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Trois corps dans l’eau chaude

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La neige tom­bait depuis le début de la soi­rée. Gros flo­cons lents, presque silen­cieux, qui s’accrochaient aux branches des épi­céas et des pins avant de glis­ser vers le sol. Autour du cha­let, la forêt cana­dienne for­mait une muraille sombre et oua­tée. On n’entendait plus rien d’autre que le cré­pi­te­ment occa­sion­nel du bois dans le poêle et le cla­po­tis doux de l’eau chaude dans le bain nor­dique.

Le bac de bois cèdre était ins­tal­lé sur la ter­rasse arrière, à quelques mètres de la grande baie vitrée. Une légère vapeur s’en échap­pait en conti­nu, se mêlant à l’air gla­cial. Claire était immer­gée jusqu’aux épaules. L’eau lui mon­tait juste sous le men­ton. Elle avait qua­rante-deux ans, le corps déten­du par la cha­leur, les che­veux col­lés à la nuque. Elle n’avait rien sur elle. Thomas non plus. Il était assis en face d’elle, les bras repo­sant sur le rebord, l’eau lui arri­vant à la poi­trine. Entre eux, la sur­face trem­blait à chaque mou­ve­ment.

Ils s’étaient embras­sés lon­gue­ment. Les lèvres de Thomas goû­taient légè­re­ment le bois et le sel de la peau. Sa main avait glis­sé sous l’eau, remon­té le long de la cuisse de Claire, puis s’était posée entre ses jambes. Elle avait ouvert les genoux sans un mot. Les doigts de son mari l’avaient cares­sée avec une len­teur presque pares­seuse, tan­dis que la neige conti­nuait de tom­ber autour d’eux. Claire avait posé sa tête en arrière contre le bord du bac, les yeux mi-clos, et avait lais­sé échap­per un sou­pir.

C’est à ce moment-là qu’ils l’avaient vu.

Une sil­houette était appa­rue entre les arbres, un peu plus bas sur le sen­tier. Un homme en raquettes, veste sombre, bon­net, barbe. Il avan­çait len­te­ment, une lampe fron­tale éteinte accro­chée à son front. Il s’était arrê­té net en aper­ce­vant la ter­rasse éclai­rée et la vapeur qui s’élevait. Pendant plu­sieurs secondes, il n’avait pas bou­gé. La dis­tance n’était pas grande : une ving­taine de mètres à peine.

Thomas avait reti­ré sa main de sous l’eau. Il avait regar­dé l’inconnu, puis Claire. Elle avait rou­gi immé­dia­te­ment. L’eau chaude ne cachait presque rien. Ses seins étaient visibles juste sous la sur­face, et plus bas, si l’homme s’approchait, il ver­rait clai­re­ment le reste. Elle avait ins­tinc­ti­ve­ment croi­sé les bras sur sa poi­trine, puis les avait lais­sés retom­ber. Cacher ne ser­vi­rait à rien. Il avait déjà vu.

L’homme n’était pas repar­ti. Il était res­té plan­té là, immo­bile, regar­dant.

Thomas avait levé une main. Un geste simple, clair, presque ami­cal. Il avait fait signe à l’inconnu d’approcher. Claire avait sen­ti son cœur s’accélérer. Elle avait mur­mu­ré :

— Thomas…

— Chut. Regarde-le. Il ne part pas.

L’homme avait hési­té encore quelques secondes, puis avait avan­cé. Les raquettes s’enfonçaient dans la neige fraîche avec un bruit sourd. Il avait contour­né le cha­let et était mon­té sur la ter­rasse. De près, on voyait mieux son visage : la qua­ran­taine, barbe four­nie gri­son­nante par endroits, yeux clairs, traits calmes. Il s’appelait pro­ba­ble­ment quelque chose comme Éric ou Marc, mais il ne s’était pas pré­sen­té. Il s’était sim­ple­ment arrê­té à trois mètres du bain, les mains dans les poches de sa veste.

— Désolé, avait-il dit d’une voix grave, posée. Je ren­trais. J’ai vu la vapeur. Je ne vou­lais pas…

— Tu as vu plus que la vapeur, avait répon­du Thomas sans agres­si­vi­té.

