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Souvenir du festival de musique africaine

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La nuit d’été était tiède, lourde d’humidité et de pous­sière fine sou­le­vée par des cen­taines de pieds. Les per­cus­sions réson­naient jusque dans la terre, une vibra­tion sourde qui mon­tait le long de mes mol­lets, tra­ver­sait mes cuisses et venait se loger bas dans mon ventre. Chaque frappe de djem­bé, chaque cla­que­ment de caisse claire, chaque riff de basse des îles se pro­pa­geait en ondes chaudes sous ma jupe afri­caine courte. Le tis­su impri­mé, léger, col­lait déjà un peu à mes hanches à cause de la sueur. Je n’avais pas de culotte. Mon mari m’avait regar­dée ce matin-là, les yeux brillants, et m’avait sim­ple­ment dit que ce serait plus fun ain­si. J’avais accep­té. Maintenant, chaque mou­ve­ment de danse me rap­pe­lait ce choix : l’air chaud glis­sait entre mes cuisses, cares­sait la peau sen­sible de mon sexe, et je sen­tais la moindre brise, la moindre fric­tion du tis­su contre mon mont de Vénus.

J’avais qua­rante ans. Un corps un peu rond, des hanches géné­reuses, une poi­trine lourde qui pesait dans le petit haut léger et décol­le­té. Mes che­veux bruns col­laient par endroits à ma nuque. Je n’étais plus la jeune fille fine d’autrefois, mais ce soir je me sen­tais sen­suelle, offerte d’une façon dif­fé­rente. Mon mari se tenait un peu en retrait, trois ou quatre mètres der­rière moi, une bière à la main. Je le sen­tais. Je savais qu’il me regar­dait. Cette conscience me brû­lait le bas du ventre plus fort que la musique.

Je dan­sais. Les pieds nus sur l’herbe pié­ti­née, les orteils s’enfonçant par­fois dans la terre tiède. Les hanches rou­laient d’elles-mêmes, gui­dées par les per­cus­sions. Le tis­su de la jupe se sou­le­vait à chaque mou­ve­ment plus ample, lais­sant l’air tou­cher mon sexe nu. Une goutte de sueur cou­la entre mes seins et dis­pa­rut dans le décol­le­té. Autour de moi, la foule ondu­lait : corps col­lés, rires, odeurs de peau chaude, de bière ren­ver­sée, d’herbe cou­pée et de fumée de grillades loin­taines. Les lumières des stands colo­rés cli­gno­taient au loin, rouge, jaune, vert, et jetaient des reflets chan­geants sur les visages.

Un homme s’approcha.

Il devait avoir trente-cinq ans. Musclé, bien fou­tu, la peau mate lui­sante de sueur. Il ne par­la pas. Il entra sim­ple­ment dans mon espace, se pla­ça face à moi, et com­men­ça à dan­ser. Ses épaules larges bou­geaient avec une pré­ci­sion fluide. Ses hanches sui­vaient le rythme des per­cus­sions avec une aisance ani­male. Nos regards se croi­sèrent un ins­tant. Les siens étaient sombres, directs, sans agres­si­vi­té mais sans hési­ta­tion non plus. Il sou­rit à peine, un pli au coin de la bouche, et se rap­pro­cha d’un pas.

Je pen­sai à mon mari. Je tour­nai légè­re­ment la tête. Il était tou­jours là, un peu en retrait, le regard fixé sur moi. Il ne bou­gea pas. Il ne fit aucun signe de désap­pro­ba­tion. Au contraire, je vis ses épaules se détendre, et quelque chose dans la façon dont il tenait sa bière me dit qu’il était déjà exci­té. Cette per­mis­sion silen­cieuse me tra­ver­sa comme une décharge. Mon sexe se contrac­ta dou­ce­ment, une cha­leur humide s’y répan­dit. Je me retour­nai vers l’inconnu et lais­sai mon corps répondre.

Nous dan­sâmes d’abord à une dis­tance cor­recte. Puis les per­cus­sions s’intensifièrent, un solo de djem­bé qui fit vibrer l’air. L’homme se rap­pro­cha. Ses doigts effleu­rèrent ma hanche gauche, juste au-des­sus de la jupe. Le contact fut bref, presque acci­den­tel, mais je le sen­tis comme une brû­lure. Ma peau se héris­sa. Je ne recu­lai pas. Au contraire, mes hanches conti­nuèrent leur mou­ve­ment, un peu plus amples, un peu plus proches des siennes. Sa main revint, plus franche cette fois, se posa à plat sur ma hanche. Ses doigts étaient chauds, un peu rudes. Il me gui­da dans le rythme, me fit pivo­ter légè­re­ment. Mon dos se trou­va presque contre son torse. Je sen­tis la cha­leur de son corps à tra­vers le tis­su fin de mon haut. Son souffle tou­cha mon oreille.

La musique ne s’arrêtait pas. Les vibra­tions remon­taient du sol, tra­ver­saient mes pieds nus, mon bas-ventre, mon sexe nu. Chaque bat­te­ment sem­blait frap­per direc­te­ment contre mon cli­to­ris. Je res­pi­rais plus fort. L’odeur de l’homme me par­vint : sueur propre, un peu de savon, quelque chose de mas­cu­lin et de chaud. Sa main glis­sa de ma hanche vers le bas de mon dos, s’y posa, les doigts écar­tés. Il me col­la un peu plus contre lui. Je sen­tis alors la dure­té de son sexe contre le haut de ma fesse, à tra­vers son pan­ta­lon. Un choc me par­cou­rut. Mon ventre se contrac­ta. Je pen­sai encore à mon mari, mais cette fois la pen­sée ne me retint pas. Elle m’excita davan­tage. Il était là. Il voyait. Il vou­lait que je conti­nue.

Je me lais­sai aller.

Mes hanches s’appuyèrent plus fran­che­ment contre lui. Le tis­su de ma jupe se sou­le­va un ins­tant sous le mou­ve­ment, et l’air chaud tou­cha mon sexe expo­sé. Une goutte de désir cou­la le long de ma cuisse interne. Je la sen­tis dis­tinc­te­ment, tiède, glis­sante. L’homme le sen­tit peut-être aus­si, ou il le devi­na, car sa main sur mon dos se cris­pa légè­re­ment. Il bais­sa la tête. Ses lèvres frô­lèrent mon épaule nue. Pas un bai­ser. Juste un contact, chaud, humide. Un fris­son me par­cou­rut l’échine, de la nuque jusqu’au bas du dos. Mes seins, lourds dans le petit haut, se ten­dirent. Mes tétons dur­cirent contre le tis­su fin.

Nous dan­sions main­te­nant col­lés. Son torse contre mon dos, ses hanches calées contre les miennes. Ses deux mains étaient sur moi : une sur mon ventre, juste sous mes seins, l’autre tou­jours sur ma hanche. La main sur mon ventre était large, chaude. Ses doigts s’écartèrent un peu, effleu­rèrent le bord infé­rieur de mon haut. Je sen­tis l’air sur la peau de mon ventre. Mon cœur bat­tait fort, mais ce n’était plus seule­ment de la peur. C’était une exci­ta­tion sourde, pro­fonde, qui fai­sait battre mon sexe au même rythme que les per­cus­sions.

Je jetai un regard par-des­sus mon épaule. Mon mari était tou­jours là. Il avait avan­cé d’un pas. Ses yeux étaient fixés sur la main de l’inconnu posée sur mon ventre. Il ne sou­rit pas. Il ne fron­ça pas non plus les sour­cils. Il bu sim­ple­ment une gor­gée de sa bière, et son regard me dit tout : conti­nue. Je me sen­tis libre d’un coup, comme si une porte s’était ouverte en moi. La honte était encore là, tiède, mais elle se mélan­geait à quelque chose de plus fort, de plus affa­mé.

