l’odeur qui n’avait jamais été aus­si forte.

Mais pour l’instant, elle fer­ma les yeux.
Et elle se lais­sa sim­ple­ment exis­ter entre leurs deux corps.

**********

Ils res­tèrent long­temps ain­si, allon­gés sur les grands cous­sins du patio.
Le silence n’était plus le même. Il s’était alour­di, deve­nu presque tan­gible, tis­sé d’odeurs et de souffles. L’huile d’argan avait séché par endroits, for­mant une fine pel­li­cule sati­née sur leur peau, mais dès que l’un d’eux bou­geait, elle se réveillait, rede­ve­nait glis­sante, et l’odeur de fleur d’oranger mon­tait de nou­veau, plus chaude, plus intime, comme si la nuit elle-même l’avait fait sienne.

Elle était allon­gée sur le côté, face à son mari.
L’homme mys­té­rieux était col­lé dans son dos, une jambe pas­sée par-des­sus la sienne, une main posée à plat sur son ventre. Elle sen­tait encore en elle l’écho de la double péné­tra­tion, une sen­si­bi­li­té douce, une ouver­ture qui ne s’était pas refer­mée. Son corps était lourd, aban­don­né, et pour­tant déjà quelque chose recom­men­çait à bou­ger en elle. Une cha­leur basse. Un besoin vague et pré­cis à la fois.

Les doigts de l’inconnu bou­gèrent les pre­miers.
Très len­te­ment. Ils glis­sèrent sur son ventre, remon­tèrent jusqu’à ses seins, les effleu­rèrent, redes­cen­dirent. L’huile avait lais­sé sa peau hyper­sen­sible. Chaque pas­sage de doigt était une caresse et une brû­lure en même temps. Son mari, face à elle, l’observait. Il lui cares­sait la joue du dos de la main, puis les lèvres, puis le men­ton. Il ne par­lait pas. Il n’en avait pas besoin. Son regard disait tout : la ten­dresse, le désir renais­sant, la fier­té tran­quille de la voir ain­si offerte.

Elle fer­ma les yeux un ins­tant.
L’odeur était par­tout. Dans ses che­veux, sur sa peau, entre ses cuisses, dans l’air qu’elle res­pi­rait. Fleur d’oranger et argan. Une odeur qui avait ces­sé d’être un par­fum pour deve­nir une pré­sence. Elle la sen­tait même quand elle fer­mait la bouche. Elle la goû­tait.

La main de l’homme mys­té­rieux des­cen­dit plus bas.
Elle tra­ver­sa le bas-ventre, s’attarda un moment sur le mont de Vénus, puis conti­nua. Ses doigts trou­vèrent son sexe encore gon­flé, encore humide, encore ouvert. Il ne péné­tra pas tout de suite. Il se conten­ta de glis­ser l’index le long de la fente, de haut en bas, de bas en haut, en endui­sant de nou­veau d’huile ce qui n’en avait presque plus besoin. Elle eut un fris­son. Un vrai. Qui par­tit du bas du dos et remon­ta jusqu’à la nuque.

Son mari se rap­pro­cha.
Il l’embrassa. Lentement. Profondément. Sa langue entra dans sa bouche en même temps que les doigts de l’autre homme entraient en elle. Deux. Puis trois. Lents. Patients. Elle gémit dans la bouche de son mari. Le son fut étouf­fé, intime. L’homme mys­té­rieux pen­cha la tête et posa ses lèvres sur la nuque qu’il avait déjà tant embras­sée. Il mur­mu­ra quelque chose contre sa peau. Elle ne com­prit pas les mots. Elle com­prit seule­ment le souffle chaud et la pro­messe.

Ils la firent se retour­ner.
Elle se retrou­va sur le dos, les genoux légè­re­ment rele­vés. Les deux hommes s’agenouillèrent de chaque côté d’elle. L’huile fut de nou­veau ver­sée. Sur ses seins. Sur son ventre. Entre ses cuisses. L’odeur mon­ta en une vague presque écoeu­rante de dou­ceur. Elle ouvrit les yeux. Elle les regar­da tous les deux. Son mari, fami­lier, tendre. L’inconnu, calme, agréable, tou­jours un peu mys­té­rieux. Leurs regards se croi­sèrent au-des­sus d’elle. Quelque chose pas­sa entre eux. Une entente silen­cieuse.

Son mari se pen­cha le pre­mier et prit un sein dans sa bouche.
L’autre homme prit le second.
Deux bouches. Deux langues. Deux façons dif­fé­rentes de goû­ter l’huile et sa peau. Elle arqua le dos. Ses mains trou­vèrent leurs che­veux, s’y agrip­pèrent sans force. Plus bas, les doigts conti­nuaient. Ceux de l’inconnu d’abord, puis ceux de son mari qui les rejoi­gnirent. Elle eut l’impression d’être ouverte par quatre mains à la fois. L’huile et son désir ren­daient tout pos­sible.

Elle les sen­tit se dépla­cer.
Son mari glis­sa plus bas. Sa bouche quit­ta le sein, des­cen­dit le long du ventre, s’arrêta un ins­tant sur le nom­bril, puis conti­nua. Elle com­prit. Elle écar­ta un peu plus les cuisses. Sa langue la trou­va. Chaude. Lente. Précise. En même temps, l’homme mys­té­rieux se redres­sa et por­ta sa queue à ses lèvres. Elle l’accueillit sans hési­ter cette fois. Elle le prit pro­fon­dé­ment, les yeux mi-clos, pen­dant que son mari la léchait avec une appli­ca­tion presque dévote.