L’homme avait incli­né légè­re­ment la tête. Un aveu silen­cieux. Son regard avait glis­sé vers Claire. Elle tenait son regard, même si ses joues brû­laient. L’eau bou­geait autour d’elle à chaque res­pi­ra­tion. Elle savait qu’il voyait la courbe de ses seins, la ligne de son ventre, et plus bas encore.

Thomas avait posé une main sur l’épaule de Claire, sous l’eau.

— Tu peux t’asseoir, avait-il dit à l’inconnu. Si tu veux.

L’homme avait regar­dé le rebord du bac, puis Claire une der­nière fois. Elle n’avait pas dit non. Elle n’avait rien dit du tout. Il s’était appro­ché, avait reti­ré ses raquettes, et s’était assis sur le bord en bois, les pieds encore dans la neige. La vapeur lui entou­rait les jambes. Il ne détour­nait plus les yeux.

Claire sen­tait le regard comme une caresse réelle. Une cha­leur dif­fé­rente de celle de l’eau lui mon­tait entre les cuisses. Thomas avait repris sa main sous la sur­face. Ses doigts avaient retrou­vé son sexe, l’avaient écar­té dou­ce­ment, l’avaient cares­sé à nou­veau. Claire avait rete­nu un gémis­se­ment. L’inconnu était à moins d’un mètre. Il voyait le mou­ve­ment du bras de Thomas sous l’eau. Il voyait le visage de Claire qui chan­geait.

Personne ne par­lait plus. La neige conti­nuait de tom­ber, épaisse, silen­cieuse. Les flo­cons fon­daient en tou­chant l’eau chaude. Claire avait ouvert un peu plus les genoux. Thomas avait glis­sé un doigt en elle, puis un second. Elle avait posé ses mains sur le rebord du bac et avait lais­sé sa tête retom­ber en arrière. Un long sou­pir lui était échap­pé.

L’homme assis sur le bord avait légè­re­ment chan­gé de posi­tion. On voyait main­te­nant clai­re­ment le ren­fle­ment sous son pan­ta­lon de neige. Il ne cher­chait pas à le cacher. Il regar­dait sim­ple­ment Claire, puis la main de Thomas qui bou­geait sous l’eau, puis à nou­veau le visage de Claire.

Thomas s’était pen­ché vers l’oreille de sa femme.

— Il te regarde. Et tu es trem­pée. Je le sens.

Claire avait ouvert les yeux. Elle avait croi­sé le regard de l’inconnu. Elle n’avait pas bais­sé les siens. Une rou­geur plus pro­fonde lui colo­rait main­te­nant la poi­trine. Mais elle ne s’était pas recu­lée. Elle avait même légè­re­ment sou­le­vé les hanches pour offrir davan­tage de sur­face aux doigts de son mari.

L’homme avait posé une main sur sa propre cuisse, très près de l’endroit où le tis­su était ten­du. Il ne s’était pas encore tou­ché. Il atten­dait. Les regards fai­saient le reste.

La vapeur mon­tait entre eux trois. La forêt autour res­tait noire et immo­bile. Dans le bain nor­dique, l’eau cla­pait dou­ce­ment à chaque mou­ve­ment de Claire. Thomas avait ajou­té un troi­sième doigt. Claire avait gémi plus fort, sans cher­cher à se rete­nir. L’inconnu avait ava­lé sa salive. On voyait le mou­ve­ment de sa gorge.

Thomas avait reti­ré sa main, l’avait sor­tie de l’eau, et avait posé ses doigts brillants sur la lèvre infé­rieure de Claire. Elle les avait pris dans sa bouche sans hési­ter. L’homme assis sur le bord avait sui­vi chaque geste. Sa main avait enfin glis­sé sur le ren­fle­ment de son pan­ta­lon. Il cares­sait len­te­ment, par-des­sus le tis­su, en regar­dant Claire.

Elle le regar­dait en retour. La timi­di­té était tou­jours là, brû­lante. Mais le désir était plus fort. Beaucoup plus fort.

Thomas avait par­lé à nou­veau, d’une voix basse mais par­fai­te­ment audible.

— Tu peux enle­ver ça. Si tu veux entrer.

L’homme avait levé les yeux vers lui, puis vers Claire. Elle avait tenu son regard une seconde, deux secondes, puis avait hoché la tête. Très légè­re­ment.

La neige tom­bait tou­jours.