L’homme der­rière moi bais­sa un peu plus la tête. Sa bouche tou­cha le creux de mon cou. Cette fois ce fut un vrai contact, ses lèvres chaudes, légè­re­ment entrou­vertes. Sa langue effleu­ra ma peau. Un gémis­se­ment me mon­ta dans la gorge. Je le retins, mais mon corps ne put men­tir. Mes hanches rou­lèrent plus fort contre lui. Je sen­tis son sexe dur s’appuyer plus net­te­ment contre moi, à tra­vers les tis­sus. Il était épais. La conscience de cette dure­té me fit contrac­ter mon sexe de façon presque dou­lou­reuse. L’humidité entre mes cuisses aug­men­ta. Je savais que si quelqu’un regar­dait de près, il ver­rait peut-être l’éclat humide sur la peau interne de mes cuisses, sous le bord de la jupe courte.

La foule autour de nous conti­nuait de dan­ser, indif­fé­rente ou com­plice. Personne ne sem­blait faire atten­tion. Ou peut-être que si. Une femme pas­sa près de nous, nous jeta un regard, sou­rit en coin, et conti­nua. Le risque d’être vus ajou­tait une couche sup­plé­men­taire à l’excitation. Mon mari était là. L’inconnu était col­lé à moi. Et moi, jupes courte, sans culotte, pieds nus, je me frot­tais len­te­ment contre un homme que je ne connais­sais pas.

Sa main sur mon ventre glis­sa un peu plus bas. Les doigts s’enfoncèrent sous le tis­su de la jupe, juste au-des­sus de mon pubis. Pas encore entre mes cuisses. Juste là, sur la peau chaude, les poils fins. Je retins mon souffle. Mon mari voyait-il ? Oui. Je le sen­tais. La main de l’inconnu res­ta un moment ain­si, appuyée, comme s’il atten­dait mon accord. Je ne dis rien. Je pous­sai sim­ple­ment mon bas­sin en arrière, contre son sexe dur. Ce fut mon oui.

Ses doigts des­cen­dirent.

Ils tou­chèrent mon sexe nu. Le contact fut élec­trique. Deux doigts glis­sèrent le long de ma fente déjà humide, s’écartèrent un peu les lèvres, trou­vèrent mon cli­to­ris gon­flé. Je tres­saillis vio­lem­ment. Un gémis­se­ment s’échappa de ma bouche, cou­vert par les per­cus­sions. L’homme der­rière moi gro­gna dou­ce­ment contre mon oreille. Ses doigts com­men­cèrent à bou­ger, lents, appuyés, cir­cu­laires. Chaque mou­ve­ment envoyait une vague de plai­sir dans mon bas-ventre. Mes genoux trem­blèrent. Je dus m’appuyer davan­tage contre lui pour ne pas fai­blir.

La musique bat­tait. Les vibra­tions du sol mon­taient en moi, se mêlaient aux mou­ve­ments de ses doigts. Je n’étais plus seule­ment en train de dan­ser. J’étais en train d’être tou­chée, en public, sous le regard de mon mari. La honte me brû­la les joues, mais mon sexe s’ouvrit davan­tage sous ses doigts. Il trou­va mon entrée, y fit glis­ser un doigt jusqu’à la pre­mière pha­lange. Je fus si mouillée que ça entra sans résis­tance. Un second doigt le rejoi­gnit. Il me péné­tra len­te­ment, pro­fon­dé­ment, pen­dant que son pouce conti­nuait de tra­vailler mon cli­to­ris.

Mes yeux se fer­mèrent un ins­tant. Quand je les rou­vris, je cher­chai mon mari. Il avait encore avan­cé. Il se tenait main­te­nant assez près pour voir clai­re­ment ce qui se pas­sait. Sa main libre était glis­sée dans la poche de son pan­ta­lon. Je vis la ten­sion de son bras. Il était dur. Il jouis­sait de me voir ain­si. Cette cer­ti­tude me libé­ra com­plè­te­ment. Je lais­sai ma tête repo­ser contre l’épaule de l’inconnu. Mes hanches bou­gèrent d’elles-mêmes, ren­con­trant les va-et-vient de ses doigts. Le tis­su de ma jupe était rele­vé main­te­nant, coin­cé entre nos corps. N’importe qui qui aurait regar­dé de près aurait vu la main de l’homme entre mes cuisses, mes lèvres ouvertes autour de ses doigts, l’humidité qui brillait sur sa peau.

Il me doig­ta avec une pré­ci­sion lente, presque cruelle. Ses doigts s’enfonçaient, se reti­raient, s’enfonçaient à nou­veau, tan­dis que son pouce tra­çait des cercles sur mon cli­to­ris. Le plai­sir mon­tait par vagues. Mon ventre se contrac­tait. Mes seins lourds se sou­le­vaient à chaque res­pi­ra­tion plus courte. Une goutte de sueur cou­la le long de ma colonne ver­té­brale. L’odeur de mon propre désir mon­tait, mêlée à celle de sa sueur et à l’odeur d’herbe et de pous­sière du fes­ti­val.

Je gémis­sais main­te­nant, de petits sons aigus que la musique cou­vrait à moi­tié. L’homme der­rière moi mur­mu­ra quelque chose contre mon oreille, un mot que je ne com­pris pas, mais dont le ton était clair. Ses doigts s’enfoncèrent plus fort. Je sen­tis mes parois se contrac­ter autour d’eux. Le bord de l’orgasme appro­chait, mais je ne vou­lais pas encore. Pas ici. Pas comme ça. Ou peut-être si.

Mon mari fit un pas de plus. Il était main­te­nant tout près. Ses yeux croi­saient les miens. Il ne dit rien. Il se conten­ta de me regar­der, et dans ce regard il y avait toute l’excitation, toute la per­mis­sion, tout l’amour tor­du et brû­lant de ce moment. Je me sen­tis offerte. Pas tra­hie. Offerte. Et cette pen­sée me fit jouir presque.

Les doigts de l’inconnu s’arrêtèrent sou­dain. Il les reti­ra len­te­ment. Je sen­tis le vide, l’air sur mon sexe ouvert et trem­pé. Il rele­va ma jupe d’une main et la lais­sa retom­ber, comme pour me cou­vrir à moi­tié. Puis il se col­la à nou­veau contre moi, son sexe dur pres­sé contre ma fesse, et reprit la danse comme si de rien n’était. Ses mains revinrent sur mes hanches, res­pec­tables en appa­rence. Mais je trem­blais. Mon sexe bat­tait, ouvert, affa­mé, et chaque mou­ve­ment de danse frot­tait mon cli­to­ris contre rien, contre l’air, contre le sou­ve­nir de ses doigts.

La musique chan­gea. Un rythme plus lent, plus rou­lant, des per­cus­sions pro­fondes qui vibraient dans les os. L’inconnu me fit tour­ner pour me faire face. Nos corps res­tèrent col­lés. Je sen­tis son sexe dur contre mon ventre. Ses mains glis­sèrent le long de mon dos, puis plus bas, sous le bord de ma jupe, et s’emparèrent de mes fesses nues. Il les pétrit, les écar­tant légè­re­ment. L’air tou­cha mon anus, mon entrée encore humide. Je fré­mis. Ses doigts s’aventurèrent dans le sillon, remon­tèrent, trou­vèrent mon sexe par-der­rière, y glis­sèrent à nou­veau deux doigts. Il me péné­tra ain­si, face à face, pen­dant que nous fei­gnions encore de dan­ser.

Je posai mon front contre son épaule. Mes mains s’accrochèrent à ses biceps durs. Je sen­tais les muscles rou­ler sous ma paume. Il me doig­ta avec plus d’insistance main­te­nant, les doigts cour­bés, cher­chant ce point en moi qui fai­sait voir des étoiles. Je gémis­sais contre son t‑shirt. La foule était tou­jours là, trop près, trop indif­fé­rente. Mon mari était juste à côté. Je le sen­tais. Je savais qu’il voyait la façon dont mon visage se cris­pait, dont mes hanches se pres­saient contre la main de l’inconnu.

Le plai­sir mon­ta d’un cran. Mes jambes trem­blaient. Une ten­sion ter­rible s’accumulait dans mon bas-ventre. Je grif­fai un peu les bras de l’homme. Il accé­lé­ra le mou­ve­ment de ses doigts. Le bruit humide de ma chatte se mélan­geait aux per­cus­sions. J’étais trem­pée. Ses doigts glis­saient faci­le­ment, entraient pro­fond, res­sor­taient brillants. Mon cli­to­ris frot­tait contre le tis­su de son pan­ta­lon à chaque mou­ve­ment de hanches. C’était trop. C’était exac­te­ment ce qu’il fal­lait.