Le contraste la fit gémir autour de la queue.
La dou­ceur de la langue entre ses cuisses. La dure­té dans sa bouche. L’odeur de fleur d’oranger qui mon­tait à chaque mou­ve­ment. Les mains qui ne ces­saient de la cares­ser : sur les seins, sur les hanches, sur les cuisses. Elle se sen­tait regar­dée, tou­chée, goû­tée de toutes parts. Sa timi­di­té était encore là, quelque part, mais elle n’avait plus de pou­voir. Elle n’était plus qu’un corps ouvert, par­fu­mé, offert.

Ils chan­gèrent de nou­veau.
L’homme mys­té­rieux s’allongea sur le dos. Elle le che­vau­cha sans qu’on le lui demande. Elle s’abaissa sur lui avec une len­teur qui la fit trem­bler. L’huile et son humi­di­té ren­dirent la péné­tra­tion presque trop facile. Elle le prit jusqu’à la garde. Puis elle sen­tit son mari se pla­cer der­rière elle. Une main sur sa hanche. L’autre qui gui­dait. Elle sut ce qui allait se pas­ser. Elle eut un ins­tant de ver­tige. Puis elle pous­sa légè­re­ment les hanches en arrière.

Il entra.
Centimètre par cen­ti­mètre.
La double péné­tra­tion vagi­nale se refit, plus pro­fonde, plus intime encore que la pre­mière fois. Elle était mieux pré­pa­rée. Son corps se sou­ve­nait. Pourtant l’étirement fut intense. Un gémis­se­ment long, rauque, lui sor­tit de la gorge. Elle se pen­cha en avant, les mains posées sur la poi­trine de l’inconnu, le visage enfoui dans son cou. Son mari s’enfonça com­plè­te­ment. Ils res­tèrent immo­biles un long moment, tous les trois liés, col­lés, res­pi­rant la même odeur.

Puis le mou­ve­ment reprit.
Lent. Profond. Inexorable.
Les deux queues glis­saient en elle, l’une contre l’autre, sépa­rées seule­ment par une fine mem­brane de chair et d’huile. Chaque va-et-vient la fai­sait gémir. Chaque retrait la lais­sait vide un ins­tant avant que la pro­chaine pous­sée ne la rem­plisse de nou­veau. Les mains de l’inconnu tenaient son visage. Il l’embrassait. Son mari embras­sait son dos, ses épaules, le creux de ses reins. L’huile brillait sur leurs peaux sous la lumière des lan­ternes. L’odeur de fleur d’oranger était deve­nue le seul air qu’ils res­pi­raient.

Elle jouit une pre­mière fois ain­si.
Un orgasme long, sourd, qui par­tit du fond d’elle et remon­ta en vague jusqu’à sa gorge. Elle cria contre la peau de l’inconnu. Les deux hommes ralen­tirent pour l’accompagner, puis reprirent, plus pro­fonds encore. Un deuxième orgasme la prit presque immé­dia­te­ment. Puis un troi­sième. Son corps ne savait plus s’arrêter. Il se contrac­tait, se relâ­chait, se contrac­tait de nou­veau autour des deux queues qui la péné­traient sans relâche.

Elle enten­dit l’homme mys­té­rieux gémir.
Un son grave, rete­nu, qui vibra contre sa poi­trine. Elle sen­tit sa queue pal­pi­ter en elle. Il se retint. À peine. Son mari, der­rière, mur­mu­ra son pré­nom une fois, deux fois, puis s’enfonça jusqu’à la garde et jouit à son tour. Elle sen­tit la cha­leur les enva­hir tous les trois. L’huile, le sperme, son propre désir se mêlèrent. L’odeur chan­gea légè­re­ment, devint plus ani­male, plus dense, tout en gar­dant la note sucrée de la fleur d’oranger.

Ils res­tèrent liés encore long­temps.
Immobiles. Tremblants. Collés.
Quand ils se reti­rèrent enfin, ce fut avec une len­teur extrême, comme s’ils regret­taient déjà de la quit­ter. Elle s’effondra entre eux. Les deux hommes s’allongèrent de chaque côté. Les mains reprirent leur caresse, plus douces, plus tendres. Des doigts qui tra­çaient des ara­besques dans l’huile encore chaude. Des lèvres qui se posaient sur ses épaules, ses seins, son ventre.

Elle rou­vrit les yeux.
Le regard de l’inconnu était là. Calme. Agréable. Un peu mys­té­rieux. Mais il y avait main­te­nant une cha­leur nou­velle, une recon­nais­sance silen­cieuse. Il lui cares­sa la joue. Elle tour­na la tête et posa ses lèvres sur sa paume. Un bai­ser minus­cule. Timide. Offert.

Son mari l’embrassa sur le front.
L’odeur de fleur d’oranger et d’argan flot­tait tou­jours, plus intime que jamais.
La nuit n’était pas finie.
Mais pour l’instant, elle se conten­ta de fer­mer les yeux et de se lais­ser exis­ter entre leurs deux corps, par­fu­mée, ouverte, et pour la pre­mière fois depuis long­temps, com­plè­te­ment dési­rée.

Auteur.e de l'histoire : Himéros

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