**********

L’homme était res­té immo­bile plu­sieurs secondes après le hoche­ment de tête de Claire. La neige conti­nuait de tom­ber en silence, col­lant à sa barbe, à ses épaules, à ses genoux. Puis, sans un mot, il s’était levé. Il avait reti­ré d’abord ses gants, les avait posés sur le rebord de la ter­rasse. Ensuite le bon­net. Ses che­veux étaient courts, un peu ébou­rif­fés, mêlés de gris. Il avait ouvert sa veste, l’avait fait glis­ser le long de ses bras, et l’avait posée à côté des gants. En des­sous, il por­tait un pull épais de laine. Il l’avait enle­vé d’un seul mou­ve­ment. Le torse qui appa­rut était large, soli­de­ment mus­clé, cou­vert d’une pilo­si­té sombre qui des­cen­dait jusqu’au nom­bril. Claire ne put s’empêcher de le regar­der. L’eau chaude autour d’elle sem­blait sou­dain plus dense.

Il se pen­cha pour défaire ses bottes de neige, puis son pan­ta­lon. Le tis­su tom­ba. Il res­tait en boxer sombre, déjà ten­du par l’érection visible. Il croi­sa le regard de Claire une der­nière fois, comme pour deman­der une confir­ma­tion muette. Elle ne détour­na pas les yeux. Il bais­sa le boxer, le fit glis­ser le long de ses cuisses, et le lais­sa tom­ber dans la neige. Son sexe se dres­sa, épais, vei­neux, le gland déjà lui­sant sous la faible lumière qui venait de la baie vitrée. Il n’avait rien dit. Il n’avait pas besoin de par­ler.

Il avan­ça jusqu’au bord du bac et pas­sa une jambe par-des­sus, puis l’autre. L’eau chaude lui mon­ta le long des cuisses, du ventre, de la poi­trine. Un long sou­pir lui échap­pa quand la cha­leur l’enveloppa com­plè­te­ment. Il s’assit en face de Claire, à côté de Thomas. Les trois corps for­maient main­te­nant un tri­angle dans la vapeur. L’eau bou­geait entre eux à chaque res­pi­ra­tion.

Personne ne par­lait. La neige tom­bait plus fort. Des flo­cons atter­ris­saient sur les épaules décou­vertes de Claire et fon­daient immé­dia­te­ment. Thomas avait pas­sé un bras autour de sa taille, sous l’eau. Sa main remon­tait len­te­ment le long de son flanc jusqu’à un sein. Il le prit en coupe, rou­la le mame­lon entre ses doigts. Claire fer­ma les yeux une seconde. Quand elle les rou­vrit, l’inconnu la regar­dait tou­jours. Il avait posé une main sur sa propre cuisse, très près de son sexe, mais ne le tou­chait pas encore.

Thomas se pen­cha vers l’oreille de sa femme.

— Approche-toi de lui.

Claire hési­ta. La timi­di­té lui ser­rait encore la gorge. Puis elle se dépla­ça dans l’eau, len­te­ment, jusqu’à se retrou­ver plus près de l’homme. Leurs genoux se tou­chèrent sous la sur­face. L’inconnu ten­dit la main. Ses doigts trou­vèrent le genou de Claire, remon­tèrent le long de l’intérieur de sa cuisse, s’arrêtèrent juste avant son sexe. La cha­leur de sa paume contras­tait avec l’eau. Claire retint son souffle. Thomas, der­rière elle, conti­nuait de lui cares­ser les seins, l’un après l’autre, avec une len­teur déli­bé­rée.

L’homme avan­ça encore un peu sa main. Deux doigts glis­sèrent entre les lèvres de Claire. Elle était trem­pée, bien au-delà de l’eau du bain. Il explo­ra sans pré­ci­pi­ta­tion, trou­va le cli­to­ris, le cares­sa en cercles lents. Claire pous­sa un gémis­se­ment bas. Ses hanches bou­gèrent d’elles-mêmes. Thomas l’embrassait main­te­nant dans le cou, juste sous l’oreille, pen­dant que les doigts de l’autre homme tra­vaillaient entre ses cuisses.

— Plus fort, mur­mu­ra Thomas contre sa peau.