Je jouis­sais.

L’orgasme me frap­pa sans pré­ve­nir, violent, long. Mes parois se contrac­tèrent fort autour de ses doigts. Un cri s’étrangla dans ma gorge. Mes genoux flé­chirent. Il me tint, une main tou­jours enfouie entre mes cuisses, l’autre autour de ma taille. Les vagues se suc­cé­dèrent. Je sen­tis mon jus cou­ler le long de ses doigts, le long de ma cuisse. L’odeur de mon orgasme mon­ta entre nous, forte, indé­niable. Quand les contrac­tions s’apaisèrent enfin, il reti­ra len­te­ment ses doigts. Je les vis un ins­tant, brillants, avant qu’il ne les porte à sa bouche et les lèche sous mes yeux.

Mon mari était là. Tout près. Son regard était brû­lant. Il avait une main sur son propre sexe, à tra­vers le pan­ta­lon. Il n’avait pas tou­ché l’inconnu. Il n’avait pas encore tou­ché. Mais son exci­ta­tion était évi­dente. Et moi, encore trem­blante, le sexe bat­tant, la jupe à moi­tié rele­vée, je me sen­tais à la fois vidée et plus affa­mée que jamais.

L’inconnu me regar­da. Puis il regar­da mon mari. Un silence pas­sa entre les trois, char­gé, élec­trique. La musique conti­nuait. Les per­cus­sions bat­taient. La nuit était tom­bée tout à fait. Les lumières des stands cli­gno­taient au loin. L’odeur de l’herbe, de la sueur, de mon désir, flot­tait autour de nous.

L’homme se pen­cha vers mon oreille.

— Il y a un endroit un peu plus calme, der­rière les stands. Ou plus loin, vers les arbres.

Je tour­nai la tête vers mon mari. Il me regar­da. Puis il hocha la tête, une seule fois, len­te­ment. Ses yeux disaient : vas‑y. Je t’accompagne.

Mon cœur bat­tit plus fort. La liber­té que j’avais goû­tée dans la foule n’était qu’un début. Je sen­tais encore les doigts de l’inconnu en moi, le fan­tôme de son tou­cher. Mon sexe était ouvert, humide, prêt. Et mon mari allait nous suivre.

Je pris la main de l’inconnu. Ses doigts se refer­mèrent sur les miens, encore un peu col­lants de moi. Nous com­men­cions à nous frayer un che­min à tra­vers la foule dan­sante. Mon mari mar­chait juste der­rière. Je sen­tais son regard sur mon dos, sur mes hanches qui ondu­laient encore au rythme des per­cus­sions, sur la façon dont ma jupe col­lait par endroits à ma peau humide.

La nuit d’été nous enve­lop­pait. Les vibra­tions de la musique dimi­nuaient un peu à mesure que nous nous éloi­gnions du centre de la foule, mais elles res­taient pré­sentes, comme un cœur qui bat­tait sous la terre. Devant nous, les lumières des stands lais­saient place à des zones plus sombres. Derrière, mon mari sui­vait.

Et moi, qua­rante ans, un peu ronde, brune, sen­suelle, sans culotte, le sexe encore bat­tant de mon pre­mier orgasme public, je me lais­sais emme­ner.

******

Nous avan­cions entre les corps encore en mou­ve­ment. La foule s’éclaircissait peu à peu. Les per­cus­sions res­taient pré­sentes, sourdes, comme un pouls loin­tain qui vibrait encore sous mes pieds nus. Chaque pas fai­sait remon­ter une onde tiède le long de mes mol­lets, de mes cuisses, jusqu’à mon sexe encore sen­sible, ouvert, humide de l’orgasme qu’il m’avait don­né au milieu des dan­seurs. Le tis­su de ma jupe afri­caine col­lait par endroits à mes fesses et au haut de mes cuisses. Je sen­tais le fil de désir qui avait cou­lé plus tôt sécher len­te­ment sur ma peau, une trace légère, col­lante, que l’air de la nuit rafraî­chis­sait par ins­tants.

La main de l’inconnu tenait la mienne. Ses doigts étaient larges, chauds, encore un peu humides de moi. Il ne ser­rait pas trop fort. Juste assez pour me gui­der. Derrière nous, je sen­tais la pré­sence de mon mari. Je n’avais pas besoin de me retour­ner. Son regard pesait entre mes omo­plates, des­cen­dait le long de mon dos, s’arrêtait sur le balan­ce­ment de mes hanches. Cette conscience me main­te­nait dans un état de ten­sion constante. Mon sexe bat­tait dou­ce­ment, comme s’il n’avait pas fini de jouir. Chaque pas écar­tait un peu mes lèvres. L’air pas­sait entre elles. Je n’avais tou­jours pas de culotte. Mon mari l’avait vou­lu ain­si. Et main­te­nant il mar­chait der­rière moi pen­dant qu’un autre homme me menait vers l’ombre.

Nous lais­sâmes der­rière nous le cœur du fes­ti­val. Les lumières colo­rées des stands devinrent plus dif­fuses. L’odeur chan­gea aus­si : moins de bière ren­ver­sée et de grillades, davan­tage d’herbe écra­sée, de terre tiède, de feuillage. Un petit che­min bor­dé de caisses vides et de géné­ra­teurs qui ron­ron­naient nous mena vers l’arrière des stands. Là, la pénombre était plus dense. On enten­dait encore la musique, mais elle arri­vait par vagues, fil­trée par les struc­tures en bois et les bâches. Des rires loin­tains. Un éclat de voix. Puis le silence rela­tif de la nuit d’été, troué seule­ment par les insectes et le souffle du vent dans les feuilles.

L’inconnu s’arrêta près d’un grand chêne dont les branches basses for­maient une sorte d’alcôve natu­relle. L’herbe y était plus haute, moins pié­ti­née. L’odeur de sève et de terre humide mon­tait. Il se tour­na vers moi. Son visage n’était plus qu’ombres et reflets loin­tains des lumières du fes­ti­val. Je vis briller ses yeux. Il ne deman­da rien. Il posa sim­ple­ment ses deux mains sur mes hanches et m’attira contre lui.

Le contact de son torse contre mes seins me arra­cha un souffle. Mes tétons, déjà durs, frot­tèrent contre le tis­su de mon petit haut décol­le­té. Sa bouche trou­va la mienne. Le bai­ser ne fut pas tendre. Il fut pro­fond, immé­diat, sa langue s’avançant dès que mes lèvres s’ouvrirent. Je goû­tai un mélange de bière et de quelque chose de plus per­son­nel, plus chaud. Ses mains glis­sèrent de mes hanches à mes fesses, s’y enfon­cèrent, rele­vèrent le tis­su de la jupe. L’air de la nuit tou­cha ma peau nue. Je fré­mis. Derrière moi, je sen­tis mon mari s’approcher. Il ne dit rien. Il s’adossa sim­ple­ment contre le tronc de l’arbre, à deux mètres de nous, et regar­da.

L’inconnu bri­sa le bai­ser. Ses lèvres des­cen­dirent le long de ma mâchoire, de mon cou. Il tira un peu sur mon haut. Un de mes seins se libé­ra, lourd, chaud. Sa bouche s’en empa­ra. Il suça mon téton avec une force pré­cise, sa langue tour­nant autour, puis le pin­çant légè­re­ment entre ses dents. Une décharge me par­cou­rut jusqu’au bas-ventre. Je posai une main dans ses che­veux courts, l’autre s’accrocha à son épaule. Mon sexe se contrac­ta dans le vide. Je sen­tais mon humi­di­té cou­ler à nou­veau, lente, tiède, le long de la face interne de ma cuisse.