L’inconnu obéit. Ses doigts s’enfoncèrent plus pro­fon­dé­ment, se cour­bèrent, pres­sèrent. Claire s’agrippa au rebord du bac. L’eau cla­pait autour d’eux. Elle sen­tait le regard de l’homme sur son visage, sur sa bouche ouverte, sur ses seins que Thomas malaxait. Une vague mon­tait déjà. Elle essaya de la rete­nir. Impossible. L’orgasme la secoua lon­gue­ment, les cuisses trem­blantes, un cri étouf­fé sor­tant de sa gorge. Les doigts de l’inconnu res­tèrent en elle jusqu’à ce que les spasmes s’apaisent.

Quand il les reti­ra, Claire était molle, le souffle court. Thomas lui cares­sait les che­veux mouillés. L’homme s’était légè­re­ment recu­lé, mais son sexe tou­chait presque le ventre de Claire sous l’eau. Elle bais­sa les yeux. Elle le vit clai­re­ment, dres­sé, bat­tant légè­re­ment au rythme du pouls. Elle ten­dit la main. Ses doigts se refer­mèrent autour de lui. Il était chaud, plus épais que Thomas, la peau soyeuse mal­gré la rugo­si­té de la pilo­si­té. Elle le cares­sa len­te­ment, de la base au gland, en le regar­dant dans les yeux.

Thomas se pla­ça der­rière elle. Elle sen­tit son sexe dur pres­ser contre ses fesses. Il n’essaya pas d’entrer. Il se conten­ta de frot­ter len­te­ment pen­dant qu’elle conti­nuait de cares­ser l’inconnu. Les deux hommes la tenaient, l’un par les hanches, l’autre par le regard. Claire se sen­tait prise entre eux, offerte, et la sen­sa­tion l’électrisait.

Elle se tour­na légè­re­ment vers Thomas et l’embrassa. Un bai­ser pro­fond, pen­dant que sa main ne quit­tait pas le sexe de l’autre homme. Puis elle se retour­na vers l’inconnu. Il se pen­cha. Leurs bouches se ren­con­trèrent. Le bai­ser fut plus rugueux, plus affa­mé. Sa barbe grat­tait légè­re­ment le men­ton de Claire. Elle gémit dans sa bouche. Thomas, der­rière, avait glis­sé une main entre ses cuisses et la cares­sait à nou­veau, du bout des doigts, en rythme avec le bai­ser.

L’eau était deve­nue un espace sans limite. Les corps glis­saient, se tou­chaient, se cher­chaient. Claire se retrou­va à cali­four­chon sur les cuisses de l’inconnu, face à lui. Son sexe frott conso­li­dait contre le ventre de l’homme. Thomas res­tait der­rière, col­lé à son dos, les mains sur ses seins. L’inconnu posa ses mains sur les hanches de Claire et la gui­da. Elle sen­tit le gland s’aligner, puis entrer. Lentement. L’eau ren­dait chaque mou­ve­ment plus fluide, plus pro­fond. Elle s’enfonça jusqu’à le prendre entiè­re­ment. Un long gémis­se­ment lui échap­pa.

Thomas embras­sait sa nuque, ses épaules, pen­dant qu’elle com­men­çait à bou­ger sur l’autre homme. Des va-et-vient lents au début, puis plus amples. L’eau débor­dait du bac à chaque mou­ve­ment. La neige fon­dait sur leurs épaules. Claire s’accrochait aux bras de l’inconnu. Ses doigts s’enfonçaient dans la chair. Thomas, der­rière, avait glis­sé son propre sexe entre les cuisses de Claire, le frot­tant contre l’endroit où l’autre homme la péné­trait, sans cher­cher à entrer à son tour. La fric­tion sup­plé­men­taire ren­dait chaque sen­sa­tion plus intense.

Claire jouit une deuxième fois, le corps arqué, un cri plus libre cette fois. L’inconnu la tint fer­me­ment pen­dant qu’elle se contrac­tait autour de lui. Il ne jouit pas encore. Il atten­dait. Thomas non plus. Les deux hommes sem­blaient s’être mis d’accord en silence pour pro­lon­ger.