Il rele­va la tête. Ses yeux cher­chèrent les miens, puis glis­sèrent vers mon mari. Un ins­tant de silence. Puis il me tour­na dou­ce­ment, de façon à ce que mon dos soit contre son torse et que je fasse face à mon mari. Ses mains remon­tèrent sous mon haut, s’emparèrent de mes deux seins, les pétrirent, les sou­le­vèrent, les offrirent en quelque sorte au regard de mon mari. Ses pouces jouèrent avec mes tétons durs. Je gémis. Mon mari ne bou­gea pas. Mais je vis sa main droite des­cendre et s’appuyer contre la bosse évi­dente de son pan­ta­lon. Il était dur. Très dur. Et il regar­dait.

L’inconnu mur­mu­ra contre mon oreille, sa voix grave, un peu rauque :

— Regarde-le pen­dant que je te touche.

Ses doigts quit­tèrent un de mes seins, des­cen­dirent le long de mon ventre, s’enfoncèrent sous la jupe. Ils trou­vèrent mon sexe sans hési­ter. Je n’étais qu’humidité et cha­leur. Deux doigts glis­sèrent entre mes lèvres, les écar­tèrent, remon­tèrent jusqu’à mon cli­to­ris encore sen­sible. Je tres­saillis. Il com­men­ça à me cares­ser len­te­ment, des cercles appuyés, pen­dant que son autre main conti­nuait de malaxer mon sein. Mon bas­sin bou­gea mal­gré moi. Je m’appuyai contre lui. Son sexe dur pres­sait contre le creux de mes reins, épais, exi­geant, même à tra­vers le tis­su.

Mon mari nous obser­vait. Ses yeux allaient de ma poi­trine offerte aux doigts qui bou­geaient sous ma jupe. Je voyais sa res­pi­ra­tion s’accélérer. Cette vision m’excita presque autant que le tou­cher. La honte était encore là, tiède, mais elle se trans­for­mait en quelque chose d’autre : une exci­ta­tion plus pro­fonde, plus sale, plus libre. Je n’étais plus seule­ment la femme de mon mari. J’étais celle qu’il regar­dait se faire tou­cher. Et sous ce regard, je me sen­tais plus mouillée que jamais.

Les doigts de l’inconnu s’enfoncèrent en moi. Deux d’abord, puis trois. Je les accueillis faci­le­ment. Le bruit humide de ma chatte se mêla aux sons loin­tains du fes­ti­val. Il me péné­tra avec des mou­ve­ments amples, pro­fonds, ses doigts cour­bés pour frot­ter ce point en moi qui fai­sait trem­bler mes cuisses. Son pouce res­tait sur mon cli­to­ris, pres­sant, tour­nant. Je gémis­sais main­te­nant sans me rete­nir. Les sons sor­taient de ma bouche, aigus, bri­sés. Mon mari les enten­dait. Il les voyait naître sur mes lèvres.

L’inconnu reti­ra ses doigts. Je pro­tes­tai d’un petit bruit frus­tré. Il se pen­cha, rele­va ma jupe jusqu’à ma taille, et la coin­ça là. Je me retrou­vais entiè­re­ment expo­sée du bas, le sexe lui­sant, les cuisses écar­tées par la posi­tion. Il me fit avan­cer d’un pas, jusqu’à ce que je sois plus proche de mon mari. Puis il s’agenouilla der­rière moi.

Je sen­tis son souffle chaud contre ma fesse. Ses mains écar­tèrent mes fesses. Pas pour s’attarder là où je ne vou­lais pas. Juste pour mieux accé­der à mon sexe. Sa langue me trou­va. Large, chaude, elle mon­ta len­te­ment le long de ma fente, s’attarda sur mon entrée, puis remon­ta jusqu’à mon cli­to­ris. Je pous­sai un cri. Mes genoux flé­chirent. Une de ses mains s’enroula autour de ma cuisse pour me sta­bi­li­ser. L’autre revint devant, deux doigts s’enfonçant à nou­veau en moi pen­dant que sa langue tra­vaillait mon cli­to­ris avec des mou­ve­ments lents et appuyés.

Ce n’était pas long. Il ne s’attarda pas. Juste assez pour me faire trem­bler, pour que mon jus coule sur son men­ton, pour que mon mari voie clai­re­ment la tête de l’inconnu enfouie entre mes cuisses. Puis il se rele­va. Ses lèvres brillaient. Il s’essuya d’un revers de main et se tour­na légè­re­ment vers mon mari.

— Elle est trem­pée.

Mon mari ne répon­dit pas. Mais sa main ser­ra plus fort le ren­fle­ment de son pan­ta­lon. Ses yeux étaient noirs de désir.

L’inconnu me remit face à lui. Il défit son pan­ta­lon d’un geste rapide. Son sexe jaillit, épais, dur, la tête déjà lui­sante. Je le pris dans ma main sans qu’il ait besoin de me le deman­der. Il était chaud, lourd, les veines saillantes sous ma paume. Je le cares­sai len­te­ment, du gland jusqu’à la base, sen­tant les bat­te­ments de son pouls contre mes doigts. Il pous­sa un gro­gne­ment. Ses hanches avan­cèrent un peu.

Il me pous­sa dou­ce­ment en arrière jusqu’à ce que mon dos ren­contre le tronc de l’arbre, juste à côté de mon mari. L’écorce râpeuse contre ma peau nue. Il sou­le­va une de mes cuisses, l’accrocha à sa hanche. Le gland de son sexe vint s’appuyer contre mon entrée. Il ne péné­tra pas tout de suite. Il frot­ta len­te­ment, d’avant en arrière, s’enduisant de mon humi­di­té, repous­sant mon cli­to­ris à chaque pas­sage. Je gémis­sais contre son épaule. Mon mari était si proche que je sen­tais sa cha­leur. Je tour­nai la tête vers lui. Nos regards se croi­sèrent.

— Regarde-moi, mur­mu­rai-je.

Il me regar­da. Et pen­dant qu’il me regar­dait, l’inconnu s’enfonça en moi d’un seul mou­ve­ment lent et pro­fond.

Le souffle me man­qua. Il était plus épais que ce que mes doigts avaient pré­pa­ré. Mes parois s’étirèrent autour de lui, brû­lantes, sen­sibles. Il s’arrêta une fois entiè­re­ment en moi, me lais­sant m’habituer. Je sen­tais chaque pul­sa­tion de son sexe. Mon cli­to­ris était écra­sé contre son pubis. Puis il com­men­ça à bou­ger.

Des coups de rein amples, régu­liers, qui me sou­le­vaient presque contre l’arbre. Chaque fois qu’il s’enfonçait, un gémis­se­ment m’échappait. Le bruit de nos peaux qui s’entrechoquaient se mêlait aux per­cus­sions loin­taines. Ma jupe était rele­vée en tas autour de ma taille. Mon haut avait glis­sé, lais­sant mes seins libres, bal­lot­tant à chaque coup. L’inconnu bais­sa la tête et en prit un dans sa bouche, suçant fort pen­dant qu’il me bai­sait.

Mon mari avait sor­ti son sexe. Je le vis du coin de l’œil : dur, rouge, lui­sant à l’extrémité. Il se cares­sait len­te­ment en nous regar­dant. Cette vision me fit contrac­ter autour de l’inconnu. Celui-ci gro­gna, accé­lé­ra le rythme. Ses coups devinrent plus courts, plus secs. Une de ses mains glis­sa entre nous, trou­va mon cli­to­ris, le frot­ta en rythme avec ses péné­tra­tions.

Le plai­sir mon­tait vite. Trop vite. Je m’accrochai à ses épaules. Mes ongles s’enfoncèrent dans sa peau. Je sen­tais chaque veine de son sexe frot­ter en moi, chaque choc de ses hanches contre les miennes. L’arbre der­rière moi râpait mon dos. L’odeur de notre sexe se mêlait à celle de l’herbe et de la terre. Et juste à côté, mon mari se bran­lait en silence, les yeux rivés sur l’endroit où l’autre homme dis­pa­rais­sait en moi.

— Je vais… je vais jouir, souf­flai-je.

L’inconnu ne ralen­tit pas. Au contraire. Ses doigts sur mon cli­to­ris devinrent plus pres­sants. Ses thrusts plus pro­fonds. Je sen­tis l’orgasme arri­ver comme une vague trop grande. Il me sub­mer­gea. Mes parois se contrac­tèrent vio­lem­ment autour de lui. Un cri me déchi­ra la gorge. Mes jambes trem­blèrent. Je jouis­sais en le ser­rant, en le pom­pant de l’intérieur, pen­dant que mon mari regar­dait mon visage se décom­po­ser de plai­sir.

L’inconnu tint le coup. Il conti­nua de me bai­ser à tra­vers mes contrac­tions, pro­lon­geant les vagues, jusqu’à ce que je devienne molle et trem­blante contre lui. Alors seule­ment il se reti­ra. Son sexe sor­tit de moi avec un bruit humide. Il était encore dur, brillant de mes fluides. Il ne jouit pas. Pas encore.

Il se tour­na vers mon mari. Un regard pas­sa entre eux. Quelque chose de silen­cieux, d’entendu. Puis l’inconnu me prit par la taille et me tour­na à nou­veau. Cette fois, il me posi­tion­na de façon à ce que je sois pliée en avant, les mains appuyées contre le tronc de l’arbre, le dos creu­sé, le sexe offert. Ma jupe retom­ba un ins­tant. Il la rele­va et la main­tint. Mon mari était main­te­nant juste en face de moi. Son sexe dur à quelques cen­ti­mètres de mon visage.

L’inconnu s’aligna der­rière moi. Le gland de son sexe retrou­va mon entrée dila­té et trem­pé. Il s’enfonça d’un coup, jusqu’à la garde. Je pous­sai un long gémis­se­ment. La posi­tion me fai­sait le sen­tir encore plus pro­fond. Ses hanches reprirent leur mou­ve­ment, régu­lier, puis­sant. Chaque coup me pro­je­tait un peu en avant. Mon visage se rap­pro­chait du sexe de mon mari.

Je n’attendis pas qu’il me le demande. J’ouvris la bouche et le pris entre mes lèvres. Le goût de sa peau, de son désir, m’envahit. Il pous­sa un sou­pir trem­blant. Une de ses mains se posa dans mes che­veux. Pas pour for­cer. Juste pour accom­pa­gner. Je le suçai en rythme avec les péné­tra­tions de l’inconnu. Chaque fois que celui-ci s’enfonçait en moi, ma bouche s’avançait sur le sexe de mon mari. Chaque fois qu’il se reti­rait, je recu­lais un peu, lais­sant le gland glis­ser sur ma langue.

Les sen­sa­tions étaient trop nom­breuses. Le sexe épais qui m’ouvrait par-der­rière. Celui de mon mari qui glis­sait entre mes lèvres. Les mains de l’inconnu sur mes hanches, ses doigts s’enfonçant dans ma chair. Le regard de mon mari, d’en haut, qui me voyait ain­si : bai­sée par un autre pen­dant que je le suçais. La musique loin­taine qui bat­tait encore. L’odeur de l’herbe écra­sée sous mes pieds nus. La nuit autour de nous.

L’inconnu accé­lé­ra. Ses coups devinrent plus erra­tiques. Je sen­tais qu’il appro­chait. Sa main glis­sa sous moi, trou­va mon cli­to­ris, le tri­tu­ra rapi­de­ment. Le plai­sir remon­ta d’un coup. Je gémis­sais autour du sexe de mon mari, les vibra­tions de ma gorge le fai­sant jurer entre ses dents. Un second orgasme me frap­pa, moins violent que le pre­mier mais plus long, plus ondu­la­toire. Mes parois bat­tirent autour de l’inconnu. Il pous­sa un gro­gne­ment sourd, s’enfonça jusqu’au fond, et jouit en moi par secousses pro­fondes. Je sen­tis la cha­leur de son sperme me rem­plir, par pulse, pen­dant que mon propre orgasme conti­nuait de me secouer.

Il res­ta un moment en moi, res­pi­rant fort, avant de se reti­rer len­te­ment. Son sperme se mit à cou­ler le long de ma cuisse inté­rieure dès qu’il fut sor­ti. Je le sen­tis, chaud, épais. Mon mari reti­ra son sexe de ma bouche. Il était encore dur, au bord. Ses yeux étaient presque noirs.

L’inconnu s’écarta un peu, le souffle court. Mon mari s’approcha. Pour la pre­mière fois depuis le début, il devint vrai­ment actif. Il me prit par les hanches, me redres­sa juste assez, et s’enfonça en moi d’un seul mou­ve­ment. Le contraste fut sai­sis­sant. Après l’autre, il me connais­sait, il savait exac­te­ment com­ment me prendre. Ses coups furent plus per­son­nels, plus appuyés. Une de ses mains vint par-devant, trou­va mon cli­to­ris encore hyper­sen­sible, et le cares­sa avec la pré­ci­sion de celui qui sait. L’autre main s’empara d’un de mes seins.

Je m’accrochai à lui. Mon front contre son épaule. Je gémis­sais son nom sans le dire, juste des sons. Derrière moi, l’inconnu regar­dait. Je le sen­tais. Peut-être qu’il se rha­billait len­te­ment. Peut-être qu’il res­tait à nu, le sexe encore brillant. Peu impor­tait. Mon mari me bai­sait main­te­nant, fort, pro­fond, et je jouis­sais encore une fois, plus dou­ce­ment, autour de lui, pen­dant qu’il se vidait en moi à son tour, par longues secousses, en gro­gnant contre mon oreille.

Quand tout s’arrêta enfin, nous res­tâmes un moment ain­si, enla­cés, res­pi­rant fort. Le sperme des deux hommes cou­lait le long de mes cuisses, se mélan­geait, gout­tait sur l’herbe. Ma jupe retom­ba mol­le­ment. Mon haut était en désordre. Mes jambes trem­blaient.

Au loin, les per­cus­sions conti­nuaient. La foule dan­sait encore. La nuit d’été sen­tait l’herbe, la sueur et le sexe.

Mon mari me regar­da. Ses yeux étaient plus doux main­te­nant, mais encore brû­lant d’excitation.

— On n’a pas fini, mur­mu­ra-t-il.

L’inconnu, der­rière, lais­sa échap­per un petit rire rauque.

La col­line et le petit bois atten­daient un peu plus loin. Et la nuit était encore longue.

******

Nous avons repris notre souffle contre le tronc du chêne. Mon dos por­tait encore la marque de l’écorce. Entre mes cuisses, le mélange de leurs spermes cou­lait len­te­ment, chaud puis tiède, glis­sant le long de la peau sen­sible jusqu’à l’intérieur de mes genoux. Ma jupe afri­caine était retom­bée, mais le tis­su col­lait par endroits, impré­gné. Chaque petit mou­ve­ment me rap­pe­lait ce qui venait de se pas­ser : l’inconnu m’avait prise pen­dant que je suçais mon mari, puis mon mari m’avait reprise à son tour, plus per­son­nel, plus pro­fond, pen­dant que l’autre regar­dait. Mes jambes trem­blaient encore. Mon sexe bat­tait, gon­flé, ouvert, hyper­sen­sible.

L’inconnu rajus­ta son pan­ta­lon sans vrai­ment le fer­mer. Mon mari remit le sien en place, mais son regard res­tait fixe sur moi, sur la façon dont je tenais à peine debout, sur la trace brillante qui des­cen­dait le long de ma cuisse. Il s’approcha, posa une main sur ma nuque et m’embrassa. Ce n’était pas un bai­ser de réas­su­rance. C’était un bai­ser de pos­ses­sion et de par­tage en même temps. Sa langue cher­cha la mienne, et je sen­tis encore le goût de mon propre désir sur ses lèvres. Quand il se reti­ra, il mur­mu­ra contre ma bouche :

— Plus loin. Là où per­sonne ne peut nous voir vrai­ment.

L’inconnu acquies­ça d’un signe de tête. Nous quit­tâmes l’ombre des stands. Le che­min mon­tait dou­ce­ment vers la col­line qui bor­dait le fes­ti­val. L’herbe deve­nait plus haute, plus sau­vage. Les lumières colo­rées dimi­nuaient der­rière nous, réduites à un halo loin­tain. Les per­cus­sions arri­vaient main­te­nant comme un cœur loin­tain, une vibra­tion sourde qui tra­ver­sait encore le sol et mon­tait dans mes os. Mes pieds nus s’enfonçaient dans la terre tiède, écra­saient des brins d’herbe qui libé­raient une odeur verte, un peu humide. L’air de la nuit était plus frais ici, mais mon corps res­tait brû­lant.