Quand Claire redes­cen­dit, le souffle court, elle se reti­ra len­te­ment. Elle se tour­na dans l’eau et s’agenouilla entre les deux hommes, l’eau lui mon­tant jusqu’à la poi­trine. Elle prit le sexe de Thomas dans une main, celui de l’inconnu dans l’autre. Elle les cares­sa ensemble, les rap­pro­cha, pas­sa sa langue de l’un à l’autre. Le goût de l’eau, du bois, de la peau. Elle les prit tour à tour dans sa bouche, pro­fon­dé­ment, len­te­ment. Les deux hommes regar­daient. L’un d’eux posa une main dans ses che­veux. L’autre cares­sait son visage.

La neige tom­bait tou­jours, plus dense. Autour du cha­let, la forêt res­tait noire et silen­cieuse. Dans le bain nor­dique, les trois corps conti­nuaient de se cher­cher, de se décou­vrir, sans pré­ci­pi­ta­tion. Claire sen­tait le désir mon­ter à nou­veau, plus large, plus pro­fond. Elle savait que la nuit ne fai­sait que com­men­cer.

L’inconnu se pen­cha vers Thomas et dit, pour la pre­mière fois depuis qu’il était entré dans l’eau, d’une voix rauque :

— On la prend ensemble ?

Thomas regar­da Claire. Elle rele­va les yeux, la bouche encore brillante, et hocha la tête.

L’eau cla­pait dou­ce­ment autour d’eux.

**********

L’eau du bain nor­dique était deve­nue un monde à part. La vapeur s’élevait en nappes épaisses, se mêlant à la neige qui tom­bait tou­jours plus dense. Autour de la ter­rasse, les épi­céas for­maient une muraille noire et immo­bile. On n’entendait plus que le cla­po­tis de l’eau et le souffle des trois corps.

Claire était tou­jours à genoux entre les deux hommes, l’eau lui mon­tant jusqu’à la poi­trine. Elle tenait encore le sexe de Thomas dans une main et celui de l’inconnu dans l’autre. Leurs regards se croi­saient au-des­sus d’elle. Thomas pas­sa une main dans les che­veux mouillés de sa femme et les écar­ta de son visage.

— Viens, dit-il sim­ple­ment.

Il s’adossa au rebord du bac, les bras ouverts. Claire com­prit. Elle se redres­sa, l’eau ruis­se­lant le long de son corps, et s’approcha de lui. Elle pas­sa une jambe de chaque côté de ses hanches et s’abaissa len­te­ment. Le sexe de Thomas glis­sa en elle d’un seul mou­ve­ment fluide, jusqu’à la garde. Elle pous­sa un long sou­pir et posa son front contre le sien. Derrière elle, elle sen­tit l’autre homme se rap­pro­cher. L’eau bou­gea. Des mains larges se posèrent sur ses hanches.

L’inconnu se pla­ça juste der­rière elle. Claire sen­tit le gland chaud frot­ter contre l’endroit où Thomas était déjà enfon­cé. Une pres­sion douce d’abord, insis­tante. Elle rete­nait son souffle. Thomas lui cares­sait le visage, les joues, les lèvres.

— Doucement, mur­mu­ra-t-il. On y va len­te­ment.

L’homme der­rière pous­sa. Claire sen­tit l’étirement, intense, presque trop. Le muscle résis­ta une seconde, puis céda. Le second sexe péné­tra, cen­ti­mètre après cen­ti­mètre, glis­sant le long de celui de Thomas. Claire pous­sa un cri étouf­fé, le visage enfoui dans le cou de son mari. Elle était pleine. Complètement. Les deux verges côte à côte à l’intérieur d’elle, la sépa­rant et la rejoi­gnant en même temps.

Ils res­tèrent immo­biles un long moment. L’eau cla­pait dou­ce­ment autour de leurs hanches. La neige fon­dait sur les épaules de Claire et de l’inconnu. Thomas lui embras­sait les tempes, les pau­pières, le bout du nez. L’autre homme gar­dait ses mains fer­me­ment posées sur ses hanches, sans bou­ger, lui lais­sant le temps d’accepter la double pré­sence.

Puis ils com­men­cèrent.

D’abord avec une len­teur extrême. Thomas s’enfonçait un peu plus pen­dant que l’autre se reti­rait presque, puis l’inverse. Le mou­ve­ment était coor­don­né, presque déli­cat. Claire gémis­sait à chaque va-et-vient, des sons bas, gut­tu­raux, qui se per­daient dans la vapeur. Elle s’accrochait aux épaules de Thomas. Ses ongles s’enfonçaient dans la chair. Derrière elle, l’inconnu res­pi­rait plus fort. On sen­tait la ten­sion dans ses bras.

Le rythme chan­gea pro­gres­si­ve­ment. Les mou­ve­ments devinrent plus amples, plus pro­fonds. L’eau débor­dait du bac à chaque pous­sée, cou­lait sur la ter­rasse de bois, fai­sait fondre la neige autour. Claire n’avait plus de mots. Seulement des gémis­se­ments de plus en plus aigus. Elle se sen­tait ouverte au-delà de ce qu’elle avait jamais connu, rem­plie jusqu’à la limite, et pour­tant elle en vou­lait encore. Thomas la regar­dait dans les yeux. L’inconnu, der­rière, avait pen­ché le buste et posait des bai­sers chauds le long de sa nuque et de ses épaules.

— Plus fort, souf­fla Claire.

Les deux hommes obéirent. Les coups de rein devinrent plus fermes, plus urgents. Claire criait main­te­nant sans rete­nue. Sa voix se per­dait dans la forêt ennei­gée. Un pre­mier orgasme la secoua vio­lem­ment. Son corps se contrac­ta autour des deux sexes, les ser­rant, les mil­tant. Thomas gémit contre sa bouche. L’inconnu ser­ra plus fort ses hanches et conti­nua, pro­lon­geant les spasmes de Claire jusqu’à ce qu’elle en tremble de tout son être.

Ils ne s’arrêtèrent pas. À peine redes­cen­due, Claire sen­tit la vague sui­vante déjà mon­ter. Les deux hommes la pre­naient main­te­nant avec une inten­si­té crois­sante, se relayant, se super­po­sant. L’eau était deve­nue agi­tée, presque vio­lente. Des écla­bous­sures mon­taient jusqu’à leurs visages. Claire s’accrochait à Thomas comme à une bouée. Derrière elle, l’inconnu pous­sait plus pro­fond, plus dur, chaque mou­ve­ment lui arra­chant un cri nou­veau.

Un deuxième orgasme la tra­ver­sa, plus large, plus dou­lou­reux de plai­sir. Elle hur­la. Thomas la sui­vit presque immé­dia­te­ment, se déver­sant en elle dans un long gémis­se­ment sourd. L’inconnu conti­nua encore, ses coups de rein deve­nant irré­gu­liers, plus pres­sants. Claire le sen­tait gros­sir, dur­cir encore à l’intérieur d’elle. Il s’enfonça une der­nière fois, jusqu’à la garde, et jouit à son tour, le corps entier ten­du, un rauque sou­pir sor­tant de sa gorge.

Ils res­tèrent unis de longues minutes. Les trois res­pi­ra­tions se cal­maient peu à peu, se mêlaient. L’eau, rede­ve­nue plus calme, vapo­reuse, les enve­lop­pait. Claire avait le front col­lé à la poi­trine de Thomas. Elle sen­tait les deux sexes encore en elle, qui se ramol­lis­saient len­te­ment. L’inconnu se reti­ra le pre­mier, avec une len­teur atten­tive. Un mélange chaud s’échappa d’elle et se dilua dans l’eau. Thomas res­ta encore un moment, puis se reti­ra à son tour.

Claire se lais­sa glis­ser entre les deux hommes. Thomas pas­sa un bras autour de ses épaules. L’inconnu, de l’autre côté, posa une main sur sa cuisse, sans plus rien deman­der. La neige tom­bait tou­jours, plus légère main­te­nant. Des flo­cons s’accrochaient à leurs che­veux, à leurs cils, fon­dant aus­si­tôt.

Personne ne par­lait. Il n’y avait rien à dire. Autour du cha­let, la forêt cana­dienne res­tait noire, immense, indif­fé­rente. Dans le bain nor­dique, les trois corps flot­taient côte à côte, épui­sés, apai­sés, la peau encore sen­sible, l’eau chaude conti­nuant de les ber­cer.

Claire fer­ma les yeux. Elle sen­tait encore l’écho de la double pos­ses­sion dans chaque fibre de son corps. La timi­di­té n’avait pas entiè­re­ment dis­pa­ru. Mais quelque chose d’autre s’était ouvert, plus large, plus pro­fond, et la nuit, autour d’eux, n’avait pas encore livré tout son silence.

Auteur.e de l'histoire : Himéros

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