Je mar­chais entre eux deux. Mon mari à ma droite, l’inconnu à ma gauche. Par moments leurs bras frô­laient les miens. Par moments la main de mon mari glis­sait dans mon dos, des­cen­dait, s’attardait sur la courbe de ma fesse à tra­vers le tis­su. Chaque contact me fai­sait contrac­ter le sexe. Je sen­tais encore leur sperme en moi, le poids tiède de ce qu’ils avaient lais­sé. Et mal­gré les deux orgasmes déjà arra­chés, une faim nou­velle mon­tait. Plus basse. Plus consciente.

La col­line s’aplatissait près du som­met en une petite clai­rière bor­dée d’arbres. De là, on voyait encore les lumières du fes­ti­val en contre­bas, comme un bra­sier colo­ré. Le vent por­tait par ins­tants des frag­ments de musique, des éclats de voix, puis les empor­tait. L’herbe ici était plus douce. L’odeur de la terre et des feuilles mortes se mêlait à celle de notre sueur et de notre sexe.

Mon mari s’arrêta le pre­mier. Il me regar­da lon­gue­ment, puis l’inconnu. Quelque chose avait bas­cu­lé. Il n’était plus seule­ment le spec­ta­teur exci­tée. Il pre­nait les rênes.

— À genoux, dit-il dou­ce­ment.

Sa voix n’était pas dure. Elle était calme, char­gée. Je m’exécutai. L’herbe me cha­touilla les genoux et le des­sus des pieds. Mon mari se pla­ça devant moi. L’inconnu se mit sur le côté, légè­re­ment en retrait, mais assez près pour tout voir. Mon mari défit à nou­veau son pan­ta­lon. Son sexe était déjà dur, encore mar­qué de mon salive et de mon désir plus tôt. Il me prit le men­ton entre le pouce et l’index.

— Ouvre.

J’ouvris la bouche. Il glis­sa dedans len­te­ment, jusqu’à tou­cher le fond de ma gorge. Je res­pi­rai par le nez, m’habituai, puis com­men­çai à le sucer avec appli­ca­tion. Ma langue tra­vaillait le des­sous, mes lèvres se ser­raient autour de lui. Il gar­da une main dans mes che­veux, gui­dant le rythme sans for­cer. De l’autre côté, l’inconnu avait sor­ti son sexe à son tour. Il se cares­sait len­te­ment en nous regar­dant. Le bruit humide de ma bouche sur mon mari se mêlait à celui, plus sec, de la main de l’inconnu sur lui-même.

Mon mari reti­ra son sexe de ma bouche avec un léger bruit. Un fil de salive res­ta sus­pen­du un ins­tant entre mes lèvres et son gland. Il se tour­na vers l’inconnu.

— À toi.

L’inconnu s’approcha. Je tour­nai la tête et pris son sexe dans ma bouche. Il était encore un peu salé de moi, plus épais. Je le sen­tis pal­pi­ter contre ma langue. Derrière moi, mon mari s’agenouilla. Ses mains rele­vèrent ma jupe, l’écartèrent. Ses doigts trou­vèrent mon sexe trem­pé, y glis­sèrent faci­le­ment. Il me doig­ta pen­dant que je suçais l’autre, deux doigts d’abord, puis trois, ouvrant ce qui était déjà ouvert, éta­lant le mélange de sperme et de mon jus. Ses doigts sor­tirent. Je sen­tis le gland de mon mari s’appuyer contre mon entrée. Il s’enfonça d’un coup, jusqu’au fond.

Le gémis­se­ment que je pous­sai vibra autour du sexe de l’inconnu. Mon mari com­men­ça à me prendre par-der­rière, à genoux dans l’herbe, avec des coups de rein amples et régu­liers. Chaque fois qu’il s’enfonçait, ma bouche s’avançait sur l’autre sexe. Chaque fois qu’il se reti­rait, je recu­lais un peu. L’inconnu tenait mes che­veux main­te­nant, pas pour m’étouffer, juste pour sen­tir le mou­ve­ment. Ses hanches avan­çaient dou­ce­ment à la ren­contre de ma bouche.

La posi­tion était avi­lis­sante et magni­fique en même temps. À genoux dans l’herbe, un homme en moi, un autre dans ma bouche, le fes­ti­val qui conti­nuait en contre­bas comme si de rien n’était. Je sen­tais l’herbe sous mes genoux, le vent frais sur mes seins dénu­dés (mon haut avait encore glis­sé), le bruit de la chair contre la chair. Mon mari me tenait les hanches avec force. Ses doigts s’enfonçaient dans ma chair. Je gémis­sais sans rete­nue autour du sexe qui m’ouvrait la bouche.

L’inconnu se reti­ra sou­dain. Un fil de salive relia encore mes lèvres à son gland. Il s’agenouilla à son tour, face à moi. Mon mari se reti­ra aus­si. Le vide me fit gémir de frus­tra­tion. Ils m’allongèrent dans l’herbe. L’odeur de la terre et de la chlo­ro­phylle mon­ta quand mon dos y ren­con­tra. Mon mari s’étendit sur le dos. Il me tira vers lui.

— Monte.

Je me mis à cali­four­chon sur lui. Son sexe se dres­sait ver­ti­cal. Je le gui­dai entre mes lèvres et m’empalai len­te­ment. Le glis­se­ment fut facile, brû­lant. Je m’assis jusqu’au bout, le sen­tant tou­cher si pro­fond que mon ventre se contrac­ta. Mes mains s’appuyèrent sur son torse. Je com­men­çai à bou­ger, des mou­ve­ments de bas­sin lents, cir­cu­laires d’abord, puis plus amples. Mes seins bal­lot­taient. Mon mari les regar­dait, puis posa ses mains des­sus, les pétrit, pin­ça les tétons.

L’inconnu se pla­ça der­rière moi. Je sen­tis ses genoux de chaque côté des cuisses de mon mari. Ses mains se posèrent sur mes épaules, puis glis­sèrent le long de mon dos, s’arrêtèrent sur mes fesses. Il les écar­ta. Le gland de son sexe, encore dur, vint s’appuyer contre mon entrée déjà pleine. Pas pour l’anus. Il cher­cha le même endroit. Le même trou.

Mon souffle se cou­pa. Mon mari s’immobilisa en moi. L’inconnu pous­sa dou­ce­ment. La tête de son sexe for­ça contre mes lèvres déjà éti­rées autour de mon mari. La pres­sion fut intense, presque trop. Je gri­ma­çai, un son aigu dans la gorge. Mon mari mur­mu­ra :

— Respire. Laisse-toi ouvrir.

J’obéis. Je souf­flai lon­gue­ment. L’inconnu pous­sa encore. Centimètre par cen­ti­mètre, son gland s’enfonça à côté de celui de mon mari. La sen­sa­tion fut énorme, brû­lante, une dis­ten­sion qui fai­sait battre mon cœur dans mes tempes et dans mon sexe en même temps. Quand il fut entiè­re­ment en moi, les deux sexes côte à côte, je crus que j’allais me fendre. Mes ongles s’enfoncèrent dans le torse de mon mari. Des larmes me vinrent aux yeux, non de dou­leur pure, mais de trop-plein.

Ils res­tèrent immo­biles un long moment, me lais­sant m’habituer. Je sen­tais les deux battre en moi, dis­tincts, chauds, trop gros. Puis mon mari bou­gea le pre­mier, un petit mou­ve­ment de hanches. L’inconnu répon­dit. Ils trou­vèrent un rythme. L’un entrait pen­dant que l’autre se reti­rait un peu, puis l’inverse. Chaque mou­ve­ment frot­tait leurs sexes l’un contre l’autre à l’intérieur de moi, et frot­tait contre mes parois hyper­sen­sibles. Le plai­sir naquit de la pres­sion elle-même, sourde, pro­fonde, dif­fé­rente de tout ce que j’avais connu.

Je gémis­sais sans dis­con­ti­nuer. Des sons bruts, ani­maux. Ma tête était ren­ver­sée en arrière. L’inconnu avait une main sur mon épaule, l’autre autour de ma taille. Mon mari tenait mes seins, les yeux rivés sur mon visage. Je le regar­dai. Dans ses yeux il y avait de l’amour, de l’excitation pure, et quelque chose de plus sombre, de plus fier. Il me voyait prise par les deux en même temps. Il en jouis­sait.

Le rythme s’accéléra. Les bruits devinrent obs­cènes : chair mouillée, souffles courts, cla­que­ments sourds. Mon cli­to­ris frot­tait contre le pubis de mon mari à chaque des­cente. L’orgasme mon­ta d’une façon nou­velle, plus large, plus enva­his­sante. Il ne par­tit pas du cli­to­ris seule­ment. Il par­tit de l’intérieur, de cette pres­sion constante qui s’ouvrait et se refer­mait. Quand il explo­sa, ce fut violent. Mes parois se contrac­tèrent avec force autour des deux sexes. Je criai. Mon corps entier trem­bla. Les vagues se suc­cé­dèrent, longues, puis­santes, me fai­sant perdre un ins­tant la notion de l’endroit où je me trou­vais.

Ils ne s’arrêtèrent pas. Ils me bai­sèrent à tra­vers mon orgasme, pro­lon­geant chaque contrac­tion. Mon mari jouit le pre­mier, avec un gro­gne­ment sourd, en se cam­brant sous moi. Je sen­tis son sperme sup­plé­men­taire me rem­plir, encore plus chaud. L’inconnu résis­ta quelques secondes de plus, puis s’enfonça jusqu’au bout et se vida à son tour, par secousses pro­fondes, ajou­tant sa propre cha­leur à celle déjà pré­sente.

Ils res­tèrent en moi un long moment après. Je sen­tais leurs sexes ramol­lir len­te­ment, le mélange de sperme deve­nir plus liquide, com­men­cer à s’échapper autour d’eux mal­gré la pres­sion. Quand ils se reti­rèrent enfin, ce fut presque un sou­la­ge­ment dou­lou­reux. Le vide fut bru­tal. Un flot tiède s’échappa de moi et cou­la dans l’herbe. Je m’effondrai sur le torse de mon mari, le souffle court, le corps par­cou­ru de petits trem­ble­ments.

L’inconnu s’allongea à côté de nous. Une de ses mains res­ta posée sur ma hanche, pos­ses­sive et déten­due à la fois. Mon mari cares­sait mes che­veux. Au loin, les per­cus­sions conti­nuaient, plus faibles. Le vent por­tait l’odeur de l’herbe écra­sée, de la terre, de notre sexe à trois. Mon corps était lourd, mar­qué, rem­pli. Entre mes cuisses, tout était sen­sible, ouvert, humide.

Personne ne par­lait. Il n’y avait pas besoin. La nuit d’été nous enve­lop­pait. Plus bas, le fes­ti­val bat­tait encore son plein, indif­fé­rent. Ici, sur la col­line, nous n’étions plus que souffles, peau chaude et regard.

Mon mari tour­na la tête vers l’inconnu. Un silence char­gé pas­sa entre eux. Puis mon mari dit, la voix encore rauque :

— On reste encore un peu.

L’inconnu sou­rit dans le noir. Sa main sur ma hanche glis­sa un peu plus bas, effleu­ra la courbe de ma fesse, puis remon­ta. Mon sexe se contrac­ta fai­ble­ment à ce simple contact. Malgré la satié­té, mal­gré le trop-plein, quelque chose en moi répon­dait déjà.

**********

Nous sommes res­tés allon­gés dans l’herbe de la col­line plus long­temps que pré­vu. Le souffle se cal­mait par paliers. Mon corps pesait lourd contre celui de mon mari. Entre mes cuisses, le mélange de leurs spermes conti­nuait de s’échapper par petites vagues tièdes chaque fois que je bou­geais ne serait-ce qu’un genou. L’herbe col­lait à ma peau humide, à mes fesses, au bas de mon dos. L’inconnu était éten­du à côté de nous, une main tou­jours posée quelque part sur moi — par­fois ma hanche, par­fois le haut de ma cuisse —, comme s’il n’avait pas encore déci­dé de me rendre entiè­re­ment.

Le fes­ti­val en contre­bas n’avait pas fai­bli. Les per­cus­sions arri­vaient par rafales quand le vent tour­nait, une basse pro­fonde qui fai­sait vibrer la terre sous mon oreille. Par moments on enten­dait des éclats de rire, une voix d’homme qui criait quelque chose d’incompréhensible, puis le silence rela­tif de la col­line repre­nait ses droits. L’odeur avait chan­gé : moins de pous­sière et de bière, davan­tage de sève écra­sée, de terre chaude et de sexe. Mon sexe bat­tait encore, non plus avec l’urgence d’avant, mais avec une sen­si­bi­li­té à fleur de peau, comme une bouche trop embras­sée.

Mon mari cares­sait mes che­veux avec une len­teur presque dis­traite. Ses doigts des­cen­daient par­fois le long de ma nuque, sui­vaient la ligne de mon épaule, reve­naient. L’inconnu, lui, tra­çait de petits cercles absents sur le haut de ma cuisse. Leurs deux mains sur moi en même temps créaient une étrange har­mo­nie. Je n’étais plus seule­ment exci­tée. J’étais… habi­tée. Marquée. Et sous ce double tou­cher, une nou­velle cha­leur com­men­çait à mon­ter, plus lente, plus pro­fonde, presque pares­seuse.

Je me redres­sai sur un coude. Mes seins pesaient, lourds, les tétons encore plis­sés par le frais de la nuit. Je regar­dai mon mari d’abord. Ses yeux brillaient dans l’obscurité. Puis je tour­nai la tête vers l’inconnu. Il me fixait déjà. Quelque chose avait chan­gé dans l’air. Le voyeu­risme pur du début, la simple exci­ta­tion de me regar­der me faire prendre, avait lais­sé place à autre chose. Plus intime. Plus sale aus­si.

J’innovai.

Au lieu d’attendre qu’ils me posi­tionnent, je me mis à genoux entre eux deux. L’herbe cris­sa sous mes rotules. Je pris le sexe de mon mari dans une main, celui de l’inconnu dans l’autre. Ils étaient tous les deux à moi­tié durs, lourds, encore mar­qués de moi. Je les cares­sai en même temps, len­te­ment, en les regar­dant alter­na­ti­ve­ment. Le contraste était trou­blant : mon mari que je connais­sais par cœur, la courbe exacte, la façon dont il pal­pi­tait sous mon pouce ; l’inconnu, plus épais, les veines plus saillantes, l’odeur légè­re­ment dif­fé­rente. Je me pen­chai et les léchai l’un après l’autre, sans les prendre entiè­re­ment, juste la langue plate qui ramas­sait le goût mêlé de sperme et de mon propre jus. Mon mari pous­sa un sou­pir trem­blant. L’inconnu lais­sa échap­per un gro­gne­ment plus rauque.

Je ne me pres­sai pas. Je pris mon temps. Ma bouche allait de l’un à l’autre, les humec­tant, les dur­cis­sant com­plè­te­ment. Par moments je les rap­pro­chais l’un de l’autre et je les léchais ensemble, ma langue glis­sant entre les deux glands. Leurs hanches bou­geaient légè­re­ment. Au loin, une nou­velle vague de per­cus­sions mon­ta, comme si le fes­ti­val applau­dis­sait sans le savoir.

Mon mari fut le pre­mier à perdre patience. Il me tira vers lui, me fit pas­ser une jambe par-des­sus son bas­sin. Je m’empalaa sans pré­am­bule. Le glis­se­ment fut d’une faci­li­té obs­cène ; j’étais encore ouverte, encore pleine de ce qu’ils avaient lais­sé. Je m’assis jusqu’au bout et res­tai immo­bile un ins­tant, le sen­tant battre au fond de moi. Puis je com­men­çai à bou­ger. Pas les mou­ve­ments amples et rapides d’avant. Des cercles lents, appuyés, qui frot­taient mon cli­to­ris contre son pubis à chaque rota­tion. Mes mains s’étaient posées à plat sur son torse. Je le regar­dais dans les yeux pen­dant que je le che­vau­chais.

L’inconnu se redres­sa. Il se pla­ça der­rière moi, à genoux. Ses mains remon­tèrent le long de mon dos, s’attardèrent sur mes épaules, puis redes­cen­dirent pour s’emparer de mes seins. Il les pétrit en rythme avec mes mou­ve­ments. Ses doigts pin­çaient mes tétons juste assez fort pour que la dou­leur se trans­forme en plai­sir. Je pen­chai la tête en arrière contre son épaule. Sa bouche trou­va mon oreille, mon cou, la nais­sance de ma mâchoire. Il ne par­lait pas. Il res­pi­rait sim­ple­ment contre ma peau, et cette res­pi­ra­tion était deve­nue aus­si intime que les péné­tra­tions.

Mon mari leva les mains et les posa sur les miennes, tou­jours sur son torse. Nos doigts s’entrelacèrent. Pendant un long moment, ce fut tout : moi qui le che­vau­chais len­te­ment, l’inconnu col­lé dans mon dos, ses mains sur mes seins, le fes­ti­val qui bat­tait en fond comme un cœur loin­tain. Le plai­sir mon­tait sans pics vio­lents, une marée régu­lière qui gon­flait à chaque cercle de mon bas­sin. Je sen­tais mon jus cou­ler autour du sexe de mon mari, glis­ser plus bas, mouiller ses cuisses.

Puis l’inconnu chan­gea la donne.

Une de ses mains quit­ta mon sein, des­cen­dit le long de mon ventre, trou­va mon cli­to­ris. Il ne le frot­ta pas rapi­de­ment. Il le main­tint sim­ple­ment entre deux doigts, et à chaque fois que je m’abaissais sur mon mari, le cli­to­ris se trou­vait pris, pres­sé, relâ­ché. La sen­sa­tion était pré­cise, presque cruelle dans sa len­teur. Je me mis à gémir plus fort. Mon rythme s’accéléra mal­gré moi. Mon mari répon­dit en levant les hanches à ma ren­contre. Le bruit de nos peaux devint plus humide, plus ryth­mé.

L’inconnu reti­ra sa main. Je sen­tis son sexe dur s’appuyer entre mes fesses, non pas pour péné­trer, mais pour se frot­ter dans le sillon, glis­sant dans le mélange déjà pré­sent. Ses hanches sui­vaient les miennes. Nous for­mions une seule masse mou­vante : moi empa­lée sur mon mari, l’inconnu col­lé dans mon dos, son sexe qui frot­tait contre moi à chaque mou­ve­ment. Leurs deux souffles dans mes oreilles. Leurs deux odeurs mêlées à la mienne.

Je jouis comme ça.

Pas d’explosion bru­tale. Une longue vague qui par­tit du bas-ventre et mon­ta jusqu’à ma gorge. Mes parois se contrac­tèrent autour de mon mari par sac­cades régu­lières. Je m’accrochai à ses mains. Un gémis­se­ment conti­nu me sor­tit de la bouche pen­dant que les contrac­tions se suc­cé­daient. Mon mari ser­ra plus fort mes doigts. L’inconnu mor­dilla mon épaule sans rompre la peau. Quand les der­nières ondes s’apaisèrent, je res­tai affa­lée en avant, le front contre le torse de mon mari, le souffle court.

Ils ne me lais­sèrent pas long­temps récu­pé­rer.

Mon mari me fit rou­ler sur le côté, tou­jours enfon­cé en moi. L’inconnu s’allongea face à moi. Je me retrou­vais au milieu d’eux, sur le flanc, une jambe rele­vée. Mon mari me pre­nait par-der­rière, des coups de rein pro­fonds et régu­liers. L’inconnu, lui, glis­sa une main entre nous et se mit à cares­ser mon cli­to­ris avec deux doigts humides, en rythme exact avec les péné­tra­tions. Par moments il col­lait son sexe contre mon ventre, le frot­tant sur ma peau, lais­sant des traces brillantes. Leurs bouches étaient par­tout : mon mari dans mon cou, l’inconnu sur ma bouche, puis sur mes seins. Je n’arrivais plus à dis­tin­guer qui tou­chait quoi. Il n’y avait plus que des mains, des bouches, un sexe en moi, un autre contre moi, et le bruit sourd des per­cus­sions qui sem­blaient s’accélérer avec nous.

Le deuxième orgasme de la nuit sur la col­line me prit par sur­prise. Plus sec, plus élec­trique. Je me ten­dis entre eux deux, la bouche ouverte sur un cri muet. Mon mari en pro­fi­ta pour accé­lé­rer, me pre­nant plus fort pen­dant que je jouis­sais, pro­lon­geant chaque spasme. L’inconnu pres­sa plus fort mon cli­to­ris, tirant la jouis­sance en lon­gueur jusqu’à ce que je sup­plie presque, d’une voix cas­sée, qu’ils arrêtent ou qu’ils finissent.

Mon mari jouit en pre­mier, enfon­cé jusqu’à la garde, le front pres­sé entre mes omo­plates. Je sen­tis les pulse chaudes le rem­plir encore une fois. L’inconnu se redres­sa un peu, prit son sexe en main et jouit sur mon ventre et le bas de mes seins, des jets épais qui me mar­quèrent la peau. L’odeur du sperme frais se mêla à celle de l’herbe et de la terre.

Nous res­tâmes entre­la­cés un long moment après. Leurs mains conti­nuaient de me cares­ser, plus douces main­te­nant, presque tendres. Mon mari embras­sait len­te­ment mon épaule. L’inconnu tra­çait des lignes absentes dans le sperme qu’il avait répan­du sur moi, comme pour l’étaler, pour me mar­quer davan­tage. Au loin, le fes­ti­val don­nait ses der­niers feux. Les per­cus­sions s’espacèrent, devinrent plus rares. Des voix s’élevèrent, des appels. Le public com­men­çait sans doute à se dis­per­ser.

Je me redres­sai len­te­ment. Mes muscles pro­tes­tèrent. Entre mes cuisses, tout était sen­sible, gon­flé, trem­pé. Le sperme des deux hommes cou­lait à nou­veau quand je m’agenouillai. Je ramas­sai mon petit haut, le rajus­tai tant bien que mal sur mes seins mar­qués. La jupe afri­caine était frois­sée, tachée par endroits. Je ne cher­chai pas à la remettre par­fai­te­ment. L’inconnu se rele­va, rajus­ta son pan­ta­lon. Mon mari res­ta assis dans l’herbe encore une seconde, les yeux sur moi, un demi-sou­rire aux lèvres.

Nous redes­cen­dîmes la col­line sans beau­coup par­ler. Leurs corps frô­laient le mien à chaque pas. Par moments la main de mon mari trou­vait la mienne. Par moments c’était celle de l’inconnu qui se posait au creux de mon dos. Les lumières du fes­ti­val se rap­pro­chèrent. La musique était presque ter­mi­née. Il ne res­tait que des groupes épars, des rires, des gens qui ran­geaient les stands.

Avant de rega­gner la zone encore éclai­rée, mon mari m’arrêta. Il m’embrassa lon­gue­ment, sans se sou­cier de l’inconnu qui regar­dait. Quand il se reti­ra, il mur­mu­ra contre ma bouche :

— On rentre. Mais ce n’est pas fini pour autant.

L’inconnu sou­rit dans la pénombre. Il s’approcha à son tour, posa un der­nier bai­ser plus bref sur mes lèvres, salé et chaud, puis s’effaça d’un pas.

Je mar­chai entre eux deux jusqu’aux pre­mières lumières. Mes pieds nus étaient sales de terre et d’herbe. Mes cuisses col­laient. Mon corps entier por­tait les traces de la nuit. Et au fond de moi, sous la fatigue et la satié­té, quelque chose res­tait ouvert. Disponible.

La nuit d’été s’achevait.
Le fes­ti­val aus­si.
Nous, pas tout à fait.

Auteur.e de l'histoire : Himéros

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